« Les marges sont de plus en plus réduites, il faut tout de suite être performant. Quand un repreneur présente un EBE à la banque, il doit l’atteindre. La transmission des savoirs et savoir-faire du cédant est donc indispensable », juge monsieur Deram, en passe de céder son élevage allaitant hors cadre familial.
« Sans l’aide et les conseils des cédants, vous n’êtes pas sûrs d’atteindre l’EBE fixé dans l’étude prévisionnelle d’installation (ou PE c’est-à-dire plan d’entreprise) : c’est ce que la banque a dit à nos repreneurs », témoigne monsieur Deram, polyculteur et éleveur bovin allaitant, sur une soixantaine d’hectares près du marais d’Audomarois dans les Hauts-de-France. « Nous allons transmettre l’exploitation hors cadre familial – nos deux filles ne souhaitent pas reprendre la ferme, elles ont choisi le secteur médical –, les établissements bancaires sont donc plus frileux. »
Monsieur Deram, déjà à la retraite, et son épouse très bientôt, avaient à cœur d’installer des jeunes sur l’élevage, pour qu’il ne parte pas à l’agrandissement, à condition « de maintenir la viabilité et vivabilité de la structure ». Et pour cela, « la transmission des savoirs et savoir-faire est indispensable », estiment-ils. « Aujourd’hui, les marges sont de plus en plus réduites, il faut vraiment être performant. Quand on présente un EBE à une banque, il faut l’assurer », avancent-ils.
« Deux jours/semaine ne suffisent pas »
Avec le couple candidat à la reprise de l’exploitation, rencontré par hasard lors d’un événement sur la transmission, ils décident de mettre en place une période de test pour l’un des deux, le conjoint, avant la cession effective, le 1er avril 2026. Une suggestion de la banque également. Après s’être renseignés auprès de la chambre d’agriculture départementale, ils optent pour une durée d’un an, afin de couvrir l’ensemble d’une saison agricole, deux jours par semaine, le repreneur ayant conservé son emploi à l’extérieur, et le statut de salarié.
« Nous nous rendons compte maintenant, alors que nous sommes sur la fin, que deux jours par semaine ne sont pas suffisants pour transmettre notre connaissance de la ferme, nos façons de faire, constatent-ils. Mais davantage de temps a un coût, il faut que l’entreprise puisse le supporter. Dommage qu’il n’y ait pas plus d’aides financières. » Ils jugent qu’une présence régulière est essentielle pour un suivi rigoureux des différents travaux et interventions au sein de l’élevage et des cultures.
Il rate des choses, certaines tâches ne peuvent être différées.
D’autant que Bastien a envie d’être le plus possible sur la structure pour se perfectionner. « Ça casse le rythme, quand il revient après cinq jours ailleurs, il faut qu’il se remette dans le bain, pour savoir ce qu’il s’est passé en son absence. Il rate des choses car certaines tâches ne peuvent être différées », détaille monsieur Deram. Ce type d’essai est cependant « un bon système », selon lui, « pour montrer aux successeurs comment on travaille et qu’ils puissent se positionner sur ce qui leur convient et ce qu’ils pourraient améliorer voire changer ».
« Il est content qu’on accepte des évolutions »
Certes, les parents du couple étaient agriculteurs et tous deux ont une formation agricole, mais « le diplôme ne fait pas tout, il y a encore beaucoup à apprendre ». Au-delà de la découverte de la ferme et des pratiques adoptées, l’éleveur insiste sur l’importance d’échanger. Il a, par exemple, préparé l’assolement 2025-2026 avec Bastien : ensemble, ils ont pris la décision de supprimer des prairies temporaires et d’implanter du colza.
« Il est content qu’on accepte des évolutions, qu’on ne lui dise pas : « on a toujours fait comme ça alors on continue ». Ce doit être du donnant-donnant, à chacun de faire un pas vers l’autre », met en avant l’ancien exploitant, « fier d’avancer à deux avec lui ». Il apprécie, en outre, « le coup de main en fin de carrière » apporté par cette main-d’œuvre supplémentaire. Mais attention : « deux jours par semaine, je vais pouvoir souffler », pensait-il ; en réalité, il faut consacrer « plus de temps qu’on ne l’imagine » au repreneur.
« Stressant au début, enrichissant ensuite »
« Il pose beaucoup de questions, c’est très bien, mais pendant qu’on explique, on ne travaille pas », fait remarquer monsieur Deram. Être disponible n’est pas toujours simple, en particulier lors des pics d’activité. « En plein boom, faut faire le boulot, difficile de s’arrêter sans cesse pour des explications. » L’hiver est heureusement plus calme : il est plus facile de « se poser pour discuter ». L’éleveur met en avant « le partage mutuel d’expérience », « enrichissant », qui s’instaure au bout d’un moment entre les cédants et leurs successeurs.
Un coup de main en fin de carrière ; en réalité, plus de temps à consacrer qu’on ne l’imagine.
Car le démarrage n’est pas toujours évident et même « stressant ». « Ces personnes ne font pas partie de la famille, nous ne les connaissons pas, nous ne savons pas comment elles peuvent réagir, illustre-t-il. Nos visions divergent parfois. Il faut arriver à exprimer nos ressentis sans heurter. » À cet égard, Monsieur Deram considère l’accompagnement de la chambre d’agriculture indispensable : « Sans un œil extérieur, un cadre clair avec un plan de transmission défini en amont, un appui en cas de problème, c’est compliqué. »
« Être accompagné amène une réelle sérénité », ajoute-t-il. À tout éleveur qui envisagerait une période d’essai avec le repreneur, de transition, il conseille d’y aller sans hésitation. Ce tuilage est « crucial pour réussir la cession/reprise d’exploitation », pointe-t-il, car « le but est bien de transmettre à un jeune et qu’il réussisse derrière ». « Pas le choix, il faut qu’il sache ce que nous faisons et comment. Il n’a pas vécu sur la ferme comme un enfant d’agriculteur ! »
Témoignage issu du webinaire « Se tester avant de s’engager, nouvel accompagnement » de la chambre d’agriculture des Hauts-de-France, diffusé en novembre 2025 pendant la Quinzaine de la transmission/reprise d’exploitations agricoles.

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