« Les éleveurs retrouvent du poids face aux transformateurs », titrait récemment La France agricole. Mais face à la grande distribution ?
Les initiatives fleurissent pour identifier, sectoriser, territorialiser nos produits et ainsi nous affranchir du diktat des transformateurs. Les consommateurs, ou plutôt une petite partie des consommateurs, « éclairés » demandent des spécificités (bio, oméga 3, pâturage, bien-être animal…). Des producteurs réactifs se lancent dans les circuits courts, les produits identifiés… en espérant une plus-value.
Quand les producteurs sont à l’origine de la démarche et la maîtrisent de bout en bout, je ne peux qu’applaudir des deux mains. Le lait Faire France, lancé en Belgique puis en France en 2012, est piloté de A à Z par et pour les producteurs. De même, le lait En direct des producteurs est né de la volonté farouche de quelques éleveurs qui ont eu le courage de créer eux-mêmes leur laiterie.
Je suis plus embarrassé par le lait C’est qui le patron ? ! à l’initiative de Nicolas Chabanne (petit-fils de préfet passé par la Sorbonne). Cet iconoclaste a un moteur : l’utilité sociale. Après avoir lancé la mode des légumes moches, il a lancé une consultation sur Internet pour déterminer un juste prix accepté par le consommateur. Le prix final s’établit à 99 centimes. Là-dessus, Carrefour s’engage à le commercialiser. Aucun agriculteur n’est à l’origine de cette action et c’est gênant. Les cinquante producteurs qui fournissent ce lait sont très heureux de percevoir 40 centimes.
Et chacun y va de son lait plus ou moins équitable . Auchan avec sa filière responsable promet 31 centimes. Super U, avec Bleu-Blanc-Cœur, vend son lait 79 c et assure 31c départ ferme. Intermarché lance le lait Ile-de-France payé 37 c. Leclerc promet 37 c pour un lait identifié. Comble de l’hypocrisie, Lidl a reversé 4 millions d’euros à la MSA pour soutenir les agriculteurs en difficulté. C’est la première fois que le chiffre d’affaires des grandes marques stagne, voire régresse, et toutes ces braves enseignes se parent de bonnes intentions pour attirer le client sur des niches. Pendant ce temps, la guerre fait rage dans les négociations industrielles/GMS pour tirer les prix vers le bas. Nous subissons le diktat des prix établi par nos transformateurs. Doit-on attendre que les GMS décident de nos coûts de production ?
Un lait UHT premier prix à 70 c se décompose ainsi : GMS 13 centimes, transformateur 22 c, transports divers 5 c, TVA 4 c. Il reste en théorie 26 c pour le producteur, mais le transformateur a récupéré 8 c sur le différentiel de matière grasse entre 38 et le demi-écrémé (15,5). Donc, nous devrions percevoir 34 c. Quand le lait est vendu 99 c, le producteur perçoit 40 c, mais il reste 15 c qui se baladent on ne sait où. Alors, c’est qui le couillon ? Laisser les GMS décider pour nous et on est sûr de se faire avoir.
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