« L'exode agricole féminin est-il terminé ? »

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Agricultrice dans un champ
En 2024, on compte un agriculteur pour 52 hommes en activité en France et une agricultrice pour 140 femmes ! (©scharfsinn86, Adobe Stock)

Christophe Perrot, de l’Idele, partage quelques données sur les femmes en agriculture en introduction d'un webinaire, organisé le 4 mars par l'institut dans le cadre de l'année internationale des agricultrices, déclarée pour 2026 par la FAO. Plusieurs chiffres marquants en ressortent…

« D'après l'Insee, 25 % des 400 000 agriculteurs exploitants en 2020 étaient des femmes. En 1993, elles étaient 39 % sur un million ! » C’est pourquoi Christophe Perrot, chargé de mission économie de l’élevage et territoire à l’Idele, parle d’exode féminin en agriculture, notamment entre 1993 (39 %) et 2007 (28 %). « Les femmes ont, semble-t-il, eu du mal à trouver leur place dans cette phase de modernisation accélérée de l'agriculture et en particulier de l'élevage laitier », constate-t-il en ouverture d’un webinaire sur les agricultrices organisé par l’institut quelques jours avant la Journée internationale des droits des femmes du dimanche 8 mars 2026.

Il démontre d’ailleurs que si les femmes sont passées de 40 % des actifs familiaux de plus de 25 ans  en 1979 à 26 % en 2020 pour l’élevage laitier, et de 34 à 25 % pour l’élevage non laitier, dans les exploitations sans élevage, les femmes ne pesaient déjà que 28 %  en 1979 (et 27 % en 2020).

39 % des actifs agricoles en 1993 / 25 % en 2020

Entre 1982 et 1993, phase de restructuration importante pilotée par les politiques publiques encourageant l’arrêt des petites exploitations les plus difficilement modernisables, la part d’agricultrices s’était pourtant maintenue autour de 38-39 % alors que le nombre d’agriculteurs avait chuté de 1,7 million à un peu plus de 1 million en 11 ans ! Ces fermes ,qui ont cessé leur activité sur la période, relevaient donc d’une agriculture conjugale traditionnelle.

Depuis 2020, la place des femmes a gagné trois points sous l’effet possible d'un regain d'attractivité post Covid-19, et repart depuis 2023 à la baisse. À titre de comparaison : le pourcentage de femmes parmi les actifs français atteint 48,8 % en 2024 tous secteurs économiques confondus.

42 % des filles d’exploitant(e) s agricultrices en 1977/7,5 % en 2024

Des évolutions que l’économiste explique par « la plus grande mobilité sociale des filles d’exploitant(e) s agricoles » à partir d’autres enquêtes de l’Insee. En 1977, elles étaient un peu plus de 40 % à devenir agricultrices contre seulement 7,5 % en 2024. Ce chiffre reste autour de 25 % pour leurs homologues masculins depuis 1993, avec un léger rebond post Covid à près de 30 % mais qui semble retomber.

Autre donnée plutôt éloquente, peu relayée cependant : on comptait en 1982 une exploitante agricole pour 14 femmes actives et un exploitant pour 13 hommes. En 2022, « c’est un pour 52 et une pour 140 ! », lance-t-il. Une tendance encore plus flagrante chez les jeunes (moins de 40 ans) : un exploitant pour 89 actifs et une exploitante pour 291 actives, « ce qui est très différent ! »

Une agricultrice pour pour 140 femmes actives,
et pour 291 chez les moins de 40 ans !

« C’est dire combien le métier s’est éloigné des activités projetées spontanément par ces jeunes femmes. » Néanmoins, la place des femmes augmente parmi les chefs d’exploitation de moins de 40 ans en élevage de ruminants (de 16,5 % en 2015 à 19,4 % en 2024). Grâce à une progression dans chaque filière – bovin lait, viande, ovin lait, viande, caprin –, plus nette en ovin/caprin (secteurs qui gagnent en importance relative) mais aussi par une progression en bovin lait et viande bien que ces secteurs restent nettement en retrait (17 et 16 % de femmes parmi les moins de 40 ans).

Des évolutions encouragées dans ce webinaire par deux femmes, éleveuses, et responsables professionnelles de haut niveau : Marie-Andrée Luherne, éleveuse de vaches laitières dans le Morbihan et présidente déléguée du Cniel et Marine Boyer, éleveuse de vaches allaitantes en Aveyron et présidente de la FNCuma.

Quid de leur représentation professionnelle ?

Chambres d’agriculture : 8,8 % d’agricultrices au conseil d’administration national (1 seule au bureau) ; 10 présidentes départementales, 2 présidentes régionales.

Coopératives : 9,7 % de femmes dans les CA.

2 fois plus de femmes à la Confédération paysanne qu’à la FNSEA.

Syndicats : Coordination rurale (12 % d’exploitantes au CA), FNSEA (16 %), Jeunes Agriculteurs (20 %), Confédération paysanne (30 %).

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