« D ans un monde incertain (...), les liens profonds et anciens qui unissent l'Europe et le Canada sont particulièrement précieux », a plaidé le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Dans un hémicycle assez fourni, il a défendu un « accord important » face à « un climat préoccupant » dans les relations commerciales internationales, vantant le bilan « positif » de son application provisoire depuis près de deux ans. Ce texte controversé, qui concerne 510 millions d'Européens et 35 millions de Canadiens, supprime notamment les droits de douanes sur 98 % des produits qu'ils s'échangent. Il doit être ratifié par 38 parlements nationaux et régionaux d'Europe, d'où son examen à l'Assemblée nationale française, puis au Sénat à une date qui reste à définir. Les députés de la majorité, notamment le rapporteur Jacques Maire, n'ont cessé ces derniers jours de défendre un accord « gagnant pour la France » avec un pays ami qui « n'est pas le Far West ! », selon l'un d'eux, Roland Lescure.
Mais malgré leurs efforts, le texte suscite des réticences jusque dans la majorité, où des abstentions sont probables. Le vote devait initialement intervenir à l'issue des débats mercredi soir, une décision qualifiée d'« inacceptable » par la gauche. Mais, in extremis, un scrutin public a finalement été programmé pour mardi prochain, la présidence de l'Assemblée arguant du « grand nombre » de députés souhaitant s'exprimer et du risque d'un « vote tardif ». L'opposition est de fait très remontée et une quarantaine d'amendements ont été déposées en vue d'une suppression des deux articles du projet de loi.
« Tout petit steak »
L'accord est combattu en France par les agriculteurs comme par les écologistes, au nom notamment des risques sanitaires. Des organisations de la société civile se sont mobilisées encore mardi aux abords de l'Assemblée, comme une centaine d'agriculteurs mercredi, alertant contre la « malbouffe » qui se retrouvera dans l'assiette des Français. Et même des personnalités canadiennes, dont des députés, ont pressé les Français de rejeter l'accord. Les députés LR (Les Républicains, opposition de droite) entendent s'y opposer si le volet agricole est maintenu, au nom d'un « double risque » sur la viande bovine : « sanitaire » et de « déstabilisation de la filière ». Le groupe accuse gouvernement et majorité de « mensonge » sur les farines animales, dont l'utilisation « est autorisée dans l'alimentation des bovins au Canada ». « Seule l'utilisation des farines issues des ruminants est interdite pour les ruminants », relève-t-il. Le vote « montrera clairement » qui « est véritablement du côté de nos agriculteurs, de l'écologie et de la santé des Français », a tweeté Marine Le Pen, la cheffe de l'extrême droite française.
Même hostilité des formations de gauche - Parti socialiste, Parti communiste, La France insoumise (gauche radicale) -, qui dénoncent un texte »incompatible» avec l'accord de Paris sur le climat. « Qui peut prétendre qu'on peut à la fois défendre l'environnement, défendre nos paysans, nos éleveurs et ratifier le Ceta vous raconte des carabistouilles », a lâché le député socialiste Boris Vallaud. Comme LR, le député François Ruffin (LFI) estime que le gouvernement n'a « cessé de mentir » sur les farines animales. Restent possibles, selon lui, des viandes nourries à la « farine de sang d'animaux, du sang d'animaux déshydraté, des poils d'animaux hydrolisés », un « énorme talon d'Achille » pour le gouvernement français. Pour les viandes, « ce sont les normes européennes qui s'appliquent », a insisté mercredi Jean-Yves Le Drian. « La vérité, je le conçois, fait mal, mais c'est la vérité ! », a-t-il clamé. « On joue sur les peurs », considère aussi Roland Lescure qui rappelle que seules 36 fermes canadiennes peuvent exporter dans le cadre des normes européennes. Il a évoqué mercredi un maximum de « 100 grammes de viande par habitant et par an », « un tout petit steak ».
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