Avec 56 % de la collecte aux mains des coopératives, quel rôle souhaitent-elles jouer dans une filière sans quota ?
Dominique Chargé : Elles jouent déjà un rôle majeur dans la filière. Elles ont investi un milliard d'euros sur cinq ans, dont 750 M€ ces trois dernières années (inclus les 100 M€ de Synutra sur Sodiaal-Carhaix). Les efforts de restructuration ont mis cinq coopératives à la tête des deux tiers de l'activité coopérative. Des choses restent à faire comme développer de nouveaux partenariats. À elles aussi d'accompagner les producteurs dans l'appréhension de la volatilité des prix par de la formation et de l'information. Dans ce but, la FNCL vient de définir des indicateurs de revenu.
Des OP liées à des industriels privés préparent une association d'OP sur leur territoire (voir p. 6). Que répondront les coopératives lorsqu'elles seront contactées pour mutualiser des volumes qui pourraient être produits en plus ?
D.C. : Il est important d'organiser le développement de la production dans une logique de marché. La FNCL est bien placée pour en parler puisque les coopératives laitières sont la forme la plus aboutie de l'organisation des producteurs sur un territoire. Elles structurent l'offre et organisent l'accès des producteurs aux marchés. Cela se traduit par un transfert de la propriété du lait du producteur vers la coopérative et le versement de parts sociales. Si ces projets d'AOP aboutissent (voir p. 6), j'ai la conviction qu'à moyen terme, elles se transformeront en AOP commerciales. Je le dis sans prosélytisme, mais à mon avis, c'est la conclusion qui s'imposera d'elle-même. Le transfert de propriété ne se ferait plus du producteur vers l'entreprise comme actuellement, mais du producteur vers l'AOP. Organiser l'offre demande un engagement économique des acteurs et un partage des risques au sein de la filière, surtout dans des marchés volatils.
Concrètement, les coopératives sont-elles prêtes à jouer le jeu de cette mutualisation à l'échelle de leur bassin ?
D.C. : Les coopératives arbitrent sans arrêt entre rémunérer les adhérents et garder une partie des résultats pour investir et améliorer leur position sur les marchés. Avec les plans d'investissements pluriannuels qui s'achèvent, cet arbitrage n'a pas été facile ces dernières années. Grâce à cette stratégie, elles peuvent leur proposer de produire des volumes en plus au rythme de leur capacité à trouver des marchés. Bon nombre de producteurs sont très demandeurs. Au regard des efforts consentis, ils ne comprendraient pas qu'une partie de ces volumes soit mutualisée à l'échelle du bassin. Aujourd'hui, l'offre de lait supplémentaire suffit à peine à couvrir les demandes. Pour l'heure, c'est la seule réponse que les coopératives peuvent apporter aux futures AOP. Du temps sera nécessaire pour arriver à des analyses partagées.
Que défendront les coops lors de l'audit sur la contractualisation fait pour améliorer le dispositif réglementaire ?
D. C. : Elles ne refuseront pas d'être auditées mais sur quoi ? Les droits français et européen nous reconnaissent comme la forme la plus aboutie de l'organisation des producteurs. De plus, la voie réglementaire ne me semble pas la plus adaptée pour améliorer la contractualisation. La solution, c'est la confiance entre les acteurs et leur engagement économique.
Lorsqu'une coop pratique des prix A, B, C, la FNPL juge l'apport total de l'adhérent non justifié. Qu'en pensez-vous ?
D. C. : Le système des prix et volumes différenciés est une réponse adaptée aux souhaits des adhérents qui peuvent être divergents. Ils en sont informés, ils ne sont pas pris en traître. L'objectif n'est pas d'en rester là. Nous devons créer de la valeur sur les marchés à l'export.
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