Pour que le passage en traite robotisée ne signe pas l’arrêt du pâturage, la chambre d’agriculture des Pays de la Loire a convié des éleveurs en réflexion à visiter deux exploitations qui les concilient, avec efficacité et rentabilité.
Antoine Billon, éleveur à Tuffé Val de la Chéronne (72), en est convaincu : « il est possible de continuer le pâturage quand on passe en traite robotisée, même avec 100 vaches ». Lors d’une journée organisée par la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, il a partagé les différents leviers actionnés pour redonner sa place au pâturage. Le premier robot est arrivé au Gaec de la Ferme du Colombier en 2012. Un deuxième l’a rejoint en 2021.
« Sur cette période, bien que le troupeau soit passé de 70 à 110 vaches, Holstein et Jersiaises, nous avons fait le choix d’augmenter la place de l’herbe dans notre système fourrager pour contenir le coût alimentaire et améliorer l’EBE mais aussi pour répondre aux attentes de notre laiterie comme à nos besoins pour la transformation car une partie des 492 000 litres que nous produisons est transformée à la ferme », détaille Antoine Billon.
Aujourd’hui, les animaux ont accès à 40 hectares de prairies depuis la stabulation. « Pour augmenter la surface accessible, nous avons construit un pont par dessus un chemin de randonnée très fréquenté », explique l’éleveur. L’exploitation est sur des sols portants mais séchants. « Ce qui fait qu’il est possible de pâturer en janvier mais que c’est souvent plus difficile en été, partage Antoine Billon. Mais selon les années, on arrive à avoir de l’herbe toute l’année. En 2024, par exemple, on a pu fermer les silos de fin mars à octobre ».
En moyenne, l’herbe pâturée couvre 63 % des besoins annuels du troupeau. La ration est complétée par de l’herbe conservée et du maïs épi pour une production moyenne de 4 500 litres à 47,4 de TB et 35,5 de TP 35,5. Le coût production est de 621 €/1000 litres et le revenu de l’atelier lait (lait, viande et aides avec une MAEC) est de 781 €/1 000 litres. « Cela nous permet un revenu disponible de 42 200 €/UTH, la stratégie développée depuis 2021 paie », apprécie Antoine Billon.
Un pâturage possible avec des vaches à haute production
Le pâturage et la traite robotisée sont compatibles, quel que soit le niveau de production. Au Gaec Belherbage, à Challes (72), Damien et Jennifer Herpin gèrent un troupeau de 114 vaches, avec une moyenne d’étable à 9 000 litres vendus. Après une vague de départs en retraite, des 5 associés à l'originr du Gaec, Damien et Jennifer se sont retrouvés seuls, en 2018, pour conduire l’élevage, où deux robots avaient été installés en 2013. « Nous avons réorienté le fonctionnement de l’exploitation pour renforcer l’autonomie alimentaire », expliquent Damien et Jennifer, qui resèment des prairies autour de la stabulation et mettent en place le pâturage tournant.
Le troupeau dispose de 30 ha accessibles, organisés en 30 paddocks. Ce qui permet au pâturage de couvrir 25 % des besoins fourragers annuels. « Au maximum l’herbe pâturée représente 50% de la ration », détaille Damien Herpin. L’autonomie alimentaire permet de limiter le coût production à 513 €/1000 litres. Avec un produit total de l’atelier lait de 571 €/1000 litres et 82 hectares de cultures, l’exploitation dégage un EBE de 222 000 €.
Une conduite efficace du pâturage
Pour concilier pâturage et robot de traite, les deux élevages ont la même approche : une gestion précise de l’herbe et une bonne circulation des animaux, du pâturage vers la stabulation. Antoine Billon travaille avec un roulement de 2 parcelles par jour réparties en deux blocs, un pour le jour, un pour la nuit. Les sorties sont gérées par une porte de tri. Les vaches doivent passer par le robot pour accéder à la nouvelle parcelle.
« Si elles veulent ressortir, il faut qu’elles soient traites, souligne l’éleveur. Je joue sur la motivation alimentaire. Quand elles reçoivent un complément de ration à l’auge, elles ont accès à une nouvelle parcelle le soir. Quand les vaches dorment dehors, la nouvelle parcelle est accessible le matin et elles ont le complément à l’auge le soir ». Ce qui permet une moyenne entre 1,8 traite par vache et par jour, quand elles sont en 100 % pâturage, et 2,2 quand elles restent en bâtiment. « C’est cohérent avec le niveau de production, estime Antoine Billon. Comme les robots ne sont pas saturés, on ne se stresse plus avec les vaches en retard. »
Avec une production moyenne de 9 000 litres, Damien et Jennifer Herpin ont une stratégie de passage au robot plus incitative. « Les vaches dorment en bâtiment toute l’année, expliquent les éleveurs. Par le biais de la porte de tri, on autorise leur sortie au lever du jour, puis on va les chercher en fin de matinée pour qu’elles passent au robot. Elles ressortent l’après-midi, en comptant sur leur motivation avec une nouvelle parcelle. On les rentre en fin d’après-midi, pour leur distribuer le complément de ration. » Avec ce cadencement, Damien et Jennifer Herpin arrivent à une moyenne de « 2,6 traites par jour quand les vaches sont tout le temps en bâtiment. 2,4 quand elles sortent, ce qui est cohérent avec leur niveau de production ».
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