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Dérives des aides Pac ?Sodiaal, Lactalis... : des millions d’aides Pac sans bénéfice pour les éleveurs

D'après la journaliste Caroline Trouillet, dans la Pac actuelle, les grands groupes peuvent bénéficier d'importantes aides à l'investissement avec peu de contreparties. (©Terre-net Média)
D'après la journaliste Caroline Trouillet, dans la Pac actuelle, les grands groupes peuvent bénéficier d'importantes aides à l'investissement avec peu de contreparties. (©Terre-net Média)

Le ministre de l’agriculture a rendu le 21 mai ses premiers arbitrages concernant le plan stratégique de la future Politique agricole commune. Des orientations qui ne conviennent pas à la plateforme Pour une autre Pac, qui regroupe 46 organisations défendant des choix plus prononcés pour favoriser la transition agroécologique. Pour alimenter le débat, ces organisations s’appuient entre autres sur une enquête concernant les plus gros bénéficiaires de la Pac, parmi lesquels Sodiaal ou Lactalis, qui ont bénéficié de millions d’euros d’aides aux investissements, sans que cela profite aux éleveurs.

  

Président de la plateforme Pour une autre Pac, Mathieu Courgeau estime que la Pac actuelle « nourrit donc plutôt l’industrialisation de l’agriculture », à rebours de ce que souhaitent les citoyens. Après les annonces du ministre de l’agriculture concernant le plan stratégique national, le 21 mai, les nouvelles orientations ne satisfont pas les 46 organisations de la plateforme qui ont d’ailleurs claqué la porte de la réunion, estimant que le ministre préfère « donner satisfaction aux organisations professionnelles agricoles plus attirées par le confort de l’existant que par l’espoir du changement ». Elles demandent la révision de ces arbitrages qui ne font pas suffisamment évoluer la Pac actuelle, une Pac qui « n’oriente pas les paysans vers la transition agroécologique, ne leur permet pas de vivre décemment de leurs revenus et n’assure pas la souveraineté alimentaire de notre pays ».

Lactalis : impacts environnementaux et prix du lait en baisse

Pour illustrer ce propos, Pour une autre Pac a dévoilé, le 18 mai, une enquête de la journaliste indépendante Caroline Trouillet sur les plus gros bénéficiaires de la Pac. Elle s’est notamment penché sur les aides aux investissements, importantes, dont peuvent bénéficier les industriels. Le laitier Lactalis a ainsi touché, entre 2002 et 2013, 74,8 millions d’euros pour la totalité de ses filiales en Europe, dont 49 millions en France. En 2019, l’entreprise a reçu deux subventions votées en 2016 et 2017 par le conseil régional de Bretagne, qui lui a versé, en partie sur le Feader, 2 350 000 €. Des investissements destinés à la création d’une « lactoserie » performante. Ces investissements ont néanmoins provoqué une pollution massive de la rivière de la Seiche. Par ailleurs, depuis son agrandissement, les émissions de dioxyde de carbone du site ont augmenté. « Allouées sur l’objectif de performance économique, les subventions ne tiennent pas compte de l’impact environnemental des investissements », constate la journaliste.

Parallèlement, « l’éleveur reçoit le même prix pour son lait, que ce dernier soit destiné à faire du beurre, du lait, de la poudre de lait ou tout autre produit issu du lait. Malgré des coûts de production en hausse constante, le prix de lait stagne en tout cas depuis des décennies et, entre 2019 et 2020, celui payé par Lactalis a même baissé de 1,4 %, passant de 330,80 à 326,06 euros les mille litres, selon l’Association des producteurs de lait Lactalis de Bretagne et des Pays de la Loire (APLBL) 22 », quand le Cniel a  a évalué le prix de revient du lait, en 2020, à 403 euros les mille litres, précise la journaliste dans son enquête.

Sodiaal : des investissements en vue d'un marché chinois inexistant

Le cas de Sodiaal est également significatif : la première coopérative laitière française a reçu 1,9 million d’euros de subvention de la Pac entre 2015 et 2019 pour une industrialisation destinée à fournir l’expansion du marché chinois. Un contrat avait été signé entre sa filiale Euroserum et Synutra pour vendre des volumes très importants de poudre de lait, des volumes qui n’ont jamais été atteints. « C’est un échec économique et social, les éleveurs laitiers, qui avaient investi et cru à la promesse des volumes, ne verront pas la valorisation sur les prix du lait », déplore la journaliste. Pourtant, il y avait des signes avant-coureurs alarmants que les pouvoirs publics auraient pu voir, ajoute-t-elle. 

Si elle ne remet pas totalement en cause les aides à l'investissement de la Pac, la plateforme Pour une autre Pac propose en revanche de mieux les conditionner, en tenant compte des bénéfices environnementaux, du retour pour les producteurs, et en soumettant les grands groupes à rembourser l'argent si les objectifs ne sont pas remplis. 

Journaliste politique et économie

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