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Formation des prix et margesDepuis 10 ans, le secteur allaitant ne rémunère pas ses producteurs

La filière viande bovine est la seule qui, depuis 10 ans, ne rémunère pas ses producteurs, note l'Observatoire de la Formation des prix et des marges des produits alimentaires. (©Pixabay)
La filière viande bovine est la seule qui, depuis 10 ans, ne rémunère pas ses producteurs, note l'Observatoire de la Formation des prix et des marges des produits alimentaires. (©Pixabay)

Avec les confinements et les restrictions sanitaires, la consommation alimentaire des Français a été modifiée en 2020, et les prix à la consommation sont en augmentation 2,2 %. Du côté de la production, les prix sont globalement stables mais cachent des disparités importantes entre les filières qui connaissent une alternance de bonnes et de mauvaises années, et d’autres qui, comme la viande bovine, ne parviennent pas à rémunérer leurs producteurs depuis 10 ans, souligne le dernier rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM).

Comme tous les ans depuis 2011, l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires a rendu son rapport au Parlement pour l’année 2020. Avec l’arrêt forcé de la restauration hors domicile et les confinements, les comportements alimentaires ont été profondément modifiés l’année dernière, certains produits ayant soufferts d’une baisse de la demande (viande de veau, petites volailles, pommes de terre) tandis que d’autres comme la viande hachée ont bénéficié d’un intérêt accru des consommateurs. « Globalement, cette période a été plutôt bien gérée par les filières qui ont su retrouver un chemin de discussion, la distribution a largement privilégié l’origine France », a expliqué Philippe Chalmin, président de l’OFPM, lors de la présentation du rapport à la presse, le 15 juin.  

2020, une année particulière pour les filières viande bovine et lait

Entre 2019 et 2020, les prix à la production agricole sont globalement stables (+ 0,5 %), malgré une diminution des prix des moyens de production de 1,4 %, les prix des produits des industries alimentaires également (+ 0,5 %), tandis que les prix à la consommation des produits alimentaires affichent une augmentation de 2,2 %, supérieure à l’inflation, indique l’OFPM. Néanmoins, la situation est différente selon les filières.

Du côté des productions animales, notamment, le prix moyen pondéré des gros bovins entrée abattoir s’est replié de 4 centimes/kg. Les cours de la viande de veau ont de leur côté reculé de 10 centimes/kg, principalement à cause de la fermeture des circuits de restauration hors domicile pendant plusieurs mois. Les quantités habituellement consommées hors domicile ne se sont pas reportées vers les circuits de vente au détail.

L’augmentation de la demande de viande hachée en 2020, liée aux confinements successifs, s’est traduite par une hausse des fabrications à partir de viande allaitante ou de muscles traditionnellement mieux valorisés.

En moyenne annuelle, le prix réel du lait de vache payé au producteur s’est établi à 373,1 €/1 000 l en 2020 (toutes primes comprises, toutes qualités confondues), en repli de 2,5 € par rapport à 2019. Le prix du beurre vrac a également diminué, alors que les prix des poudres de lait écrémé et, dans une moindre mesure, de lactosérum, ont progressé. Au final, côté production, les systèmes lait de plaine et lait et cultures arrivent à l’équilibre en tenant compte des produits joints et des aides, mais le lait de montagne est à la peine.

Le secteur allaitant ne compense pas l’instabilité d’une année sur l’autre

En revanche, les prix de vente ne permettent pas de couvrir les coûts de production dans tous les types de systèmes allaitants. « Dans bien des cas, l’exploitant ne peut se rémunérer qu’aux alentours du Smic et encore, pas toujours », indique le président de l'Observatoire.  

« Sur 10 ans, on constate une très grande volatilité des résultats agricoles, qui touche pratiquement toutes les filières, avec une différence entre des filières qui connaissent des bonnes et des mauvaises années (c’est le cas du porc ou des céréales), et un secteur, la viande bovine, qui sur les 10 ans n’a jamais réussi à nourrir ses producteurs », constate Philippe Chalmin.

L’Observatoire entend chaque année rendre son rapport de plus en plus précis, intégrant le bio ou, en 2020, l’étude des marges de l’industrie laitière : pour l’année 2019, le taux de rentabilité des entreprises étudiées (qui représentent 56 % de la collecte laitière) est de 0,9 % du chiffre d’affaires, avec un résultat net moyen de 8,7 € pour 1 000 litres de lait.

Journaliste politique et économie

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