Très impliqué dans le schéma de sélection français, le Gaec Colson incarne l’esprit collectif qui anime la famille brune au service du développement de la race.
Avec trois taureaux à l’affiche au catalogue de la race brune et six mères à taureaux, le Gaec Colson est un contributeur majeur du schéma de sélection français Brune génétique services (BGS).
Cette reconnaissance concrétise le travail de sélection mené par les éleveurs depuis l’introduction de la race sur l’exploitation familiale il y a plus de cinquante ans, mais aussi la volonté de Benoît Colson de contribuer plus largement à son progrès génétique. « Au-delà de ses performances, la brune est une vache docile, facile à travailler, au tempérament curieux, voire un peu pot de colle, sourit celui qui se définit comme un amoureux de la race. Avoir des mères à taureaux est gratifiant pour l’exploitation, mais c’est aussi utile pour le collectif. Lors de visites de fermes, j’apprécie particulièrement lorsque l’éleveur est fier de montrer des vaches ou des descendantes qui ont des origines de notre élevage. À plusieurs reprises, certaines sont devenues des têtes de souche dans ces troupeaux. » Le troupeau de 140 vaches, composé à 90 % de brunes, affiche une moyenne de 130 points d’Isu, contre une moyenne de la race à 119. Toutes les génisses nées à la ferme sont génotypées.
La recherche de petits gabarits robustes
Les mères à taureaux sont identifiées en fonction du pointage couplé aux index, puis accouplées avec le technicien BGS : les femelles issues de ces accouplements sont conservées par la ferme et les mâles, s’ils sont retenus à l’issue du génotypage, sont achetés par l’entreprise de sélection. Sur ce modèle, on retrouve donc au catalogue 2025 : Snoopy (photo ci-contre), un hétérozygote sans cornes nommé Uderzo P (Tamboy P/Aristo) et Vasco qui combine les deux familles (fils de Snoopy sur la mère d’Uderzo P).
Passionné de génétique et membre de la commission taureaux de BGS, Benoît a l’œil particulièrement avisé pour piloter son plan d’accouplement (hors mère à taureaux). Depuis le passage de la stabulation aire paillée aux logettes, il est très attentif aux critères de conformation et privilégie la recherche de petits gabarits robustes : « Des vaches épaisses dans leur squelette, avec de l’éclatement, sans bien sûr pénaliser ni le lait, ni les taux, précise-t-il. Au final, elles produisent autant de lait que les grands gabarits au type laitier très poussé, pour lesquels le passage en logettes a pu être parfois catastrophique et pénalisant pour la longévité. »
La sélection sur le gène sans cornes et la caséine
Dans ses critères de sélection, l’éleveur travaille aussi le gène sans cornes. À l’image de son taureau Uderzo P, BGS propose aussi Vertige PP, le nouvel homozygote français, en plus de sept taureaux étrangers hétérozygotes présents au catalogue, qui permettent de s’orienter vers le gène sans cornes P, sans pénaliser le niveau génétique sur les autres caractères. Benoît se fixe aussi l’objectif d’un troupeau 100 % porteur du variant A2A2 de la bêta-caséine « qui pourrait à l’avenir être une source de différenciation ».

70 % de la population brune française est porteuse de ce variant qui, selon certaines études, offrirait une meilleure digestibilité du lait. Notons aussi que le génotypage a permis d’identifier la présence du variant BB de la kappa caséine chez 80 % des brunes françaises. Sur ce variant améliorateur de la fromageabilité du lait, la race se classe au deuxième rang, après la normande (85 %) et devant la montbéliarde (61 %). Deux ou trois collectes d’embryons par an contribuent aussi à accélérer le progrès génétique et à alimenter le schéma de sélection. Le dernier en date a permis de collecter 9 embryons, dont quatre posés sur des génisses choisies parmi celles aux index de moindre qualité. Le reste est congelé pour être vendu, à des prix actuellement entre 1 000 et 2 000 €, mais aussi échangé avec d’autres éleveurs. De plus, le Gaec prend part chaque année au concours du Salon international de l’agriculture et, depuis trente ans, à celui de Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or), au cœur du berceau de la race en France, où il n’hésite pas à proposer à la vente, mais aussi à se porter acquéreur, de génisses pleines ou de génissons. « C’est également ça qui caractérise l’esprit collectif de la famille brune : partager sa génétique ou en acquérir en toute confiance, c’est comme cela que l’on avance. »
L’AOP époisses, pour une meilleure valorisation
Sauf quelques retours, toutes les inséminations sont réalisées en race pure, essentiellement avec des doses françaises. Tous les veaux mâles sont conservés, soit 70 taurillons à l’engrais chaque année. Les derniers lots ont été négociés à 6,85 € x 430 kg, soit un prix de 2 600 € et une marge brute de 1 516 €/tête. « Ce choix de l’engraissement a été fait il y a trente ans, face à la difficulté à valoriser les petits veaux bruns. Une fois le sevrage passé, c’est un atelier qui demande peu de travail mais une grande vigilance : autant les vaches sont dociles, autant les taureaux peuvent se montrer très agressifs. »

Dans le contexte pédoclimatique séchant de l’exploitation, le troupeau, trait par deux robots Lely (2,4 traitespar vache par jour), affiche une production moyenne de 8 986 kg de lait, à 40,5 de TB et 36,3 de TP, avec 36 % de primipares. Le système fourrager, 100 % autonome, prévoit un accès libre à 8 hectares de pâtures, soit un peu moins d’une demi-ration quotidienne d’herbe fraîche pendant deux mois, avant le coup de sec estival. La ration semi-complète à l’auge est composée de 8,4 kg de MS de maïs ensilage, 5,3 kg d’enrubannage de luzerne, 3,5 kg d’ensilage de maïs épis, 1,8 kg de tourteau de colza, avec une moyenne de 2,3 kg de drèche de blé de distillerie et de 1,7 kg d’orge au robot. Le projet en cours est de doubler la surface pâturée accessible, pour intégrer la collecte AOP époisses de la laiterie Lincet. Un moyen de mieux rémunérer la qualité du lait de la race brune.

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