Que valent vraiment les compléments alimentaires pour réduire les émissions de méthane ?

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Limousine à l'auge
Les simulations effectuées avec du 3-NOP ou des nitrates affichent une baisse des émissions en bovin viande comprise entre 2 et 17 %. (©Terre-net Média)

À l'occasion du Grand Angle Viande 2025, Bertrand Deroches est revenu sur les principaux compléments alimentaires permettant de réduire les émissions de méthane entérique des ruminants. 5 compléments alimentaires ont été retenus pour des études plus approfondies en bovin viande, donc le 3-NOP et les nitrates, qui bénéficient de la meilleure documentation.

Face à la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre de la filière bovin viande, Interbev a mis en place une feuille de route pour réduire les émissions de méthane entérique de l'ordre de 5 Mt éq CO2 entre 2019 et 2030. Parmi les pistes étudiées figure l'utilisation de compléments alimentaires. Mais que valent vraiment ces produits ? Solution miracle ou poudre de perlimpinpin ? Bertrand Deroches, responsable de projet alimentation animale à l'Institut de l'élevage, a décortiqué les possibilités permises par ses produits.

Biochar, champignons, levures, huiles essentielles, parmi les 18 compléments alimentaires identifiés, Bertrand Derochesfait ressortir 5 compléments plus prometteurs, avec des niveaux de réduction de CH4 pouvant atteindre 40 %. Parmi les cinq étudiés figure le 3-NOP, les nitrates, l'Asparagopsis taxiformis (une algue), la famille des tanins et les Saponines.

Le 3-NOP et les nitrates parmi les plus documentés.

Attention, les compléments qui affichent les meilleures réduction d'émissions sont aussi ceux pour lesquels la documentation est la plus faible. « Il n'y a pas forcément d'études sur les rations types que l'on peut proposer aux vaches allaitantes, avec une base foin ou une part importante de pâturage », note Bertrand Deroches.

Le 3-NOP et les nitrates proposent respectivement un niveau de réduction des émissions entre 0 et 24 %, et 0 et 12 %, mais avec un niveau de confiance assez élevé. 

Autre point de vigilance, parmi les 5 compléments alimentaires analysés, l'Asparagopsis taxiformis n'est pas autorisé par la réglementation française. Le 3-NOP est quant à lui autorisé, mais uniquement sur des vaches en lactation et reproduction. Du reste, aucun impact sur la santé humaine ou animale n'a été enregistré. 

Des simulations réalisées avec le 3-NOP et les nitrates montrent une réduction des émissions de gaz à effet de serre comprise entre 2 et 17 % : des résultats notables, mais en deçà des promesses des fournisseurs. Et pour cause : les compléments sont généralement administrés sous forme de granulés dans la ration, mais avec des vaches allaitantes en pâture une partie de l'année, difficile de les administrer tout au long de l'année. Noter également qu'il faut déduire de l'équation les gaz à effets de serre émis lors de la fabrication des granulés.

Un surcoût de 0,05 à 0,12 €/kg

S'ils limitent les émissions de méthane entérique, ils n'améliorent pas les performances zootechniques. Dans ce contexte, ils représentent surtout un surcoût pour l'éleveur. Sur le plan économique, compter 0,05 et 0,12 €/kg de viande vive. « Le 3-NOP est le plus onéreux ramené au poids de viande vive, mais il est moins cher que les nitrates ramenés à la quantité de GES évitée », poursuit Bertrand Deroches.

« C'est une piste prometteuse, reste à développer la partie pâturage pour les vaches allaitantes, mais surtout à trouver un modèle économique si l'on souhaite activer ce levier à l'échelle de la filière », alerte le chargé d'étude. 

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