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Mutualisation de l'assolementDans la Sarthe, 14 agriculteurs optimisent leurs surfaces ensemble

Laurent Brouard (Sarthe) fait partie du groupe d'agriculteurs qui tentent de mutualiser leur assolement. Ils sont accompagnés par Olivier Subileau du Gab 72. (©Terre-net Média)
Laurent Brouard (Sarthe) fait partie du groupe d'agriculteurs qui tentent de mutualiser leur assolement. Ils sont accompagnés par Olivier Subileau du Gab 72. (©Terre-net Média)

Quatorze éleveurs et céréaliers bio du Perche sarthois travaillent depuis un an et-demi à la mutualisation de leurs assolements. Il s’agit d’améliorer l’efficacité économique de leurs systèmes. Pour les éleveurs, c’est une question d’autonomie protéique. En ligne de mire : la création d’un séchoir à luzerne collectif.

Voilà 25 ans que Laurent Brouard est installé à Dollon, à l’est du Mans (Sarthe). Et ces dernières années, les effets du réchauffement climatique, il les a bien ressentis : quatre années difficiles en six ans.

Être autonomes ensemble

Ici, les sols sont sableux. « On a de la terre à herbe, donc on fait de l’herbe, et qui est-ce qui mange l’herbe ? Les bovins ! » Il élève des génisses d’engraissement, mais aussi des poules pondeuses et des porcs. Produire des céréales ici c’est compliqué, alors il les achète à un producteur à 40 kilomètres de là. « Ça consomme moins de fioul que de les produire soi-même, j’en étais à sept passages de binage quand je le faisais », justifie l’éleveur. Entre les deux, un intermédiaire : une centrale d’aliment qui transforme les céréales en un aliment complet sécurisé. « Cela permet de relocaliser l’approvisionnement. Avant mes céréales venaient de n’importe où », argumente-t-il encore. De son côté, le céréalier lui prend les fientes de ses volailles, qu’il épand sur ses terres.

Optimiser les surfaces en les mettant en commun.

Laurent Brouard fait partie de cette quinzaine d’agriculteurs qui ont sollicité le groupement des agriculteurs bio (Gab 72) il y a un an et demi pour constituer un groupe de mutualisation de terres. Le projet s’inscrit dans un contexte de réchauffement climatique : « Jusqu’à présent, les systèmes étaient cohérents, mais depuis trois ou quatre ans, ils ont du mal à rester autonomes en fourrage, raconte Olivier Subileau, le technicien qui les accompagne. Donc avant de diminuer le nombre de bêtes à l’hectare, n’a-t-on pas intérêt à optimiser les surfaces ? » Le projet vise à permettre des économies sur le coût de production des protéines tout en sécurisant la qualité, le tout en améliorant la fertilité des sols.

« Deux ans de luzerne, trois ans de cultures »

À Berfay (72), Thierry Barré élève des Jersiaises avec son épouse. 90 000 litres dont 70 000 transformés en fromage. « Il nous manque toujours un peu de protéines. » Il ne leur manque pas grand-chose pour être autonome, trois à quatre hectares de luzerne. « L’intérêt, ce serait que des céréaliers du coin la produisent, en tête de leur rotation. Nous, ça nous libérerait de la surface pour faire un ou deux hectares de plus de céréales ».

Pour les quatre céréaliers du groupe, il s’agirait d’insérer de la luzerne dans leurs assolements. « On a estimé qu’il faudrait en gros 60 hectares de luzerne pour pouvoir assouvir les besoins des éleveurs », précise l’animateur du Gab. En réalité, derrière cette urgence liée au manque de fourrage, il y a un enjeu autour de la rotation des cultures. « Il ne faut plus raisonner rentabilité à l’année mais à l’échelle de la rotation, développe Olivier Subileau, c’est un changement de philosophie. » La rotation pourrait par exemple se décliner ainsi : deux ans de luzerne, trois ans de cultures, deux ans de luzerne, trois ans de cultures. « Je suis persuadé que cela peut augmenter significativement les rendements », insiste le technicien.

À Montaillé, à l’est du Mans, deux frères sont à la tête d’une ferme céréalière de 300 hectares. Que faire en tête d’assolement ? « Pour passer économiquement, il leur faut 50 hectares de luzerne en plus, mais il faut trouver un débouché à cette luzerne ». C’est là l’un des objectifs de ce groupe, qui pourrait être reconnu GIEE.

« Penser vie du sol d’abord »

Les éleveurs de bovins en polyculture peuvent eux aussi modifier leurs pratiques et aller vers une intensification végétale lors du renouvellement de leurs prairies fatiguées par les sécheresses successives. L’itinéraire technique serait d’incorporer la coupe de la prairie en engrais vert au printemps pour implanter une culture d’été millet ou sorgho associé à du trèfle d’Alexandrie pour les faire pâturer en été.

Cette solution permet d’assurer un rendement estival pour les vaches. « On perd une coupe, donc quatre tonnes de matière sèche, mais on gagne sept tonnes l’été avec la culture implantée. » Plus précisément, les essais mis en place ont permis de produire trois tonnes de matière sèche en plus par hectare et de développer la vie du sol pour préparer le semis de renouvellement de la prairie à l’automne.  « Il faut penser vie du sol avant de penser à nourrir ses vaches ! » suggère le technicien.

L’éleveur peut aussi, en milieu de rotation, faire un blé meunier, sur quelques hectares. « Cela dégage immédiatement de la trésorerie qui lui permet d’acheter du fourrage, développe Olivier Subileau. Il sort le même chiffre d’affaires, le même revenu, sans aller sur un chamboulement. »

Un séchoir à luzerne collectif

Acheter de la luzerne à des céréaliers, pour les éleveurs, l’objectif n’est pas seulement d’éviter le déficit de fourrage les années sèches. « Ramener de la luzerne dans l’alimentation des bovins, cela permet d’équilibrer la ration, qui est souvent trop énergétique », soutient Olivier Subileau.

Pour mettre en musique tout cela, il faudra contractualiser. Pour cela, il faut se mettre d’accord sur des prix, commencer par calculer avec précision le prix de revient de la luzerne. « À quel prix vendre, ramené à la protéine ? Quels rendements et quelle qualité ? Il faut construire quelque chose pour que les règles du jeu soient fiables », prévient Olivier Subileau.

Le deuxième étage de la fusée sera peut-être la construction d’un séchoir à luzerne collectif. Un projet qui pourrait voir le jour d’ici trois ans, et qui permettrait de sécuriser la qualité de la première coupe de luzerne. « Le problème, c’est la récolte de la première fauche, appuie Thierry Barré. Soit on récolte précocement et dans ce cas il faut faire de l’enrubannage ou de l’ensilage, mais moi cela ne m’intéresse pas puisque je fais de la transformation fromagère, soit on attend un peu et c’est de moindre qualité. » Le séchage de la première coupe résoudrait le problème. « Avec des foins de qualité, on pourrait monter en production ! Là on est à 6 000 litres/vache. » La réflexion autour d’un tel équipement commence tout juste.

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