« J’ai eu l’impression d’un long tunnel » : quatre vétérinaires racontent leur combat contre la DNC

Vaccination des Aubracs en stabulation
Dans toutes les régions touchées, les vétérinaires se sont organisés pour pouvoir vacciner les animaux le plus vite possible. (©S. Leitenberger, AdobeStock)

Gautier Bouchad, Julien Guillot, Fanny Sourroque et Stéphanie Philizot ont été décorés par l’Académie vétérinaire de France en raison de leur engagement contre la dermatose nodulaire contagieuse. À l’occasion de la remise de médaille, les quatre vétérinaires sont revenus sur les moments marquants de la crise.

Jeudi 5 février, lors d’une session dédiée à la dermatose nodulaire contagieuse, l’Académie vétérinaire de France a tenu à mettre en avant quatre vétérinaires particulièrement impliqués dans la gestion de crise de la DNC. Parmi les décorés : Gautier Bouchad, premier vétérinaire à détecter la maladie dans l’Hexagone.

À cette occasion, il est revenu sur les circonstances qui l’ont conduit à suspecter le premier cas de dermatose bovine. « Je suis allé revoir une vache qui avait déjà été vue par un confrère », se remémore le vétérinaire. Hyperthermie, troubles respiratoires : le bovin présentait des symptômes peu spécifiques qui préoccupaient l’éleveur. « L’animal ne redescendait pas en température, malgré les anti-inflammatoires », poursuit Gautier. Après examen, ce sont les nodules qui lui ont mis la puce à l’oreille. « Il y a eu beaucoup d’examens lancés, et après des recherches rapides, je suis parti sur la dermatite nodulaire bovine », explique le professionnel, qui a fait part de ses soupçons à ses collègues ainsi qu’à la DDPP. Quelques jours après, les tests s’avéraient positifs à la maladie.

Je tiens à mettre en avant la curiosité de l’éleveur, qui nous a permis de diagnostiquer le premier cas.

Mais avant tout, Gautier Bouchad tient à mettre en avant la curiosité de l’éleveur qui lui a permis de diagnostiquer la maladie rapidement. À l’échelle de la clinique, « c’était la troisième fois qu’on allait voir ce bovin malade ». La détection précoce de la dermatose, probablement sur le premier foyer français, a contribué à contenir la maladie.

Course à la vaccination

Parmi les autres vétérinaires médaillés par l’Académie figure Julien Guillot et Fanny Sourroque, deux vétérinaires des Pyrénées-Orientales. Ces derniers ont suivi la vaccination d’urgence de la moitié du cheptel bovin de leur département, soit 6 500 têtes dans un contexte particulièrement sensible. « À travers eux, c’est l’ensemble des vétérinaires praticiens impliqués que nous voulons récompenser », explique le président Jean-Lou Marié.

« J’ai l’impression de traverser un long tunnel » lance Julien Guillot. Le déploiement de la vaccination a littéralement mobilisé les vétérinaires jour et nuit. « J’aurais eu tellement de regrets de me dire qu’en allant plus vite, on aurait pu sauver des élevages en plus », si bien que le vétérinaire a tout donné.

Il y a eu des moments tendus avec les éleveurs.

D’autant que les professionnels n’ont pas toujours eu la tâche facile. Sur les fermes, l’opposition aux abattages était forte, et les vétérinaires n’étaient pas toujours les bienvenus, explique Fanny Sourroque. « Il y a eu quelques moments tendus avec des éleveurs. Quand on nous dit qu’on sera accueillis avec le fusil et les thèses complotistes qui vont avec… C’est difficile. » « Il y aura des cicatrices », approuve son collègue. « Quand il faut retourner dans les fermes, 15 jours après pour des actes classiques en élevage, ça laisse des traces. » Sans parler des manifestations, forçant les professionnels à intervenir à des horaires peu commodes pour éviter les affrontements.

Mais le tableau n’est pas que noir. « Je garde du positif, des éleveurs qui nous ont servis de cantine le soir à 22 h 30, avec qui on pouvait parler d’autre chose que de la maladie… », poursuit Julien.

Un combat contre la désinformation

Enfin, l’académie vétérinaire a tenu à mettre en avant le travail effectué contre la désinformation en décorant Stéphanie Philizot, présidente de la SNGTV. Une manière de souligner son engagement dans la lutte contre les fake news. Car au-delà du sanitaire, la crise de la DNC a rapidement pris une dimension qui dépassait les considérations scientifiques. Dans ce sens, « lutter contre le complotisme a peut-être été le plus difficile, ou le plus violent », estime la vétérinaire.

Les manifestations et l’ampleur médiatique de la crise ont notamment questionné sur l’acceptabilité sociétale des pratiques vétérinaires, ainsi que sur les questions de vulgarisation des données scientifiques.

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