Menu

Trophées de l'agroécologiePremiers prix à l'élevage et aux prairies, multi-espèces et même céréalières !

À gauche, Jean-Pierre Chassang et Gaëlle Petit, éleveurs laitiers (Cantal). À droite, Andrew Coecup, polyculteur-éleveur allaitant (Gers). (©Pixabay et Youtube)
À gauche, Jean-Pierre Chassang et Gaëlle Petit, éleveurs laitiers (Cantal). À droite, Andrew Coecup, polyculteur-éleveur allaitant (Gers). (©Pixabay et Youtube)

Les éditions 2021 et 2020 (reportée d'un an en raison de la Covid-19) des Trophées de l'agroécologie sont placées sous le signe de l'élevage. Les deux prix de l'innovation ont en effet été décernés à des éleveurs, Jean-Pierre Chassang et Gaëlle Petit du Gaec des Ferrandaises (Cantal) et Andrew Coecup, de la ferme de Naroques (Gers). Encore dans la première phase de leur carrière, ils ont fait évoluer leur système, mettant les prairies au centre de celui-ci. Les premiers pour plus d'autonomie fourragère, le second pour y cultiver des céréales.

 

Le 9 juillet dernier, le ministre de l'agriculture Julien Denormandie a remis les Trophées de l'agroécologie 2021 et 2020. Depuis 10 ans, ce concours « met à l’honneur les agriculteurs et agricultrices qui, via des projets ambitieux, participent à la transition agroécologique », souligne-t-il dans le communiqué annonçant les lauréats. Lesquels repartent avec un diplôme du ministère et un financement de 10 000 € du Crédit Agricole, principal partenaire de l'opération. À savoir : les candidatures pour l'édition 2022 sont d'ores-et-déjà ouvertes, et ce jusqu'au 15 décembre 2021, avec une nouvelle catégorie, réservée à l'enseignement agricole.

L'agroécologie, au cœur de nos exploitations et de notre modèle agricole.

« L’agroécologie est au cœur de nos exploitations et de notre modèle agricole. Elle est portée par des femmes et des hommes qui innovent, se mobilisent et mettent tout leur savoir-faire au service de cette transition. Saluer ceux qui portent des projets novateurs et inspirants, c’est là toute l’ambition des Trophées de l’agroécologie », insiste le ministre de l'agriculture. En 2020 comme en 2021, ce concours met en avant l'élevage et les prairies, à travers le pâturage et le semis sous couvert de céréales.

En effet, le grand prix de la démarche collective revient au GIEE Res’agri29 (Finistère), regroupant 34 exploitations laitières qui travaillent sur la valorisation du pâturage. Le prix de l'innovation 2021 a été remporté par le Gaec des Ferrandaises (Cantal) en raison de son système de pâturage performant. La ferme à Naroques (Gers) a reçu le prix de l’innovation 2020, grâce à ses « prairies céréalières » et son travail sur des variétés anciennes de blé.

Prix de l'innovation pour 2021

Jean-Pierre Chassang et Gaëlle Petit, éleveurs laitiers au Gaec des Ferrandaises à Lorcières (Cantal) : « Produire selon le potentiel de l'élevage »

jean pierre chassang gaelle petit eleveurs laitiers dans le cantal
Le troupeau de Jean-Pierre Chassang et Gaëlle Petit compte une trentaine de vaches laitières ferrandaises, une race rustique locale.(©Youtube)
 

Jean-Pierre Chassang a repris l'exploitation familiale en 2003 pour y élever des vaches ferrandaises en agriculture biologique. Une race bovine de petit gabarit, originaire du Puy-de-Dôme, dont il est passionné depuis l'enfance et qu'il veut sauvegarder. Les premières bêtes sont arrivées en 2007 sur l'élevage, où elles côtoient les Abondances présentes historiquement, ainsi que des Vosgiennes et des Salers. Élevés en race pure ou croisés, ces animaux, aussi rustiques les uns que les autres, sont adaptés aux pâtures de moyenne montagne de la ferme. Situées entre 800 et 1 000 m d'altitude, la plupart sont pentues, plutôt morcelées et difficilement accessibles avec des engins agricoles.

La rusticité prime sur la productivité.

C'est pourquoi, pour l'éleveur, la rusticité prime sur la productivité afin de produire selon le potentiel de l'élevage, et des conditions qui fluctuent au cours de l'année. En Gaec depuis 2012 avec son épouse Gaëlle Petit, il a réduit un peu le troupeau et trait une trentaine de vaches, donnant 3 500 l de lait/an pendant 10 ans en moyenne, soit une production totale annuelle autour de 100 000 l. Grâce à ce faible effectif, les éleveurs peuvent nouer un lien privilégié avec les animaux. Ces derniers sont nourris exclusivement à l'herbe, fraîche principalement et stockée sous forme de foin, récolté en juin (toutes les repousses sont pâturées) pour les mois de décembre à mars où le pâturage n'est pas toujours possible. Conduites en système tournant dynamique, les bêtes changent de prés tous les 5-6 jours.

En plus des vertus prophylactiques et thérapeutiques pour les vaches (présence de plantes médicinales), la biodiversité de la flore des 62 ha de prairies naturelles de l'exploitation (dont 24 ha de fauche) améliore la résistance aux sécheresses. C'est d'ailleurs celle de 2003, année de son installation, qui a conduit Jean-Pierre à faire encore évoluer le système de ses parents, qui avaient déjà opéré un profond changement en l'extensifiant. Plus d'autonomie fourragère, avec un moindre recours aux intrants, ce qui diminue en outre le coût de production du litre de lait : ce modèle, en harmonie avec la nature, est résilient sur les plans :

  • environnemental (fertilisation organique uniquement, stockage de l'eau dans les zones humides et réalisation d'aménagements pour abreuver les animaux et apporter de l'eau aux prairies),
  • climatique (stockage du CO2 dans les prairies avec un bilan carbone Cap2'ER réalisé en 2015 et quasi nul),
  • économique,
  • du bien-être animal.

D'où cette récompense aux Trophées de l'agroécologie.

Prix de l'innovation pour l'édition 2020

Andrew Coecup, installé en polyculture-élevage à Lasseube-Propre (Gers) : Des bœufs à l'herbe, en symbiose avec des céréales

elevage boeuf a l herbe et transformation de ble en pain d andrew coecup
Andrew Coecup élève un troupeau Red Sussex et applique les principes de l'agroécologie pour favoriser la vie du sol. (©Andrew Coecup // Trophées de l'agroécologie, ministère de l'agriculture)
 

Non issu du milieu agricole, ce musicien électro britannique, connu sous le nom d'Andy Cato, décide en 2008 de changer de vie et de métier pour se reconvertir en agriculture. En 2011, grâce à la vente de ses droits d'auteur, il reprend une exploitation de 110 ha dans le Gers (dont 10 ha de bois), département où il venait se reposer entre deux tournées. Il se converti à l'agriculture biologique puis s'oriente vers l'agroécologie pour favoriser la vie du sol, en replantant notamment des haies et en s'appuyant sur des techniques agroforestières. Sa philosophie : « La nature est la meilleure agricultrice », explique-t-il sur le site internet de la Ferme de Naroques. D'où la nécessité de produire en respectant les équilibres naturels, avec le minimum d'intrants et d'interventions.

La nature est la meilleure agricultrice.

Il sème en direct, dès fin août, des variétés anciennes de blé, adaptées au terroir, dans plusieurs de ses prairies naturelles multi-espèces (ray-grass, trèfle, chicorée, pimprenelle, plantain, sainfoin, luzerne, graminées, etc.). Y pâture, juste après les semis à la fin de l'été jusqu'au stade fin tallage au printemps, son troupeau bovin Red Sussex (pâturage tournant dynamique). Des bœufs à l'herbe, en symbiose avec la production de cette céréale, dans ce qu'il appelle des « prairies céréalières ». En broutant la végétation de surface, les animaux effectuent une taille propice à la croissance du blé. Et ils fertilisent la terre. En plus, avec ce couvert végétal toute l'année, les sols sont protégés de l'érosion et de la sécheresse.*

Le polyculteur-éleveur transforme son blé (60 t/an) en farine, en conservant le germe des grains, puis en pain dans l'atelier de boulangerie aménagé sur la ferme en 2017. Il le commercialise en vente directe dans le magasin de producteurs qu'il a créé, un an plus tard, à Auch, mais aussi en circuits courts (épiceries bio, supermarchés, restaurants, écoles), comme pour la viande bovine d'ailleurs. Aujourd'hui, l'exploitation fait vivre sept personnes en plus d'Andrew : deux meuniers-boulangers, deux vendeurs et trois ouvriers agricoles.

« Le jury a apprécié la cohérence du système, avec une véritable vision systémique et a également salué la qualité du dossier des étudiants (BTS APV de l’EPLEFPA d'Auch), qui ont évalué l'exploitation, mettant ainsi à l’honneur notre enseignement agricole français », précise le ministère. À noter aussi : Andrew Coecup a été sacré chevalier de l’Ordre du mérite agricole pour son action en faveur de l’agroécologie.

Journaliste installation/transmission des exploitations

Réagir à cet article

Sur le même sujet