L'agro-économiste Philippe Chotteau souligne que la hausse des prix des produits agricoles à la production ne se transmet que très peu aux prix à la consommation en France, contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays. Pour lui, cette spécificité justifie totalement la loi Égalim 2.
La hausse des prix agricoles se transmet très peu à l’alimentation en France, explique l’agroéconomiste Philippe Chotteau dans une note parue le 20 janvier sur le site de l’Idele.
Le monde entier est touché par la hausse des prix agricoles depuis 2020, qui « concerne presque tous les produits », rappelle-t-il. Elle est liée à la hausse du prix des intrants : + 80 % sur un an pour les engrais, + 32 % pour l’énergie, + 35 % pour le tourteau de soja non-OGM…
À l’échelle mondiale, la FAO évalue à 25,8 % la hausse de l’indice des commodités agricoles entre novembre 2020 et novembre 2021. En France, l’indice des prix agricoles à la production a ainsi augmenté de 15,8 % sur la même période, selon l’Insee.
Ces hausses des prix agricoles à la production provoquent logiquement des hausses de prix à la consommation, mais de façon très disparate selon les pays.
D’après une étude récente de l’OCDE, l’inflation alimentaire est ainsi restée très limitée en France : « + 0,4 %, contre + 5,5 % dans l’OCDE et + 4,6 % en Allemagne par exemple, ou encore + 6,4 % aux États-Unis ».
Certains pays de l’OCDE ont vu les prix atteindre des sommets, comme la Turquie (+ 27,1 %), quant à l’inverse de petits pays riches ont diminué leur inflation alimentaire « en jouant sur des baisses de taxes ou des réévaluations monétaires » : - 3,6 % pour la Norvège et - 1,7 % pour la Suisse, par exemple.
+ 15,8 % des prix à la production, seulement + 0,4 % pour les prix alimentaires : vu la non-transmission des prix agricoles à l’alimentation, on peut bien parler d’une « spécificité française », selon Philippe Chotteau.
Une « spécificité française » qui « justifie totalement la loi Égalim 2 »
D’illustrer : « La dernière déclaration d’Édouard Leclerc sur la baguette à 29 cts en est illustrative ». Le 11 janvier, le PDG avait annoncé que face à l’inflation potentielle des prix, les enseignes Leclerc allaient vendre des baguettes de pain à 0,29 euros maximum, pendant au moins quatre mois.
La filière blé-farine-pain s’était alors insurgée de cette déclaration au moment où « les coûts de production progressent fortement » et que « le gouvernement et l’ensemble des filières travaillent pour rémunérer justement les agriculteurs ».
Pour l’économiste, cette spécificité de la situation française « justifie totalement la loi Égalim 2 qui contraint désormais l’ensemble des acteurs des filières agroalimentaires à répercuter les évolutions des prix de revient agricoles ».
Cela concerne en particulier la grande distribution, souligne-t-il, « souvent en situation d’oligopsone » : peu d’enseignes acheteuses pour un grand nombre de fournisseurs, ce qui permet aux GMS de s’achalander à bas prix.
Votre email professionnel est utilisé par les sociétés du groupe NGPA pour vous adresser ses newsletters
et les communications de ses partenaires commerciaux. Vous pouvez vous opposer à cette communication pour nos partenaires en cliquant ici.
Consultez notre politique de confidentialité
pour en savoir plus sur la gestion de vos données et vos droits.
Notre service client est à votre disposition par mail : serviceclients@ngpa.fr.
Avec la hausse des prix de la viande, les distributeurs boudent le label rouge
La Commission européenne projette la perte de 2,85 millions de vaches d’ici 2035
Moins de lait et plus de viande : Emmanuel Pouleur prépare sa « seconde partie de carrière »
Asie, Afrique, Balkans… Comment les autres pays traitent la dermatose bovine ?
Verdun, un taureau d’exception fait monter les enchères à 30 800 € à Lanaud
Quelles sont les nouveautés fiscales et sociales pour l’agriculture en 2026 ?
Crise agricole : Sébastien Lecornu annonce une loi d’urgence
Vote du traité UE-Mercosur : « pas la fin de l'histoire », dit Genevard
Le gouvernement veut appliquer des mesures fiscales en faveur des agriculteurs
Décarbonation : transformer la contrainte en opportunité