Entre la baisse du prix du lait, la canicule et la sécheresse estivale qui ont affecté la production laitière et fourragère dans certaines régions, sans oublier un prix des aliments toujours élevé, il fallait s'attendre à une chute des revenus des exploitations laitières en 2015. Elle est, sans surprise, spectaculaire, au diapason de la tension qui s'est exprimée tout l'été et continue de plomber le moral dans les campagnes. Les ingénieurs des réseaux d'élevage de l'Institut de l'élevage, qui ont fait un travail de prospective, évaluent son impact à une baisse du RCAI (résultat courant avant impôts et cotisations sociales) de plus de 15 000 € par UMO familiale (unité de main-d'oeuvre). Cette estimation vaut pour les deux groupes d'exploitations laitières étudiés, des systèmes spécialisés en plaine ou dans le Massif central.
Une hypothèse de baisse du prix du lait de 50 €/1 000 l
« On se rapproche du bas niveau enregistré lors de la crise de 2009. Les éleveurs très endettés sont les premiers fragilisés par le renversement de conjoncture. La plupart ont investi récemment, misant sur l'arrêt des quotas et la progression de la demande mondiale », constate l'Institut de l'élevage.
Le prix du lait est le premier élément d'explication de cette baisse. L'institut le prévoit en retrait d'environ 50 €/1 000 l en 2015 par rapport à 2014, en phase avec ce qui se profile en matière de prix de base sur la fin de l'année (lire notre « Gros plan » p. 8). Dans les exploitations de plaine, cette chute du prix du lait génère une perte de chiffre d'affaires de 16 000 €/UMO... sans compensations des ventes de céréales, marginales chez ces spécialisés.
Pour les exploitations de l'Est, c'est la double peine, avec des rendements en maïs ensilage et en herbe très affectés par la canicule et la sécheresse (lire p. 27). Le déficit fourrager devra y être compensé par des achats d'aliments estimés par l'institut à 150 €/UGB. Coût de cette dépense supplémentaire dans une exploitation moyenne : plus de 15 000 €. « En plaine, le quart des exploitations les plus touchées dégagent ainsi un résultat courant avant impôt et cotisations sociales inférieur à 10 000 €/UMO. Les annuités et les prélèvements privés n'y sont pas couverts par l'EBE », note l'institut.
JEAN-MICHEL VOCORET, D'APRÈS L'INSTITUT DE L'ÉLEVAGE
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