Crise du lait, fin annoncée des quotas, effondrement du prix… En 2009, des producteurs laitiers européens se fédèrent au sein de l’European Milk Board. En parallèle de leurs actions politiques, ils décident de se lancer à l’assaut des marchés pour défendre un prix rémunérateur grâce à des marges équitablement réparties entre tous les acteurs de la filière. Le lait équitable voit le jour en Allemagne et en Belgique en 2010, puis au Luxembourg et en France en 2013.
Jeudi 12 octobre, à Châteaugiron (35), les producteurs de lait Faire France ont invité leurs collègues pour la 8e conférence européenne du lait équitable et les 10 ans du lait équitable à la française. « Un lait équitable, c’est un lait dont le prix payé aux producteurs couvre les charges de production et rémunère convenablement le travail, rappelle Jean-Luc Pruvot, président de Faire France. Chaque année, nous faisons calculer ce coût de production par un organisme indépendant. Cette année, nous avons calculé que, pour le couvrir, nous devions atteindre un prix de vente moyen de 1,24 €/litre ». « Notre prix de vente n’est pas beaucoup plus cher mais il permet de faire vivre une agriculture familiale », défend Michaël Braun, président de la version allemande « Die Faire Milch ».
S’investir dans la commercialisation
Pour revaloriser le prix, les éleveurs ont repris en main la commercialisation. Faire France est une société de commercialisation dont les éleveurs sont copropriétaires. Elle fait transformer sous sa marque 10 produits (lait liquide, crème, beurre en conventionnel et en bio), en partenariat avec la Laiterie de Saint-Denis l’Hôtel et Lactalis. Ces produits sont ensuite commercialisés dans la grande distribution.
Si Faire France arrive à vendre son lait plus cher, c’est grâce à des éleveurs qui se transforment en force de vente et multiplient les animations en grandes surfaces. Chacun des 350 associés s’engage à consacrer de 2 à 5 jours aux 1 000 animations commerciales organisées chaque année. « Quand on fait des animations, on fait aussi de la politique, complète Boris Gondouin, membre du comité directeur. On informe les consommateurs sur la répartition des marges, sur l’importance d’un juste prix pour l’avenir de l’agriculture ».
En fin d’année, chaque éleveur reçoit une « bonification » issue du prix de vente Faire France, qui complète le prix versé par sa laiterie. Pour 2022, c’est 7 centimes par litre qui ont été redistribués sur les 17,2 millions de litres commercialisés sous pavillon Faire France. En 2021, quand le prix du lait était moins bon, c’est 10 centimes qui ont été versés.
Poursuivre le développement
Malgré le contexte d’inflation, les ventes de produits Faire France continuent d’augmenter. « Alors que la consommation de produits laitiers baisse, notre activité a connu une croissance de 15 % sur 2023. Seuls nos produits bio ont connu une baisse », constate Jean-Luc Pruvot. Pour maintenir cette croissance, Faire France lance un nouveau produit, des briquettes de lait entier au chocolat et veut élargir sa présence en magasins, en étant référencé dans plus de centrales et de bases régionales chez ses partenaires historiques que sont Lidl et Leclerc.
En parallèle de ce développement, Faire France doit intégrer un paramètre démographique. « Nous avons la même pyramide des âges chez nos associés qu’en France. Le renouvellement des générations est un enjeu d’avenir, souligne Jean-Luc Pruvot. Garder des fermes familiales ça passe par un lait bien payé. Nous ne pouvons qu’encourager des producteurs, des jeunes à nous rejoindre, quelle que soit leur région. Plus nous serons nombreux, plus nous pourrons aller à la rencontre des consommateurs. La proximité, c’est notre force différenciante pour défendre le prix de notre lait ». Faire France accorde un coup de pouce aux JA : la première année d’installation, leur rémunération est multipliée par 3.
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