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Paroles de lecteursFaites-vous, ou non, litière de tout bois ?

 En litière à la place de la paille, les plaquettes de bois attisent la curiosité des lecteurs de Web-agri. (©Arvalis Institut du végétal // Création Terre-net Média)
 En litière à la place de la paille, les plaquettes de bois attisent la curiosité des lecteurs de Web-agri. (©Arvalis Institut du végétal // Création Terre-net Média)

Sur la question d'utiliser, pour la litière des bovins, des écorces de bois, vos langues se sont déliées depuis le début de la semaine, en particulier sur Facebook. Quelques morceaux choisis pour vous.

« Qui pense que l'écorce de bois peut remplacer la paille de céréales pour les litières des vaches ?, s'étonne Marc Alardeau. C'est oublier que cette écorce a déjà un marché qu'il faudrait alors satisfaire autrement... Bonjour la déforestation ! Et un arbre met bien plus de temps à pousser que la paille ! »

« Chez nous, la litière des bovins est sur plaquette bois, témoigne le Gaec Mazières. Le bois utilisé est du bois blanc, qui se décompose rapidement. Cette alternative nous permet d'entretenir les haies et bois de notre exploitation agricole sur le long terme et de baisser considérablement les charges de l'élevage liés à la paille. »

« Entretien des haies et bois de la ferme »

Marc Alardeau félicite le @Gaec Mazières : « C'est un plaisir de voir que vous réalisez une exploitation raisonnée avec les haies et bois de votre ferme. C'est l'agriculture, et l'élevage que je soutiens à 100 %. Malheureusement, proposer ce genre de chose comme "solution pour tous" risque bien de conduire à une catastrophe si la matière est un intrant qui capte un produit sur les marchés internationaux déjà tendus. »

Gaec Mazières remercie @Marc Alardeau « pour les compliments ». « Je n’ai pas trop de crainte car cela reste un sous-produit sans grande valeur, ajoute-t-il. Certaines petites entreprises ne le valorisent pas du tout et c'est dommage car un voisin agriculteur peut en faire un produit très utile pour l'élevage. »

« Le problème, comme souvent, reste la production "en gros", par des "commerçants-négociants" spécialistes », souligne Marc Alardeau.

« Le prix n’est pas alors suffisamment attractif », complète le Gaec Mazières.

« C'est intéressant pour les exploitations d’élevage hors zones de grandes cultures. Il est clair que couper un arbre, dans le seul but de substituer l'écorce à la paille, est assez ridicule dans nos systèmes. Mais valoriser les branches d’élagage ou d’un arbre coupé, c’est toujours mieux que de les laisser pourrir en tas dans un coin ou même de les brûler. Il reste ensuite les déchets de scieries (bois blancs ou relevés) qui pourraient être exploités », estime Maxime Charlot.

« Plus économique que la paille ? »

« Il faut quand même pas mal de pétrole pour couper, stocker, broyer, remettre en tas et reprendre ce bois, comparé à faire de la paille dans un coin de son exploit' », juge pour sa part Gil Chavallier. « Avec la hausse du coût du pétrole, est-ce que ce sera encore une solution économique ? », s'interroge-t-il. « Il faut du pétrole pour tout !, reconnaît-il. Mais sur 1 ha de céréales, 5 t de paille et aussi du grain, le besoin de pétrole est sûrement moins important que pour faire l'équivalent en bois déchiqueté. Une déchiqueteuse, c'est 100 l/h j'ai vu quelque part. »

On économise plus de 3 000 €.

« Dans notre région de montagne, on fait 1 h de tracteur pour faire de la paille alors que vu nos zones très boisées, on a du bois qui tombe tous les hivers (...). Et à part la charge du broyeur en Cuma, aujourd’hui, on économise plus de 3 000 € », explique le Gaec Mazières.

Gil Chavallier en convient : « Dans ce cas, ça reste plus économique. »

« On a vendu 230 cubes de peupliers, raconte le Gaec Mazières. Si nous n'avions pas eu l'alternative de broyage pour valoriser les branchages − environ 300 cubes −, nous n'aurions sûrement pas réalisé le chantier des peupliers. »

« Ces 300 cubes broyés vont pouvoir se conserver combien d'années pour servir de litière ? Ils sont stockés à l'abri ? », demande Gil Chavallier.

« On stocke au minimum 4 mois, c'est le temps de séchage. Après 300 cubes, c’est notre consommation pour 2 ans », répond le Gaec Mazières.

« Quelle valeur humique ? »

Fabien Augier est dubitatif : « Les plaquettes de bois ou la sciure apportent autant de valeur humique au fumier qu'avec la paille ??? Au-delà de l'intérêt économique de cette alternative, l'enrichissement de nos sols, ou plutôt éviter leur appauvrissement, est bien plus important. »

« Le broyat de bois a un rapport C/A plus élevé que la paille. Donc au niveau humique, ça devrait même être mieux », réplique Guénaëlle Vinçon Beautrais.

Fabien Augier n'est toujours pas convaincu : « Je demande à voir en termes de décomposition, et au bout de 10 ans d'utilisation avec une analyse de sol. »

« Côté décomposition, c'est moins rapide, c'est clair mais moi, je suis uniquement sur broyat. Regardez les études déjà réalisées. (...) Si le rapport C/A est plus élevé, c'est aussi parce que la faim d'azote est plus grande à contrecarrer », détaille Guénaëlle Vinçon Beautrais.

Et apport NPK ?

« Vous êtes en élevage bovin ? », questionne Fabien Augier.

La réponse de Guénaëlle Vinçon Beautrais : « Non, en agroforesterie et maraîchage, d'où l'utilisation de beaucoup d'écorce broyée. En gros, depuis 5 ans, je gagne 1 point de matière organique par an. »

« Moi, je suis principalement en prairie et je me vois mal épandre des copeaux de bois mal décomposés, si c'est pour les retrouver dans les fourrages », fait remarquer Fabien Augier. « Quel apport NPK en copeaux ? », poursuit-il.

« Effectivement, pour épandre, il faudrait passer par une phase de compostage, confirme Guénaëlle Vinçon Beautrais. Concernant le NPK, on a jamais le même taux selon l'essence de bois et la période de récupération, mais comme tout déchet carboné, il lui faut un déchet azoté. » « Mais toutes les techniques ne conviennent pas à toutes les agricultures. Si vous faites du foin, je comprends que la paille soit plus pratique », conclut-elle.

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