Sylvain Javaux est fromager dans une fruitière du Haut-Doubs. Il écrit aussi des pièces de théâtre pour le plus grand bonheur des habitants.
«Ici, les gens, s’ils ne sont pas fromagers ou bûcherons, ils partent en Suisse », s’exclame Sylvain Javaux, fromager de la fruitière de La Brune-La Mare, dans le Doubs. La coopérative est un peu à l’écart de la route très passante de Pontarlier qui mène vers la Suisse, à 1 000 mètres d’altitude. Sylvain y travaille depuis plus de vingt-cinq ans. « À la sortie de mon Bac S, je n’avais pas d’idée en tête sur ce que je voulais faire. Un peu par hasard, je me suis inscrit à l’Enil(1) de Mamirolle et cela a été le déclic », raconte-t-il. Il y a trouvé des amis et sa future femme, Laëtitia.
Sylvain collecte le lait des neuf fermes de la coopérative le matin, enchaîne sur la fabrication des fromages, la gestion puis réattaque, le soir, avec les répétitions de théâtre. Les matins sont parfois difficiles, mais il dit ne pas être « un gros dormeur de toute façon ». « Le faire-ensemble » est pour lui un moteur, tout comme le fait de « trouver du sens ».
« Les éleveurs de la coopérative m’incluent dans la prise de décision. Ils me font confiance. C’est aussi cela qui fait que je travaille ici depuis si longtemps. […] Le fromager est respecté. Il a gardé une forme de statut. »
Des pièces « drôles »
Quant à son activité de théâtre, ce fut encore une fois par hasard qu’il rencontra la scène, en 1998, pour un son et lumière à l’abbaye de Montbenoît (Doubs). De figurant, il est passé à acteur, puis metteur en scène et écrivain.
« Pour ma première pièce, l’idée était de réaliser quelque chose de drôle, autre que du vaudeville, avec des portes qui claquent et des amants dans le placard. C’est ainsi que j’ai écrit, en 2016, Le Kiki de mamie qui a eu beaucoup de succès localement. Les gens me disaient qu’ils avaient bien ri et cela m’a amené à en écrire une autre. J’ai des idées, parfois un peu farfelues, en frottant les fromages. Quand on en frotte cent par jour, l’esprit part dans tous les sens. Cela vient se mélanger avec ce que j’entends dans la vie. Je note des idées partout. Mais le plus dur est d’écrire ensuite la pièce. Je me réserve quelques après-midi où j’ai l’esprit un peu plus libre et je cherche à créer des personnages en rapport avec les possibles acteurs de la troupe », explique-t-il. Sa sixième pièce est d’ailleurs en gestation. Il a aussi changé de troupe et se prépare à jouer le rôle qu’avait tenu son père, il y a cinquante-cinq ans, dans la pièce Je veux voir Mioussov, de Valentin Kataïev.
« Je vais la jouer dans le théâtre que mon grand-père, Jean Roussillon, avait fait construire, lorsqu’il était maire de Censeau (Jura). Ce sera un grand moment d’émotion », confie-t-il. Le théâtre a surtout servi à projeter des films et à démocratiser la culture localement. « Mon film préféré, c’est Orange mécanique de Stanley Kubrick. Mais j’aime aussi Alfred Hitchcock, Steven Spielberg, Marcel Carné, Woody Allen et bien d’autres, lance-t-il. Il y a beaucoup de ponts entre le théâtre et le cinéma. » Jean Rousillon était éleveur, président de sa coopérative et l’un des fondateurs du Comité interprofessionnel de gestion du comté. « Il s’est bagarré pour développer le comté », relève Sylvain, dont la fille, Emma, 25 ans, est devenue fromagère après un passage à l’Enil de Mamirolle.
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