Menu

Polyculture élevageUn couplage animal-végétal amène plus de résilience sur le long terme

Le couplage animal-végétal pour mieux résister aux aléas climatiques et économiques. (©David Mark de Pixabay)
Le couplage animal-végétal pour mieux résister aux aléas climatiques et économiques. (©David Mark de Pixabay)

La polyculture-élevage a encore de beaux jours devant elle, selon Pierre Mischler, chef de projet à l’Institut de l’élevage. Ce système offre un revenu plus régulier sur le long terme et permet de mieux amortir les aléas économiques et climatiques. Côté environnement, le bilan est aussi positif.

« Le couplage animal-végétal sur une exploitation n’est pas une fin en soi ! C’est un moyen pour mieux résister aux aléas climatiques et économiques », analyse Pierre Mischler, chef de projet à l’Institut de l’élevage lors d’une intervention, le 27 janvier, au sujet du projet Casdar Red-spyce1. Ce projet vise à améliorer la performance des exploitations en polyculture-élevage et à les rendre plus durables et résilientes dans le temps.

Pierre Mischler définit ce couplage animal-végétal par « le flux des matières entre animaux et végétaux : les effluents d’élevage nourrissent les cultures qui, elles-mêmes, nourriront les animaux ». À cela s’ajoute les achats ou non d’intrants, comme la litière (paille, etc) ou les engrais minéraux, qui vont définir un certain niveau de couplage, différent entre exploitations. Pour Pierre Mischler, « un niveau de couplage élevé est loin d’être une généralité. Plus l’exploitant a des cultures industrielles, moins le couplage est fort. Ces exploitations sont souvent localisées dans des zones à fort potentiel agronomique. Dans ces situations, il est souvent plus difficile d’avoir une autonomie en termes de fertilisation en se basant uniquement sur l’élevage et les légumineuses. » L’achat d’engrais est donc nécessaire.

Attention à la charge de travail

Pierre Mischler constate que « ce sont dans les zones à plus faible potentiel agronomique que le couplage est le plus élevé. Les agriculteurs subissent ce milieu et cherchent à compenser une production plus faible en devenant le plus autonome possible en intrants et aliments ». De même, en production biologique, le couplage est là encore plus élevé dans le but de privilégier une autonomie alimentaire pour les animaux et le recyclage des effluents d’élevage.

Ces observations proviennent de l’analyse d’une soixantaine d’exploitations, de six régions différentes, dont les agriculteurs ont participé au projet Red-spyce. Finalement, selon Pierre Mischler, il apparat que « sur un temps long, un couplage élevé permet d’être effectivement plus autonome et plus économe, avec une moindre dépendance aux aléas du marché et météorologiques. Plus un système est herbager, moins le revenu fluctue. Mais les systèmes ayant davantage de cultures peuvent aussi réduire la variabilité de la performance économique ».

Un bilan azoté plus léger

Pierre Mischler alerte cependant sur la dimension « multi-ateliers » de certaines exploitations. En effet, elle peut être « source de déséquilibre du fait de la charge de travail qu’elle induit, bien plus qu’en système spécialisé, que l’on soit en couplage faible ou fort ».

Entre 2011 et 2013, sur le plan économique, les exploitations à fort couplage ont dégagé un revenu équivalent aux autres, mais « avec une efficacité économique supérieure » dont moins de charges opérationnelles. Il note également que, sur le plan environnemental, un fort couplage entraîne « un bilan azoté moins excédentaire, une moindre consommation de pesticides sur les cultures et moins de dépenses en fioul ».

La polyculture-élevage a donc une place à prendre dans la lutte contre le changement climatique : moins de production de gaz à effet de serre et plus de stockage de carbone. Le projet Red-spyce ne constate pas une diminution de ce type de système mais « plutôt une transformation », rapporte Pierre Mischler, avec potentiellement une relocalisation des débouchés. Et de conclure : « Quand tout va bien, la question de la pertinence du couplage animal-végétal peut se poser. Mais quand le contexte est défavorable, la question ne se pose plus ! »

Un couplage fort entraîne une baisse de la fluctuation de revenus par ha (effet amortisseur) :

Graphique couplage
(©Gis relance agronomique)
 

1 : Intervention menée dans le cadre du séminaire du Gis Relance Agronomique « La contribution de l’agriculture à l’atténuation du changement climatique » - Gis Relance agronomique - Journée Casdar 2021 (gis-relance-agronomique.fr)

Réagir à cet article

Sur le même sujet