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Témoignage sur l'installationMichael Magnier (23) : jeune agriculteur et producteur de lait de montagne

Rien ne l’y obligeait. Pourtant Michael Magnier a repris la ferme laitière aux côtés de sa mère en 2016. Une installation très bien vécue, qu’il a mise à profit pour peaufiner, en accord avec ses parents, un projet visant à une meilleure rentabilité de l’exploitation familiale.

L’élevage laitier ? Michael Magnier est tombé dedans quand il était petit. À 32 ans, il est désormais installé sur la ferme familiale située dans la Creuse, sur la commune de Dontreix à 800 mètres d’altitude. « On est à une heure seulement du massif du Puy de Dôme. Et si l’on est plus proche de la région Auvergne Rhône Alpes en termes de pratiques et de topographie, le nouveau découpage des régions nous rattache à la Nouvelle Aquitaine », explique-t-il.

Michael s’est naturellement tourné vers des études agricoles (BEP, bac pro puis BTS). Mais une fois son diplôme en poche en 2011, il travaille d’abord chez un grossiste en céréales et en engrais, en tant que magasinier. Après deux ans à ce poste, il plaque tout et s’envole pour le Canada. « Le salariat me pesait, j’avais envie de prendre l’air et de découvrir ce qui se faisait ailleurs », se souvient-il.

Michel Magnier, éleveur laitier
Michel Magnier est installé avec sa mère en Gaec. (©Terre-net Média)

L’élevage, une vocation

Il passera 9 mois sur une grosse exploitation laitière dans la province de Québec. Et là, le déclic : pas de doute, sa vocation est de devenir éleveur à son tour, « pour vivre au fil des saisons, participer à l’entretien des espaces et l’aménagement des territoires, la reprise de la ferme familiale était devenue une évidence ». Mais encore fallait-il attendre que son père parte en retraite, car impossible de faire vivre trois personnes sur la ferme.

Il s’écoulera donc encore près de deux ans avant que Michael ne s’installe, le 1er janvier 2016. Une période qu’il a mise à profit pour ciseler son projet d’installation, tout en travaillant comme salarié dans un élevage de volailles bio à Eveaux-les-Bains (23), puis sur un atelier de 200 laitières, toujours dans la Creuse. Aujourd’hui, Michael est en Gaec avec sa mère. « J’ai pris la place de mon père dans la société, après ses problèmes de santé. Mais attention : ma démarche était volontaire. Il n’y avait aucune obligation, j’avais l’envie de m’installer. »

L’installation, un cadre pour la réussite du projet

La transmission s’est déroulée de façon fluide, après s’être rapproché de son point accueil installation local. Les choses se sont enchaînées entre la réalisation de l’autodiagnostic, l’élaboration du plan de professionnalisation personnalisé (PPP), une formation en comptabilité et sur le montage d’une société, la construction du plan d’entreprise… près de 18 mois se sont écoulés avant son installation. Michael insiste : « Cette période de transition est nécessaire pour bien anticiper les choses. Compte tenu des engagements financiers, il ne faut pas se tromper. S’installer, c’est un engagement fort, un choix de vie. Il faut être sûr de son projet et ce qu’on veut faire, car on signe pour 15 ans. »

S’installer dans le cadre familial suppose de s’accorder sur l’ensemble du projet.
Là où le parcours d’installation est souvent vu comme une contrainte, Michael parle plutôt d’un dispositif, d’un cadre qui a toute son importance dans la réussite du projet. Les conseillers de la chambre d’agriculture de la Creuse, qui accompagnent 98 % des installations dans le département, dispensent d’ailleurs un éventail de conseils très complet. Pour s’installer, Michael a pu compter sur une DJA de 28 000 €, complétée par une aide de 4 000 € de la région. Il explique : « J’ai emprunté 90 000 €. Dans mon projet, l’idée était de rester humble, de garder identique le périmètre de la ferme familiale sans construire de bâtiment, ni agrandir le cheptel ou encore la surface de l’exploitation dont mes parents étaient propriétaires. »

Simplifier les tâches et réduire les charges

Afin d’améliorer les résultats, Michael a misé sur le passage au tout herbe, en arrêtant la culture du maïs qui devenait problématique, avec des hivers très froids et des étés de plus en plus secs. En parallèle, la ferme s’est affranchie des achats de tourteaux, en implantant du méteil pois-vesce sous couvert de prairie.

En parallèle, il a investi dans son parc matériel avec trois tracteurs qu’il renouvelle tous les quatre ans, pour simplifier les tâches et rendre le travail plus efficace. Aujourd’hui, ses tracteurs sont assurés jusqu’à 2 500 heures ce qui lui vaut de réduire considérablement le nombre de pannes potentielles et de limiter d’autant les charges de mécanisation sur la ferme. « Nous avons pu améliorer notre EBE en augmentant les investissements », se réjouit-il. 

Michael souligne qu’aucune décision importante n’est prise sans consulter sa mère Laurence, mais aussi son père, même s’il est désormais sorti de l’exploitation. « On a mis 6 mois pour établir ensemble les nouvelles rations, affiner le coût. » Au centre de cette installation familiale réussie : le partage des tâches. Au Gaec Magnier, si Michael et Laurence font la traite ensemble, le reste du temps, chacun a son poste. Laurence s’occupe des jeunes de la naissance au sevrage. Quant à Michael, il gère les cultures, en concertation avec ses parents et le suivi des bêtes en post-sevrage.

Autonomie en eau et en électricité pour l’avenir

D’ici 6 à 7 ans, sa mère partira en retraite. Comme Michael ne souhaite pas s’associer, il prépare déjà l’avenir. L’idée ? Réduire le nombre de laitières, en passant de 60 à 45 vaches. Pour pouvoir compter sur un revenu complémentaire, il projette de développer l’activité d’engraissement, pour passer à 20 bêtes par an, avec des génisses croisées limousines poussées jusqu’à 22 mois et des taurillons vendus à 3 ans à un marchand de bestiaux local. La vente de foin permettra de dégager une marge supplémentaire.

Et les choses ne s’arrêtent pas là : Michael envisage également de rendre la ferme autonome en énergie et en eau, en se raccordant aux sources présentes sur l’exploitation. Bien sûr, il compte bien continuer à s’investir dans la vie associative et syndicale qui, pour lui, est essentiel au développement personnel. « C’est capital pour l’ouverture de pouvoir se confronter à d’autres visions du secteur », conclut-il.

Article et vidéo réalisés par Web-agri Factory et proposés par le Sommet de l'élevage.

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