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Hausse des coûts de productionPas de répercussion sur les prix alimentaires : une spécificité française

L'inflation alimentaire était de + 0,4 % en France en novembre 2021. (©Pixabay)
L'inflation alimentaire était de + 0,4 % en France en novembre 2021. (©Pixabay)

L'agro-économiste Philippe Chotteau souligne que la hausse des prix des produits agricoles à la production ne se transmet que très peu aux prix à la consommation en France, contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays. Pour lui, cette spécificité justifie totalement la loi Égalim 2.

La hausse des prix agricoles se transmet très peu à l’alimentation en France, explique l’agroéconomiste Philippe Chotteau dans une note parue le 20 janvier sur le site de l’Idele.

Le monde entier est touché par la hausse des prix agricoles depuis 2020, qui « concerne presque tous les produits », rappelle-t-il. Elle est liée à la hausse du prix des intrants : + 80 % sur un an pour les engrais, + 32 % pour l’énergie, + 35 % pour le tourteau de soja non-OGM…

À l’échelle mondiale, la FAO évalue à 25,8 % la hausse de l’indice des commodités agricoles entre novembre 2020 et novembre 2021. En France, l’indice des prix agricoles à la production a ainsi augmenté de 15,8 % sur la même période, selon l’Insee.

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Indices mensuels, en France, des prix des produits agricoles à la production – base 100 (©Insee, Idele)

Inflation alimentaire disparate selon les pays

Ces hausses des prix agricoles à la production provoquent logiquement des hausses de prix à la consommation, mais de façon très disparate selon les pays.

D’après une étude récente de l’OCDE, l’inflation alimentaire est ainsi restée très limitée en France : « + 0,4 %, contre + 5,5 % dans l’OCDE et + 4,6 % en Allemagne par exemple, ou encore + 6,4 % aux États-Unis ».

Certains pays de l’OCDE ont vu les prix atteindre des sommets, comme la Turquie (+ 27,1 %), quant à l’inverse de petits pays riches ont diminué leur inflation alimentaire « en jouant sur des baisses de taxes ou des réévaluations monétaires » : - 3,6 % pour la Norvège et - 1,7 % pour la Suisse, par exemple.

+ 15,8 % des prix à la production, seulement + 0,4 % pour les prix alimentaires : vu la non-transmission des prix agricoles à l’alimentation, on peut bien parler d’une « spécificité française », selon Philippe Chotteau.

Une « spécificité française » qui « justifie totalement la loi Égalim 2 »

D’illustrer : « La dernière déclaration d’Édouard Leclerc sur la baguette à 29 cts en est illustrative ». Le 11 janvier, le PDG avait annoncé que face à l’inflation potentielle des prix, les enseignes Leclerc allaient vendre des baguettes de pain à 0,29 euros maximum, pendant au moins quatre mois.

La filière blé-farine-pain s’était alors insurgée de cette déclaration au moment où « les coûts de production progressent fortement » et que « le gouvernement et l’ensemble des filières travaillent pour rémunérer justement les agriculteurs ».

Pour l’économiste, cette spécificité de la situation française « justifie totalement la loi Égalim 2 qui contraint désormais l’ensemble des acteurs des filières agroalimentaires à répercuter les évolutions des prix de revient agricoles ».

Cela concerne en particulier la grande distribution, souligne-t-il, « souvent en situation d’oligopsone » : peu d’enseignes acheteuses pour un grand nombre de fournisseurs, ce qui permet aux GMS de s’achalander à bas prix.

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