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L'actu d'ArvalisEnsiler le maïs sous la sécheresse : les précautions à prendre

Malgré un taux d'amidon plus faible (voir l'absence de grains), les maïs ayant subi un stress hydrique précoce conservent de bonnes valeurs alimentaires selon les essais d'Arvalis. (©Terre-net Média)
Malgré un taux d'amidon plus faible (voir l'absence de grains), les maïs ayant subi un stress hydrique précoce conservent de bonnes valeurs alimentaires selon les essais d'Arvalis. (©Terre-net Média)

La décision d’ensiler pose question dans les régions fortement concernées par la sécheresse et les fortes températures depuis le début de l'été. Alors comment procéder ?

Voici quelques clés d’orientations pour la conduite des chantiers d'ensilage dans les parcelles plus ou moins sévèrement touchées selon les régions et les stades auxquels sont intervenus les déficits hydriques et excès de températures.

S’il y a plusieurs parcelles de maïs à ensiler, commencer par celle dont la teneur en matière sèche des plantes parait la plus élevée. Ce fourrage sera ainsi situé dans la couche basse du silo. L’objectif est double :

- si le fourrage issu de cette parcelle est sec (supérieur à 40 % MS), il peut s’avérer difficile à tasser. Il est intéressant de le « lester » en le recouvrant par du fourrage plus humide issu des autres parcelles.

- si la teneur en MS des autres parcelles est inférieure à 25-26 %, du jus risque de s’écouler du silo. Disposer un aliment ou un fourrage plus sec dans la partie basse peut permettre de récupérer ces jus afin d’éviter la perte de nutriment et de matière issus de l’ensilage.

À noter que, comme pour un chantier d’ensilage classique, il faut étaler et tasser successivement le fourrage en couches fines de 10 à 15 cm.

Apprécier la teneur en matière sèche du fourrage et adapter sa conduite

Devant l’hétérogénéité des teneurs en MS intra et inter-parcelles, il sera nécessaire d’apprécier la teneur en matière sèche le jour J. Pour ce faire, il faudra attendre le détourage complet de chaque parcelle par l’ensileuse (les tours de champ n’étant généralement pas représentatifs du cœur de la parcelle). L’estimation de la teneur en MS se fera lors du dépôt de la première benne représentative de la parcelle.

Dans les situations où les plantes de maïs sont à des stades précoces (floraison, début de remplissage des grains, voire avant), le fourrage ressemble davantage à un ensilage de graminées prairiales qu’à un ensilage de maïs tel qu’on a l’habitude de le rencontrer (absence d’amidon). L’appréciation de la teneur en MS du fourrage peut donc se faire par la méthode manuelle telle que pratiquée pour l’ensilage de graminées, en exerçant une forte pression sur la poignée de fourrage :

- si un mince filet de jus s'écoule, on estime que le fourrage se trouve à environ 25 % MS,

- si quelques gouttes s’échappent : environ 30 % MS,

- si la main est humide : environ 35 % MS.

Si la teneur en matière sèche est élevée, c'est-à-dire supérieure à 35-40 % MS, il est nécessaire de tasser fortement chacune des fines couches de fourrage lors de la confection du silo. Dans ces situations, la finesse de hachage sera primordiale et devra se situer à environ 8-10 mm pour faciliter le tassement. Ceci permettra une bonne conservation ainsi qu’une diminution du risque d’échauffement lors de la reprise du fourrage.

Dans la mesure où les plantes présentent au moins une partie de surface encore verte au moment de la récolte, et le fourrage à au moins 25 % MS, la teneur en sucres solubles sera suffisante pour garantir les processus d’acidification du silo, nécessaire à une bonne conservation de l’ensilage de maïs.

L’ajout d’additifs de conservation peut se justifier sur des maïs très secs, pour réduire les risques d'acidification lente et d'échauffement du fourrage au front d'attaque. Les bactéries lactiques (homofermentaires et hétérofermentaires) seront les plus adaptées. Elles pourront être renforcées par des enzymes dont le rôle sera d’hydrolyser les fibres les plus facilement digestibles et les sucres de réserve, pour activer les fermentations lactiques.

En dessous de 25 % de MS, les risques d’écoulement de jus au silo sont importants, et ce d’autant plus que le silo confectionné est haut. Le jus contient des nutriments et des minéraux ; leur perte diminue d’autant la valeur alimentaire du fourrage ensilé. Il peut être intéressant de disposer un fourrage plus sec dans les basses couches afin de récupérer ces jus (ensilage de maïs ou ensilage d’herbe sec, paille, pulpe…).

Attention, les grosses particules de fourrage (ø > 15 – 20 mm) empêchent de chasser correctement l’air du fourrage. Des feuilles desséchées peuvent ne pas être bien coupées par l’ensileuse comme cela peut être le cas des feuilles du bas de plantes ou les spathes en année normale. Des couteaux d’ensileuse bien affûtés sont une fois de plus gage d’un travail de qualité.

Quels impacts de la sécheresse sur la valeur alimentaire du maïs fourrage ?

L’étude des valeurs alimentaires de maïs ayant subi un stress hydrique précoce (+/- 15 jours avant et après la floraison) a permis de mettre en évidence que leur digestibilité restait bonne, même avec des niveaux de dessèchement importants (jusqu’à 75 % des feuilles récoltables desséchées).

Ainsi, malgré un taux d’amidon en retrait du fait du manque voire de l’absence de grains, ces maïs ont présenté de bonnes valeurs alimentaires, proches de la normale (0,85 à 0,95 UFL/kg MS). Ces valeurs s’expliquent notamment par une bonne à très bonne digestibilité des tiges et des feuilles. En outre, ces maïs présentaient des teneurs en glucides solubles et Matière Azotée Totale (MAT) plus élevées que la normale. L’augmentation de teneur en MAT s’explique notamment par un moindre effet de dilution en raison du plus faible rendement.

Pour s’adapter aux différentes situations, il est utile de confectionner un échantillon le jour du chantier en prélevant quelques poignées de fourrage de chaque benne pour être représentatif du silo. Durant toute la durée du chantier, ces différentes poignées seront placées dans un récipient à l’abri du soleil (et de la pluie) et si possible au frais (glacière).

À la fin du chantier, mélangez le contenu du récipient et remplissez un sac plastique de 1 à 1,5 litre, en prenant soin de chasser l’air. Jusqu’à l’envoi au laboratoire, l’échantillon sera placé au congélateur. L’envoi de l’échantillon se fera en congelé. Si possible, évitez les envois en fin de semaine pour permettre le traitement immédiat par le laboratoire.

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