Paris, 14 août 2015 (AFP) - L'absence de cotations sur le marché du porc de Plérin, même si elle n'empêche pas les ventes en France, entraîne une situation compliquée pour certains éleveurs, qui se retrouvent avec des cochons invendus sur les bras.
Environ 15 % de la production porcine française est vendue sur le marché de Plérin, au cours de deux séances hebdomadaires. Le lundi, 10.000 à 15.000 porcs y sont vendus en moyenne. Le jeudi, ce chiffre grimpe à 50.000, voire 60.000. On peut donc estimer à environ 80.000 le nombre de porcs qui se sont retrouvés invendus cette semaine, à cause de la suspension des cotations entraînée par le refus de deux gros acheteurs de s'approvisionner à Plérin.
Dans les élevages concernés, ces cochons vont rapidement poser des problèmes d'encombrement. « Il y a des petits qui arrivent derrière, car les éleveurs essaient de faire tourner leur production à flux tendu », explique Jean-Jacques René, de la Fdsea des Côtes d'Armor. « Il y a aussi des risques sanitaires : on va devoir tasser (les animaux, ndlr) alors que c'est déconseillé », ajoute-t-il. Les éleveurs sont obligés de continuer à les nourrir, avec des coûts supplémentaires pour payer cette alimentation. Les porcs continuent à prendre du poids, au rythme d'un kilo par jour. Quand ils pourront enfin être vendus, ils risquent donc d'être déclassés de la catégorie à laquelle ils auraient dû appartenir, et vendus à un prix moins élevé. « Le risque est que des acheteurs se présentent pour acheter en direct à des prix plus bas », profitant de l'urgence pour les éleveurs d'écouler leur production, craint Jean-Jacques René.
Enfin, ces porcs non vendus vont venir s'ajouter la semaine prochaine aux autres porcs à vendre, risquant de provoquer un surplus d'animaux sur le marché. Et donc de faire encore baisser les prix.
Dans ce type de crise, l'Union Européenne peut financer les coûts de stockage des produits retirés du marché afin de stabiliser les prix. Il ne s'agit pas de parquer les porcs vivants mais de stocker dans des frigos la viande découpée après leur abattage. Ce mécanisme a été déclenché pour le porc en mars dernier pendant 8 semaines, afin de retirer 60.000 tonnes du marché pour un coût de 17 millions d'euros. La France va demander à Bruxelles de maintenir ce stockage jusqu'à la fin de l'année et même de l'élargir, mais il faudra attendre pour cela le conseil européen du 7 septembre, car l'État français ne peut pas, juridiquement, débloquer de lui-même ce type de financements, a expliqué le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll. Mais les frigos commencent déjà à être « pleins », prévient Jean-Jacques René.
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