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Reportage chez les frères Arsicaud (17)420 vêlages, 6 actifs et un peu de temps libre

Petit écart à cette gestion très rationnelle, la participation aux concours dont les retombées économiques sont difficilement quantifiables. Granada a raflé tous les prix possibles, dont celui de meilleur animal à Paris en 2017. (©Antoine Humeau)
Petit écart à cette gestion très rationnelle, la participation aux concours dont les retombées économiques sont difficilement quantifiables. Granada a raflé tous les prix possibles, dont celui de meilleur animal à Paris en 2017. (©Antoine Humeau)

À Marans (Charente-Maritime), les frères Arsicaud pilotent un élevage de 320 blondes d’Aquitaines et 95 limousines, tout en gérant une maison de négoce en bétail. La gestion de l’exploitation est rationnelle, l’organisation optimisée.

Le rendez-vous était pris avec Pascal, c'est finalement avec son frère qu'il nous reçoit dans leur bureau. Être à la tête d’une exploitation de 550 hectares et 420 vêlages, cela ne doit pourtant pas laisser beaucoup de temps libre. « Ici, il y a pas mal de choses qui sont très calées », précise Pascal, le cadet des deux. Au fil du temps, on a rationnalisé. C’est ainsi que les animaux ne sont plus répartis sur quatre sites dans un rayon de trente kilomètres mais sur deux, distants de dix kilomètres. Les limousines (95 vêlages), moins exigeantes, sont à Chaillé-les-Marais, les blondes d’Aquitaine (320 vêlages) sont sur le site principal à Marans. Depuis un an, les bâtiments ici ont été rallongés, ce qui optimise le travail. L’élevage est plutôt extensif : 75% de prairies, un chargement qui n’excède pas 1,2 UGB, 120 hectares sont en MAE et les bêtes sont valorisées en label rouge.

Travail par lots

Six actifs font tourner la boutique, et certains travaux (labour, traitements et récoltes) sont sous-traités. Un salarié est responsable de l’alimentation : préparation des rations avec la mélangeuse. Un autre gère la surveillance et les soins aux animaux : visite matin et soir des veaux, isolement des vaches vêlées et mesure de leurs veaux, écornage et soins divers. Ces deux derniers assurent également le paillage et le curage des bâtiments. Un autre salarié est affecté au site de Chaillé-les-Marais et un quatrième s’occupe des cultures : préparation des sols, semis, apports d’engrais. Les deux associés, quant-à-eux, s’occupent de la gestion du personnel, de l'organisation du travail, et de la gestion du troupeau (accouplement, allotement, déclaration de naissance, identification, vaccination et vêlages). Les caméras de surveillance dans le bâtiment et les systèmes de détection de vêlages (Smart-vel) permettent de dormir plus sereinement. Les vêlages sont groupés de janvier à août : les veaux vont plus rapidement aux prés (« ça nous paraît plus logique et plus naturel »). C’est aussi lié à leur expérience de négoce : « Une majorité d’éleveurs font du vêlage d’automne, donc tous les animaux arrivent en même temps sur le marché, les nôtres sortent à un moment où il y a moins d’engorgement, on peut vendre les broutards plus facilement et souvent plus cher », détaille Yann.

Les deux associés font échographier toutes leurs femelles : 500 échographies par an à cinq euros, cela finit par chiffrer, mais cela vaut le coup : « L’échographie, ça c’est le premier méga gain de temps ». Quand l’automne arrive, la mise en lots se fait en fonction du stade de gestation. Quand ils font une pesée, une vaccination ou un écornage, c’est pour tout le lot d’un coup. « Cela permet de gagner du temps, assure Pascal. De toute façon on n’a pas d’autre choix que d’avoir une conduite rationnelle ». Au printemps, toutes les vaches taries qui vêlent de fin avril à août sont mises au pré par lots. À chaque lot sa parcelle.

Blondes d'Aquitaine au pâturage
L'exploitation comprend 325 blondes d'Aquitaine ainsi que 95 limousines (©SCA Arsicaud)

Ski l’hiver, deux semaines de congé l’été

Les deux frères Arsicaud parviennent à s’octroyer des congés : une semaine en hiver (« on aime tous les deux le ski ») et une à deux semaines l’été. « Là où on s'organise peut-être un peu différemment, c’est sur les weekends, qu’on essaye de préserver au maximum » pas question de lancer un chantier de foin le vendredi, « on fauche le lundi ou mardi, et le vendredi soir c’est récolté! » Les tâches du weekend se réduisent normalement à l'alimentation et les soins des mille têtes et aux vêlages. Les jours de congé sont aussi parfois consacrés aux concours, petit écart à cette gestion très rationnelle. « C’est une passion, cela a un coût, cela prend du temps et les retombées ne sont pas quantifiables » admettent les deux patrons d'un des plus gros élevage de Blondes d’Aquitaine de France. Le premier concours Blonde d'Aquitaine, c’était un régional, à Ruffec (Charente) en 2005. Cinq ans plus tard, ils tentent le concours général de Paris. « On est revenus bredouille de Paris les deux premières années, puis on a ramené des prix les neuf années suivantes ! ». Et pas n’importe lesquels : trois fois le prix d’élevage (le plus prestigieux), deux fois le prix d’ensemble, le meilleur animal du concours en 2017. C’était avec Granada, une femelle qui arrive aujourd'hui enfin de carrière après avoir raflé tous les prix possibles.

700 € à 900 € de revenu par mois

Le cheptel des frères Arsicaud n’a pas augmenté depuis 10 ou 15 ans. Difficile donc d’évaluer les éventuelles économies d’échelle. Ce qui est certain en tout cas c’est qu’ici, pas plus qu’ailleurs, élever des vaches allaitantes ne permet pas de rouler sur l’or : « On se prélève 700 € à 900 € de revenu par mois, on est dans la moyenne d'un élevage allaitant », témoigne l’ainé. Le reste du revenu, c’est grâce à leur autre activité, le négoce. « Ce qui est problématique et qui va le devenir de plus en plus, c’est le coût des prestations extérieures : les achats d'intrants, le matériel, la réparation mécanique, ça va nous tuer », soupire Pascal.

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