Le caractère sans cornes doit être manié avec prudence, car les risques de consanguinité sont élevés sur des lignées issues d'un faible nombre de reproducteurs, dont le niveau génétique reste en deçà des performances recherchées.
SUR LA BASE D'UNE GÉNISSE SANS CORNES achetée 3 200 € à l'occasion d'une vente aux enchères en Allemagne, quatre éleveurs du Pas-de-Calais affichent l'ambition commune de fixer le caractère sans cornes dans leurs troupeaux prim'holsteins. « Dans une vingtaine d'années, les vaches à cornes seront vraisemblablement des tares, mais nous n'en sommes pas encore là », sourit Gilles Croquelois, éleveur à Quelmes (Pas-de-Calais). G-Star est une génisse hétérozygote, c'est-à-dire sur le gène correspondant à l'expression de ce caractère, porteuse d'une paire d'allèles différents, l'un sans cornes appelé « P », l'autre avec cornes ou cornus appelé « p ».
UN CARACTÈRE DOMINANT
Les animaux cornus sont dits homozygotes : ils disposent sur leur gène d'une paire d'allèles identiques « pp ». Les animaux sans cornes sont, quant à eux, soit homozygotes ou « PP », soit hétérozygotes « Pp ». En effet, le caractère sans cornes est dominant. Cela signifie qu'il s'exprime à l'état hétérozygote. Autrement dit, tout animal porteur d'un allèle « P » dans son patrimoine génétique, qu'il soit « PP » ou « Pp », naîtra sans cornes. Dans tous les cas, la première génération issue d'un croisement avec un taureau homozygote sans cornes sera donc exclusivement dépourvue de cornes. En revanche, l'utilisation d'un taureau sans cornes hétérozygote « Pp » sur une vache à cornes permettra d'obtenir un veau sur deux sans cornes. Les génisses issues de cet accouplement mettront bas trois veaux sur quatre sans cornes si elles sont à nouveau accouplées avec un taureau « Pp ». L'avantage de sélectionner sur un caractère dominant est l'augmentation rapide de la population des animaux sans cornes. « L'inconvénient est le nombre très restreint de taureaux sur le marché, dont la plupart sont issus de la même lignée, avec Lawn-Boy-P-Red dans leur pedigree », souligne Vincent Vandenkoornhuyse, technicien chez Bovec.
DE NOUVELLES ORIGINES DISPONIBLES DANS LES CATALOGUES
En effet, Gènes Diffusion propose un taureau et Créavia quatre taureaux hétérozygotes dans leur catalogue, tous fils de Lawn-Boy-P-Red. Amélis présente quatre taureaux « Pp », dont un seul n'est pas descendant de Lawn-Boy-P-Red, mais annonce la mise en service de taureaux d'autres lignées dès l'automne prochain. Bovec propose un taureau « PP » et cinq taureaux hétérozygotes d'importation nord-américains issus de nouvelles lignées, « mais leur niveau d'Isu reste très en deçà des fils de Lawn- Boy-P-Red », explique Vincent Vandenkoornhuyse.
ATTENTION NE PAS PENALISER LES AUTRES CRITERES
Pour les centres d'insémination comme pour les quatre éleveurs du Pas-de-Calais, tout l'enjeu consiste donc à fixer le caractère sans cornes sans pénaliser le niveau génétique des descendants sur les autres critères. Dans un premier temps, les éleveurs ont donc choisi d'inséminer leur génisse G-Star avec Parma-PP-Red, le seul taureau red holstein homozygote issu du catalogue Bovec, non issu de la lignée Lawn-Boy-PRed et qui, comme son nom l'indique, est porteur de deux allèles « PP ». Le produit de cet accouplement sera exclusivement composé d'animaux sans cornes. Grâce au prélèvement puis à la transplantation d'embryons, les éleveurs attendent quatre veaux de cet accouplement. Sur les descendances successives, ils vont ensuite alterner les croisements avec des taureaux sans cornes, pour fixer progressivement le caractère recherché, puis avec les meilleurs taureaux cornus afin, d'une part, de limiter la consanguinité et, d'autre part, pour garantir le progrès génétique sur les caractères laitiers. « Nous ne sommes qu'au début de notre projet, explique Gilles Croquelois. À terme, l'objectif est de commercialiser notre génétique. D'ailleurs, nos clients se montrent déjà très intéressés. » Compte tenu des considérations liées au bien-être animal et la nécessité de réduire le temps de travail dans des troupeaux de plus en plus grands, il y a fort à parier que la recherche de ce caractère spécifique ait vocation à prendre de l'ampleur. « Ce volet va prendre de l'importance dans notre programme de sélection, confirme Pascal Milon, chef de produit prim'holstein chez Créavia. À ce titre, l'évaluation génomique va faciliter le travail de détection des animaux sans cornes. » En s'appuyant sur des taureaux homozygotes, notamment Ottawa PP chez Créavia, ou Fison PP chez Gènes Diffusion, les centres d'insémination ont la volonté de mettre rapidement en service de nouvelles lignées de taureaux sans cornes, sans Lawn-Boy-PRed dans leur pedigree. « Le vrai défi consiste à proposer aux éleveurs des taureaux qui combinent l'absence de cornes et un haut niveau d'Isu. Il faudra encore deux à trois ans pour disposer de taureaux qui sauront répondre à cette exigence », estime Pascal Milon.
JEROME PEZON
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