C’est ce que propose la chambre d’agriculture des Hauts-de-France pour se donner toutes les chances de réussir ou, à l’inverse, décider ne pas donner suite en limitant les conséquences derrière.
Dans les Hauts-de-France, pas de contrat de parrainage entre cédant et repreneur comme dans d’autres régions ou départements. La chambre d’agriculture propose toutefois un dispositif visant à « s’en rapprocher le plus possible », permettant « de bénéficier d’un accompagnement relationnel ». Car « reprendre une ferme ou s’associer hors cadre familial n’est pas qu’un engagement administratif et juridique », prévient Blandine Lestoquoy, conseillère transmission à la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais, lors du webinaire "Se tester avant de s’engager, nouvel accompagnement » organisé par l’organisme pendant la Quinzaine de la transmission/reprise d’exploitations agricoles en novembre dernier.
« Il s’agit de travailler et vivre ensemble professionnellement, donc de prendre des décisions communes, construire une vision partagée et parfois gérer des tensions », met-elle en avant. Mais parce qu’elle implique de s’engager juridiquement et financièrement, mieux vaut tester une installation ou une association agricole HCF et ne pas se lancer dans l’aventure bille en tête. Ceci, en conditions réelles et sur une période déterminée.
L’objectif est de : « clarifier les attentes, rôles et responsabilités de chacun, identifier les complémentarités, les points de vigilance et le fonctionnement relationnel pour le faire évoluer si nécessaire », détaille Pauline Ducrocq, également conseillère transmission à la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. Pour, derrière, décider, en connaissance de cause, de poursuivre ou non le processus. « Un arrêt ne doit pas être vu comme un échec. Se rendre compte d’incompatibilités quand rien n’est encore figé ni signé évite de trop lourdes conséquences. Revenir en arrière est plus difficile une fois les choses engagées. » C’est pourquoi la chambre d’agriculture a mis en place un dispositif de test en cinq étapes.
1- Diagnostic des attentes et besoins
Une rencontre collective avec plusieurs cédants et leurs repreneurs est organisée « pour faire connaissance et recueillir les besoins de tout le monde », explique Pauline Ducrocq. Le but de la période d’essai, la durée, les modalités et les missions des uns et des autres, y compris celles de l’accompagnateur, sont ensuite consignés par écrit. S’ensuivent des entretiens individuels pour « comprendre les profils de chacun et creuser les valeurs, motivations, aspirations afin de clarifier au maximum les objectifs et les rôles de chaque partie prenante ». Les différentes phases à passer sont listées dans un plan d’actions spécifiant ce que chacun doit faire.
2- Mise en situation réelle
La période d’essai consiste à « tester des choses cadrées au préalable », précise avant tout Blandine Lestoquoy. Lesquelles doivent permettre au porteur de projet de « prendre en main ses futures missions de chef d’entreprise et les responsabilités qui vont avec, sans qu’il n’y ait de lien de subordination comme entre un agriculteur et son salarié ». Cédants et repreneurs, ou futurs associés, doivent collaborer sur des projets concrets, c’est-à-dire partager les tâches, leur gestion et les décisions. Les accompagnants accordent une attention particulière aux relations humaines.
Prendre en main ses futures missions
et responsabilités de chef d’entreprise.
Le test s’effectue sur une durée déterminée, un an par exemple, avec des points réguliers, et est encadré juridiquement. Plusieurs statuts sont possibles pour les porteurs de projet et peuvent être adoptés successivement : immersion facilitée, préparation opérationnelle à l’emploi individuelle, contrat d’appui au projet d’entreprise, salariat agricole, alternance, stage dans le cadre d’une formation diplômante ou d’application, associé d’exploitation, aide familial, conjoint collaborateur, cotisant solidaire. Le temps de travail est de fait, lui aussi, réglementé. « Une contrainte à laquelle on ne peut échapper, même si un chef d’entreprise travaille bien plus que 35 h », fait remarquer Blandine Lestoquoy.
3- Suivi et ajustement
Des rendez-vous sont planifiés entre le début et la fin de l’essai pour « évaluer l’état d’avancement du plan d’actions et l’adapter si nécessaire ». Selon les difficultés rencontrées, un accompagnement et des outils sont disponibles pour faciliter la communication, la gestion des conflits, etc.
« Toute transmission d’exploitation ou mise en société agricole, même familiale, suit un cycle en quatre phases (cf. schéma ci-dessous) », précise Pauline Ducrocq. « Comme un couple », compare-t-elle. La découverte d’abord, où « tout est tout beau tout rose, ça ne peut que bien se passer ». La remise en cause, ensuite, du projet et des personnes : « Chaque partie veut s’affirmer, montrer ses envies, ses valeurs, le repreneur veut apporter sa pierre à l’édifice et le cédant ne comprend pas pourquoi il veut tout révolutionner, c’est très inconfortable. »

Le soutien de l’accompagnateur est ici essentiel pour « mettre tout le monde autour de la table et faire en sorte que tous s’écoutent ». Vient alors le lâcher prise : « le cédant, les autres associés, se rendent compte que le nouvel arrivant a une vision différente mais tout aussi pertinente et complémentaire, et qu’il apprendra de ses expériences. » S’établit enfin la confiance mutuelle, signe de la réussite de cette période de transition. Attention à ne pas griller des étapes : « Impossible de passer directement de la phase 1 à 4 sans risquer l’apparition de tensions importantes », met en garde Pauline Ducrocq.
4- Bilan et recommandations
Tous les éléments mis en évidence lors du suivi de la période d’essai sont analysés pour établir les points de satisfaction et ceux à faire évoluer.
5- Formalisation
Là se fait le choix d’aller plus loin ensemble ou non. Si la réponse est positive, personne n’est lâché dans la nature pour autant. Continuer de se faire accompagner est possible via des ateliers, des formations, des conseils d’experts.

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