Par la voix de la Fnil (*), les entreprises laitières privées expriment leur inquiétude sur le coût et le niveau d’approvisionnement en énergie pour cet hiver. « Les dépenses énergétiques ont bondi de 50 % en un an dans les comptes de nos entreprises, avec une hausse de 80 % sur le gaz. Pour une fromagerie, l’énergie représente désormais près de la moitié des charges », affirme François-Xavier Huard, président-directeur général de la Fnil. La transformation du lait est très gourmande en énergie et de nombreuses entreprises ont investi dans des chaudières à gaz. Or, face au risque de pénurie de gaz cet hiver, le gouvernement envisage, certes en dernier ressort, de délester en priorité les gros consommateurs à plus de 5 GWh/an. « Nous avons répertorié 121 sites, soit 86 % de la collecte à plus de 5 GWh/an. Et tout délestage entraînerait des ruptures de collecte : 10 % d’approvisionnement énergétique en moins correspond à 50 % de collecte laitière impossible à transformer. Le risque est colossal pour les producteurs, l’environnement et l’approvisionnement en produits laitiers », alerte le P.-D.G.
Instaurer un bouclier énergétique multiniveaux
La Fnil appelle donc à un véritable bouclier énergétique à plusieurs niveaux. D’abord, l’aide à l’énergie du plan de résilience du gouvernement est jugé insuffisante. « Il faut en élargir les critères d’accès et reconnaître le caractère prioritaire des entreprises laitières. » Ensuite, il faudrait un plafonnement temporaire des prix de l’énergie pour les entreprises de l’agroalimentaire, comme cela se pratique en Espagne. Enfin, et pour le plus long terme, la fédération attend une accélération du volet décarbonation afin de ne plus dépendre des énergies fossiles. L’inflation est désormais partout. Sur le prix du lait, qui a gagné 27 % (près de 0,90 €/l) en un an, mais aussi sur la logistique et les emballages.« Nos coûts ont augmenté en moyenne de 20 % et nos prix de vente ne suivent pas. »
Les hausses passées à la distribution sur les produits de grande consommation (PGC) depuis le début de l’année sont estimées entre 5 et 9 %, un peu plus sur le beurre. « Après mars et juillet, nous n’échapperons pas à un nouveau round de négociations cet automne avant d’entamer celui de mars 2023. Sachant qu’il y a un délai de deux à quatre mois entre le début de la négociation et l’application d’un éventuel accord tarifaire. En attendant nous subissons ce mur de l’inflation », assure François-Xavier Huard.
Redéfinir les négociations avec la distribution
Cette perte de valeur et la plus grande dépendance aux PGC des transformateurs français seraient un élément d’explication de l’écart croissant du prix du lait payé aux producteurs comparé à celui de nos voisins d’Europe du Nord. « Les négociations commerciales avec les distributeurs sont aussi beaucoup moins fluides chez nous. Il faudrait sortir de ce psychodrame des négociations à boucler avant le 1er mars. Notre système est peu efficace, peu réactif et générateur de frustrations pour tout le monde. Il faudrait aller vers quelque chose de beaucoup plus souple, comme le modèle allemand », ose le P.-D.G.
Car, si Egalim 2 a effectivement sanctuarisé le coût de la matière première agricole, ce n’est pas le cas des matières premières industrielles et de l’énergie. « Sans un bouclier énergétique nous pourrions avoir des craintes sur d’éventuelles défaillances de PME très dépendantes des PGC », affirme-t-il.
dominique grémy
(*) Fédération nationale des industries laitières.
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