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Reportage en Charente-Maritime (17)Négoce de bétail, l’autre métier des frères Arsicaud

Yann Arsicaud (devant) : « Les fournisseurs nous font beaucoup de sales coups » (©Antoine Humeau)
Yann Arsicaud (devant) : « Les fournisseurs nous font beaucoup de sales coups » (©Antoine Humeau)

Yann et Pascal Arsicaud ne sont pas seulement à la tête d'un des plus gros élevages de Blondes d’Aquitaine de France. Ils gèrent aussi sur leur commune de Marans (Charente-Maritime) une maison de négoce qui emploie une quinzaine de personnes pour un chiffre d’affaires de 27 millions d’euros.

Sur tous les logos de l’entreprise, il est mentionné « depuis 1890 ». La force de la maison Arsicaud, c’est son ancienneté. « Certains éleveurs qui travaillent avec nous l’ont toujours fait, leurs pères et grands-pères avant eux » constate Yann, 47 ans, l’ainé des deux frères. Tous deux ont la même passion de l’élevage (les Blondes d’Aquitaine surtout), partagent les mêmes vues, et ont d’ailleurs la même voiture (une Renault Kadjar blanche).

La Maison Arsicaud, c’est l’une des entreprises de négoce les plus importantes, parmi les privés : 25 000 animaux commercialisés chaque année, en provenance de Vendée, Charente-Maritime et Deux-Sèvres. Un chiffre tendanciellement en diminution. Elle fait travailler une quinzaine de personnes et réalise un chiffre d’affaires annuel de 27 millions d’euros. À titre de comparaison, l’élevage de 420 vaches allaitantes qu’ils gèrent en même temps réalise un chiffre d’affaires d'un peu plus d’un million d’euros.

Entre le marteau et l’enclume

Yann et Pascal Arsicaud sont des éleveurs avant tout, des sélectionneurs qui ne ratent pas un seul grand concours de Blondes d’Aquitaine. Et c’est peut-être cela qui fait la différence. « On est des négociants mais aussi des éleveurs performants, donc on est capables de nous mettre dans la peau des éleveurs, on comprend leurs problèmes de veaux morts, de charges etc, met en avant Pascal, le cadet On les conseille pour la préparation de leurs animaux, pour les valoriser au mieux sur les marchés de distribution ».

Pas facile toutefois d’endosser les deux rôles. Sur les rings ils sont avec leurs pairs, mais dans le business, ils sont de l’autre côté. Enfin, pas tout à fait : « On partage les mêmes problématiques, quand les cours sont au plus bas, cela ne nous arrange pas ! » En fait, ils se voient plutôt « entre le marteau et l’enclume », dans un secteur particulièrement rude. « Certains fournisseurs nous font des sales coups » lâche l’ainé des deux frères, sans apporter plus de détails ».

En réalité, pour les trois quarts des transactions, il n’y a pas de négociations, « je prends les bêtes et le prix est fixé ensuite » raconte Yann.

Le plus pénible c’est le commerce.

« Aujourd’hui l’éleveur n’a plus qu’un seul levier pour faire varier son revenu, c’est le prix des bovins, observe Pascal. Il ne négocie pas le blé, ni ses intrants, ni le prix de son lait, il ne lui reste plus que ça ». Le négociant, lui, doit préserver ses marges, « peu ou prou 10 centimes du kilo », essayer d’apporter de la valeur ajoutée à l’animal selon sa catégorie. Pas question de brader la marchandise des éleveurs. La maison a la réputation d’être dure en négociation. « Dans cet univers rugueux, il est difficile de pérenniser les relations commerciales aussi bien avec les fournisseurs qu'avec les clients ». Il y a quelques années l’entreprise de Marans avait perdu Bigard Castres, un gros client qui lui prenait cinq bêtes par semaine, face un concurrent qui faisait du dumping. Il a fallu d’âpres et longues négociations pour le récupérer. « Il y a trois semaines, un abatteur a acheté une blonde de 580 kilos à 4,90€ du kilo à une coopérative de Normandie, quand nous on vendait la nôtre à 5,25€ ou 5,30€ », se désole Yann Arsicaud. « Quand on achète des bêtes à un éleveur, il ne faut pas les prendre à prix trop bas sinon on le perd, et ensuite il ne faut pas vendre trop cher à l’abatteur non plus ».

Les négociations, les bruits qui circulent dans le dos, et même les jalousies, c’est parfois épuisant. « Entre le négoce et l’élevage, le plus pénible c’est le commerce, confie Pascal, parfois j’y vais à reculons ». Même si cela dégage un chiffre d’affaires 25 fois plus important que l’élevage.

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