Investir dans un contexte de marchés incertains : oui avec prudence

Signature de prêt agricole
Le Crédit agricole n'enregistre aucun coup de frein de la part des porteurs de projets agricoles qu'il accompagne malgré les incertitudes qui planent sur les marchés. (©Adobe Stock/littlewolf1989)

Le Crédit agricole Brie Picardie organisait jeudi 19 mars son premier Agriforum pour mettre en avant ses prestations et offrir un éclairage des marchés avec l’intervention de Xavier Cassedanne, expert filière.

« Malgré les incertitudes qui pèsent sur les marchés, on ne met pas de freins aux projets d’installation », rassure d’emblée Delphine Boubert, experte filière installation du Crédit agricole Brie Picardie. Accompagnant des porteurs de projets depuis plus de 10 ans, elle a sa méthode : « 

J’ai toujours placé l’humain au cœur de la relation. Concrètement, je commence par rencontrer le jeune avec sa famille pour bien comprendre son parcours, son environnement et son projet. L’agriculture s’ouvre depuis quelques années aux NIMA, aux personnes en reconversion… Nous devons nous assurer que le porteur de projet s’engage en ayant appréhendé son projet dans sa globalité, qu’il a consacré significativement du temps à sa formation, qu’il a mesuré les enjeux et les risques... Car comme j’ai l’habitude de dire : l’installation, c’est avant tout un projet de vie ! Nous devons aussi veiller à l’équilibre vie privée / vie professionnelle. »

Installer oui, mais en assurant la pérennité de l’exploitation surtout !

Vient ensuite le temps des chiffres : « Je regarde l’historique de l’exploitation sur 10 ans (et pas sur 2-3 ans seulement), l’évolution des productions, des chiffres, des marges, je veux comprendre... Je privilégie toujours l’hypothèse prudente pour ne pas mettre le jeune et son exploitation en difficulté. Même si la grande majorité des installations se fait dans un cadre familial, elle exige rigueur et anticipation, elle doit reposer sur une analyse financière fiable. »

Delphine Boubert poursuit : « Chaque projet est vraiment personnel alors on y consacre du temps. L’installation est un travail collectif avec un objectif commun : co-construire avec le jeune un accompagnement sur mesure cohérent avec ses objectifs, ses contraintes et les enjeux de durabilité de son exploitation. »

Des marges brutes à 300 €/1000 l ces deux dernières années

Dominique Manneville, expert filière agricole pour la caisse régionale, complète : « Pour évaluer la rentabilité d’un projet en lait, on s’intéresse surtout à l’EBE et la marge brute. Ces deux dernières années, elle tournait dans le secteur à 300 €/1000 l, on a même des clients qui ont dépassé les 400 €. Ça nous bouscule : notre repère était plutôt à 200 €/1000 l pendant plus de 15 ans… Ça ne veut pour autant pas dire qu’on n’accompagnera pas un éleveur qui fait moins bien. » Il complète aussi : « Lors d’une reprise de cheptel, le plus dur maintenant c’est l’accès à la capitalisation au vu des prix de la viande. » Enfin, plus globalement, il regarde la marge de chaque atelier car certaines productions sont bien plus dépendantes des cours mondiaux…

Des marchés incertains

C’est sur le sujet des marchés mondiaux qu’intervient justement Xavier Cassedanne, expert filière grains au Crédit agricole : « Le contexte actuel, avec la guerre au Moyen-Orient, déstabilise le commerce mondial. Les matières premières agricoles étant une valeur refuge, leurs prix évoluent fortement en ce moment. » Présent à cet Agriforum pour apporter un éclairage sur la situation, il poursuit : « La principale conséquence pour les agriculteurs, c’est la flambée des engrais. Cela concernera surtout la campagne 2027, la plupart étant déjà couverts actuellement. » Il recommande d’ailleurs d’anticiper les achats dès maintenant au cas où le conflit perdure. « Certains feront des impasses mais cela impactera la productivité et la qualité des grains. »

On est encore loin de la hausse passée lors de l’invasion de l’Ukraine, mais elle reste significative.

En blé, on assiste à une récente hausse des cours, bien qu’elle reste limitée. Xavier Cassedanne commente : « La demande est dynamique mais elle ne compense pas les stocks très importants dus à une bonne récolte 2025 dans tous les grands bassins producteurs. La guerre peut encore faire gonfler ces stocks, mais il faudra s’attendre à un retour à la baisse du prix du blé à la fin du conflit. » Par ailleurs, les perspectives pour 26/27 en France montrent une nouvelle hausse des surfaces de céréales, et ce malgré le prix bas.

Du côté des pommes de terre, la situation actuelle n’est guère mieux : « La production 2025 a été un record, avec une sole nationale qui explose, trop vite d’ailleurs face à la demande et surtout la capacité industrielle qui ne suit pas. » Xavier Cassedanne affirme que le surplus est estimé à 900 000 tonnes à écouler d’ici la prochaine campagne. Il poursuit : « Les plantations vont démarrer, on est plutôt sur une tendance à la baisse des surfaces. »

Lin, lait et viande tirent leur épingle du jeu

Il y a des productions qui ne sont pas impactées par le conflit. Le lin par exemple s’en sort plutôt bien, d’autant qu’on voit émerger de nouveaux secteurs de débouchés, la mode ne représentant « plus que » 60 %. La demande est là et le bassin de production s’élargit avec des emblavements en Bretagne et à l’Est du bassin parisien. L’année 2026 est attendue comme dynamique, avec 220 000 ha de lin à l'échelle européenne. « Depuis 2 ans, le niveau de production et les prix ont connu de fortes variations mais les besoins restent élevés », encourage l’expert.

Bien que les filières d’élevage ne soient pas sa spécialité, Xavier Cassedanne partage son point de vue en lait : « Il n’y a pas de lien entre le conflit et la récente baisse du prix du lait, qui est plutôt due à une forte hausse de la collecte. La baisse des prix reste mesurée pour l’instant et ils ne devraient pas repasser sous la barre des coûts de production. On assiste en revanche à une évolution du paysage industriel laitier, avec des coopératives européennes qui se regroupent, Lactalis qui a repris ses activités aux États-Unis, ou encore Fonterra en Australie… Il y a aussi du potentiel sur la poudre de lactosérum mais les industriels français n’y sont pas encore arrivés. »

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Bons plans
Aperçu des marchés
Vaches, charolaises, U= France 7,72 €/kg net =
Vaches, charolaises, R= France 7,57 €/kg net -0,01

Météo
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Importations

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Installation/transmission

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