« Les éleveurs ont tendance à s’auto-assurer en ayant des stocks fourragers de report, constate Nicolas Coudert, agriculteur en Haute-Vienne. Ça permet de combler une perte de production sur une saison. Mais quand on enchaîne les années sèches, comme en ce moment, impossible d’en faire. Cette année, la plupart des éleveurs se demandent comment ils vont nourrir leurs animaux cet hiver ».
À la tête d’un troupeau de 160 vaches dans un système très herbager « représentatif du Massif Central », Nicolas Coudert a vu la sécheresse de 2018 réduire de 30 % sa production fourragère. « J’avais un peu de stock de report mais j’ai dû acheter de la paille. J’avais réussi à m’en sortir sans être obligé de vendre des animaux non finis. Mais cette année, avec les sécheresses qui se suivent, je n’ai plus de stock de report », constate, dépité, l’éleveur. Heureusement, il pourra compter sur une indemnisation d’une partie de ses pertes grâce à l’assurance prairies qu’il a contractualisée auprès de Groupama. « Les aléas climatiques sont de plus en plus fréquents. Mais le système des calamités agricoles ne me semblait pas à la hauteur pour indemniser mes pertes, constate l’éleveur. Déjà, c’est long d’être indemnisé et puis les aides sont limitées. J’ai préféré opter pour une assurance privée qui prend en compte les pertes réelles de mon exploitation ».
Sur le modèle des assurances multirisques climatiques pour les grandes cultures et les cultures spécialisées, les assurances prairies permettent, depuis 2016, d’indemniser les pertes de production fourragère en cas d’aléas climatiques. Sont assurables tous les types de prairie, temporaire, permanente mais aussi la production de luzerne.
Un fonctionnement simplifié pour une indemnisation rapide
Pour calculer les pertes, il n’y a pas de passage d’expert pour constater de visu les dégâts. Les assureurs se basent sur un indice de végétation, calculé par zone pédoclimatique grâce à des photos satellite et des données météo. Cet indice est comparé à la moyenne des cinq dernières années. En fonction du besoin fourrager de chaque exploitation, l’assureur sait quand la production est inférieure au besoin moins la franchise. « Quand on souscrit l’assurance, on déclare surface et nombre d’UGB. Après c’est actualisé par les données de la déclaration Pac. En cas de déficit fourrager, il n’y a pas à faire de déclaration de sinistre, apprécie Nicolas Coudert. Quand une perte est constatée dans votre zone, l’indemnisation est déclenchée automatiquement ». Dans la région de Nicolas Coudert, le taux de perte a été déclaré supérieur à la franchise en octobre « et j’ai touché l’indemnité en novembre » apprécie l’éleveur. En 2018, Nicolas Coudert a vu sa production fourragère diminuer de 30 %. Il a été indemnisé de 7 800 €, ce qui lui a permis d’acheter de la paille pour compléter les rations avec les céréales de l’exploitation. « Ça m’a évité d’avoir à vendre des animaux non finis, voire à décapitaliser mon cheptel ».
Vers un nouveau modèle de protection
« C’est vrai qu'assurer ses prairies a un coût, reconnait Nicolas Coudert. Mais tout le monde constate que les aléas climatiques s’enchaînent et que le dispositif des calamités agricoles ne semble plus à la hauteur de nos pertes. Chez moi, ça fait trois ans de suite que l’assurance prairies prend en charge une partie de mes pertes. En plus, 65 % de la cotisation est remboursée par des aides publiques. C’est à chacun de faire ses calculs mais pour protéger la pérennité de son élevage, assurer ses ressources fourragères, ça me semble aussi important que d’assurer son tracteur ».
Si le gouvernement a annoncé un train de mesures face à la sécheresse (exonération de TNFB, report de cotisations sociales, paiement avancé d’une partie des aides Pac, possibilité de valoriser des jachères), il a aussi exprimé sa volonté de développer les assurances face aux risques climatiques. « Le régime des calamités a vécu, reconnaissait Didier Guillaume, lors du Space. 200 millions d'euros (NDLR : somme versée en 2018 par le fonds des calamités agricoles), ça ne suffit pas face à l’augmentation des aléas climatiques ». Pour le ministre, l’une des pistes pour améliorer la gestion des risques climatiques est de généraliser les assurances. Des propositions en ce sens devraient être faites d’ici la fin de l’année.
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