« Rares sont les exploitations qui atteignent la neutralité carbone », explique d’emblée Anne-Laure Gomas de la chambre d’agriculture de Charente et des Deux-Sèvres lors d’une conférence au Space 2024. L’étude de la base de données Cap’ER effectuée par le réseau Inosys "Vers des systèmes bovins neutres en carbone" montre qu’il est difficile d’atteindre des émissions brutes inférieures à 0,8 kg éq CO2/l de lait ou 12 kg éq CO2/kg de PBVV (production brute de viande vive).
« Dans un même système, les fermes qui ont les émissions brutes les plus faibles sont celles qui ont les systèmes les plus optimisés : c’est le premier levier pour faire diminuer les gaz à effet de serre », poursuit la conseillère de la chambre d’agriculture. « Mais si on veut faire baisser son empreinte carbone nette, il faut aussi jouer sur le stockage du carbone. C’est lui qui va faire la différence. »
Au final, les exploitations qui atteignent la neutralité carbone sont peu nombreuses et ont des systèmes difficilement généralisables. « Elles compensent leurs émissions car elles ont beaucoup de prairies permanentes et surtout un chargement très faible. Ce qui n’est pas forcément reproductible et économiquement viable », souligne Anne-Laure Gomas.
Une plus-value de 200 €/ 1 000 l de lait nécessaire
Pour atteindre la neutralité carbone, le réseau Inosys a effectué une simulation sur un cas type d’élevage laitier, avec maïs et herbe, pâturant dans le Limousin.
Les changements effectués pour atteindre une empreinte carbone neutre consistaient à passer les 90 ha en 100 % prairies permanentes (contre 65 ha initialement en herbe) ; changer la race de vache (Jersiaise à la place de Holstein) et diminuer l'effectif ; le système est devenu complètement autonome en fourrage et concentrés, et il a doublé son linéaire de haie (passant de 6 ha à 12 ha).
Il en résulte une division par deux du produit, le nombre de litres de lait vendus étant divisé par deux, ainsi qu’une diminution des charges de 45 %, puisqu’il n’y a plus ni achat de fourrage et concentrés, ni fertilisation. Le revenu disponible se trouve divisé par 3 : « il faudrait une plus-value de 200 €/1 000 l du prix du lait pour maintenir le revenu initial de l’éleveur », explique Elisabeth Castellan de l’Idele.
Diminuer son empreinte carbone pose donc la question du modèle économique à mettre en place pour compenser les pertes de revenus des éleveurs qui se lancent dans la voie de la transition.
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