Murad Salem, producteur de lait installé sur 180 hectares de prairies et d’oliviers, est à l’image des éleveurs italiens de sa génération, qui privilégient vente directe et production d’énergie.
Au cœur de la réserve naturelle de Marcigliana, dans le Latium, se trouve l’Oasis Kadir. C’est comme ça que les amis de Murad Salem lui ont suggéré d’appeler sa ferme, en référence au calme qui règne sur cette colline au nord de Rome et à ses origines libyennes. Murad, 34 ans, coche toutes les cases du jeune agriculteur italien type. Hors cadre familial, diplômé d’une grande école de commerce italienne, il a choisi de produire, transformer et commercialiser lui-même son lait pour une meilleure rentabilité, en s’appuyant sur l’agrotourisme.
En 2013, Murad s’installe avec les aides à l’installation (40 000 €) sur 180 ha de prairies et oliviers appartenant à sa famille, mais qu’elle n’exploitait pas. Fils de médecin, « je voulais aussi prendre soin de la santé des gens, mais par l’alimentation », explique-t-il espiègle. Il poursuit l’élevage de laitières déjà présent et remplace les porcs par des brebis. Aujourd’hui, il élève 600 ovins et 75 bovins, de race frisonne et pie rouge, « pour une valorisation de la viande et du lait ». En effet, il transforme 80 % de son lait en différents fromages lactiques et affinés, des yaourts (peu consommés en Italie) et du lait en bouteille.
Pas de bio, d’AOC ou d’IGP dans sa gamme « pour rester accessible à tous ». Quant à la viande, elle est commercialisée dans sa ferme-auberge et en caissettes. Plus de 95 % des ventes sont réalisées au magasin de la ferme et auprès de sa ferme-auberge. Les 5 % restants sont vendus en ligne, mais il avoue que ce circuit de distribution n’est pas très adapté à ses produits frais.
Les vaches à l’étable, les brebis dehors
Selon un modèle assez typique en Italie, ses brebis en lutte naturelle pâturent toute l’année, tandis que ses vaches, en insémination artificielle, restent à l’étable. Son assolement, qui comprend 155 ha de prairies temporaires, 15 ha de blé-maïs (acquis après son installation) et 25 ha de luzerne, procure la paille et les foins nécessaires pour lesquels il est autonome. En revanche, il achète l’aliment des vaches, à 45 €/quintal, « alors qu’à mon installation, il y a dix ans, le quintal valait 22 € », souligne-t-il. La ration de ses vaches compte 13 kg/jour de concentrés, ce qui lui permet un rendement laitier de 28 l/jour. Les 20 % de son litrage qu’il n’arrive pas « pour l’instant » à commercialiser lui-même, il les vend à une coopérative de la Centrale del latte à 0,54 €/l, alors qu’il valorise son lait transformé à environ 2,50 €/l.
Ses vaches étant toute l’année à l’intérieur, il a misé sur leur confort en équipant son étable de sept ventilateurs, de brumisateurs à la salle de traite et d’un robot masseur. L’étable est ouverte sur trois côtés. Toutefois, son investissement le plus rentable, ce sont les panneaux photovoltaïques de 92 kW/h, qu’il a placés sur l’étable : « 80 000 € économisés par an », estime-t-il. La ferme n’est pas autosuffisante énergétiquement, « mais sans les panneaux, je ne pourrais pas faire face à l’augmentation du prix des aliments », affirme-t-il. Il envisage d’en mettre aussi sur la fromagerie. « Par contre, hors de question de faire du photovoltaïque au sol », déclare-t-il. Il ne touchera pas à la valeur nourricière des terres.
Murad planche déjà sur ses futurs projets : un gîte et une ferme pédagogique. Comme beaucoup d’agriculteurs de sa génération, il optimise les multifonctionnalités de l’agriculture : la production alimentaire et énergétique, l’écologie, le tourisme, la pédagogie.
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