Produits laitiers : la guerre au Moyen-Orient menace les exports et fait monter les prix

Navires militaires à l'entrée du Golfe Persique
Avec 3,9 Md€ d'achats en 2025, le Moyen-Orient est un débouché majeur pour les produits laitiers de l'UE. La guerre fait peser un risque direct sur ces échanges. (©M-Production, AdobeStock)

Le conflit au Moyen-Orient déclenché fin février 2026 perturbe les marchés mondiaux des produits laitiers. La paralysie du détroit d'Ormuz menace les débouchés européens, les cours du beurre et de la poudre maigre sont particulièrement volatils, tandis que la flambée de l’énergie et des engrais fait grimper les coûts à la ferme.

Quels effets la guerre au Moyen-Orient peut-elle avoir sur le marché des produits laitiers ? C’est la question que pose l’Idele dans ses dernières « Tendances lait », parues le 23 mars.

L’institut rappelle l’importance de la production laitière iranienne : d’après la FAO, le pays comptait 5,6 millions de bovins en 2024 et a produit 7,7 Mt de lait de vache cette même année, des chiffres loin d’être négligeables à l’échelle du Moyen-Orient.

Côté fabrications, l’Iran produit une gamme variée de produits laitiers : environ 300 000 t de fromage et 200 000 t de beurre en 2023 selon la FAO, et surtout des volumes importants de poudre de lait écrémé.

Les chiffres des douanes iraniennes témoignent d’exportations « significatives pour le beurre et surtout pour la poudre maigre » : en 2025, respectivement 44 500 t (+ 37 % /2024) et 182 000 t (+ 37 %), ce qui propulserait l’Iran au quatrième rang des exportateurs mondiaux de poudre maigre derrière l’UE, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande, mais devant l’Australie. Les exportations iraniennes de beurre et de poudre maigre auraient en tout dépassé 310 M€ en 2025.

Les principaux clients de l’Iran se situent dans sa zone géographique proche : le Pakistan représentait 34 % des envois de poudre maigre en valeur en 2025, devant l’Irak (27 %) et la Syrie (7 %). Pour le beurre, la Russie (30 %), l’Azerbaïdjan (29 %) et l’Irak (10 %) dominaient les achats.

Des flux qui, dans le contexte actuel, sont directement menacés : le conflit « soulève de nombreuses interrogations sur le devenir de la production laitière iranienne » et sur ses exportations. Sa prolongation « pourrait avoir des effets sur le commerce mondial des produits laitiers » en raison du blocage du détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et les Émirats arabes unis.

Depuis les attaques lancées le 27 février par les États-Unis et Israël, le gouvernement iranien multiplie les attaques contre les navires civils dans le détroit, paralysant quasi totalement le trafic.

La situation est d’autant plus préoccupante que le détroit de Bab-el-Mandeb, autre verrou stratégique de la région au sud de la mer Rouge, avait déjà vu son trafic chuter de près de 60 % fin 2023 sous l’effet des attaques des rebelles houthis du Yémen à l’encontre des navires jugés alliés d’Israël.

Le Moyen-Orient, un débouché stratégique pour l’UE

Or, au-delà de l’Iran, l’ensemble de la zone représente un débouché stratégique pour l’UE, en croissance depuis la fin de la crise du Covid. En 2025, les exportations européennes de produits laitiers vers le Moyen-Orient ont dépassé 3,9 Md€, soit 13 % des 29,6 Md€ exportés en tout, explique l’Idele.

L’Arabie saoudite figurait en tête des clients de la région (29 % des envois en valeur), devant les Émirats Arabes Unis (16 %), l’Égypte (9 %), l’Irak (8 %), Oman (8 %) et le Liban (6 %). Côté produits, les fromages représentaient le premier poste à l’export (23 % des envois en valeur), suivis par les poudres de lait infantile (16 %) et les poudres de lait réengraissé à base de matières grasses végétales (15 %).

Concrètement, la fermeture du détroit d'Ormuz coupe l’accès maritime à l’Irak, au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, aux Émirats arabes unis et à l’est de l’Arabie saoudite. Cette dernière pourrait théoriquement se rabattre sur ses ports de la mer Rouge, mais s’exposerait alors aux attaques des Houthis.

La Rabobank estime à 6 % la part des exportations laitières de l’UE, en valeur, transitant par Ormuz pour atteindre le Moyen-Orient et l’Asie en 2025. Ceux passant par Bab-el-Mandeb atteignaient presque 17 %. Pour la Nouvelle-Zélande, ce sont environ 6 % des flux qui passaient par ces deux détroits, notamment vers l’UE et le Royaume-Uni.

Les principales compagnies maritimes s’organisent, avec notamment le déploiement de solutions alternatives combinant routes terrestres et ferroviaires pour desservir la majeure partie des pays du golfe Persique. Et si le conflit se prolonge, les experts misent sur un allongement des délais de transport plutôt qu’une rupture totale des flux.

Vers une forte volatilité des prix des ingrédients laitiers

Les effets de la guerre commencent à se faire sentir sur le marché des ingrédients laitiers : « l’incertitude a encouragé certains acheteurs mondiaux à sécuriser leurs approvisionnements », explique l’Idele, ce qui a mené à une hausse des cours du beurre et de la poudre de lait écrémé.

Cet effet de stockage pourrait toutefois vite s’essouffler, et déboucher par la suite sur un nouveau retrait des prix. En résumé : « le conflit devrait continuer à stimuler la volatilité des prix dans les prochaines semaines ».

À plus long terme, les disponibilités importantes en lait à l’échelle mondiale — la collecte reste dynamique dans l’UE et dans les autres grands bassins exportateurs — pourraient servir d’amortisseur et limiter la volatilité des prix. Quoi qu’il en soit, « la durée du conflit sera décisive pour les évolutions de cours des commodités et des prix du lait ».

Pour les éleveurs français, l’impact le plus immédiat du conflit passe par la flambée des prix de l’énergie et des engrais, comme après le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022. Cette hausse des prix des intrants devrait être visible sur les indices Ipampa « lait de vache » et « viande bovine » du mois de mars, précise l’Idele.

En viande bovine, les répercussions de la guerre au Moyen-Orient se font déjà sentir sur certains marchés européens exportateurs. En Espagne et en Pologne – qui exportent des carcasses ou des animaux vifs vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord -, « les cotations des jeunes bovins ont perdu une quarantaine de centimes avec le déclenchement du conflit ». En particulier, « la Pologne craint pour ses ventes vers la Turquie »

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Aperçu des marchés
Vaches, charolaises, U= France 7,72 €/kg net =
Vaches, charolaises, R= France 7,57 €/kg net -0,01

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