Être méchant, ce n'est pas donné à tout le monde, c'est fatiguant.
Une chronique, c'est fait pour informer, interpeller, voire déranger. Mais quand elle s'appelle « Rebrousse-poil », on comprend qu'elle ne va pas faire plaisir à tout le monde. Les journalistes qui écrivent dans ce mensuel se doivent d'apporter une information intéressante, sérieuse, documentée et, si possible, objective. Certes, ils défendent des idées et des opinions, mais avec la déontologie qui est la leur. Alors pour apporter une touche irrévérencieuse et un point de vue différent, ils passent la balle au « fou du roi ». Et qui mieux qu'un éleveur peut raconter des histoires, des problèmes, des coups de gueule... d'éleveurs ?
Je n'ai pas fait d'études de journalisme. Je revendique donc, modestement, le droit de parler et surtout d'écrire avec la subjectivité, voire la mauvaise foi et l'ironie que me confère mon métier, le tout avec un peu d'humour pour faire passer la pilule. Avec des titres de chroniques comme « Les rois de l'intox », « Ils nous enfument », « Phonard », « Ils font rien qu'à m'énerver », je suis en train de me tailler une réputation de Mélenchon de la vache laitière. À l'opposé, toujours critiquer, c'est risquer de passer du côté de la force obscure « Bleu Marine ». Et être méchant, ce n'est pas donné à tout le monde, c'est fatiguant et ce n'est pas bon pour le coeur.
Alors, pour cet été, j'ai décidé d'être gentil. Je vais donc me remettre à fumer (de préférence un joint) pour être moins irritable. Je ne regarderai plus ma paie de lait ni mon compte en banque tous les mois. Je batifolerai dans les paddocks parmi les pissenlits au moins une fois par jour. Je prendrai la pluie et le soleil comme une bénédiction, à condition que ça ne dure pas trop longtemps. Et surtout, je serai gentil avec mes concitoyens. J'enverrai un bouquet de fleurs des champs au directeur de ma laiterie en y glissant quelques chardons (Ah ! Ça y est ! Ça me reprend ! Vite, un Lexomil !). Je posterai une carte de mes vacances à mon concessionnaire de matériel pour bien lui faire comprendre que j'ai claqué tout mon pognon aux Baléares, et que ce n'est pas la peine d'essayer de me vendre un tracteur à la rentrée (5 minutes de yoga). Je souhaiterai « Au revoir et à la prochaine » à mon vétérinaire, même si moins je le vois, mieux je me porte. Je dessinerai des petites fleurs roses sur tous mes documents administratifs pour justement être dans « les petits papiers » du contrôleur, sans lui parler du piège à loup que j'ai dissimulé à l'entrée du local phytos (et hop, un cachet d'ecstasy !). J'informerai ma caisse de MSA que puisque les DFI sont supprimées, je ne changerai plus de tracteur tous les deux ans pour me créer des charges et, par conséquent, c'est avec joie et bonne humeur que je vais contribuer à renflouer son déficit. Eh oui, être gentil coûte cher. J'adhérerai à un syndicat, mais lequel ? Le majoritaire pour hurler avec la meute ? Les minoritaires pour, là encore, passer pour un révolutionnaire ? (Allez, un petit coup de gnôle). Je vais être gentil avec les femmes. Même avec la mienne.
Je souhaite à tous les éleveurs de partir un peu en vacances en juillet ou en août qui sont des mois plus creux quand on n'a pas de céréales. Eh oui, on ne peut pas récolter du blé à 230 € et partir aussi en vacances... De toute façon, les vacances pour vous, c'est le restant de l'année (vite un Tranxène !).
Ma grand-mère me conseille : « Regarde donc Michel Drucker à Vivement dimanche. Tu apprendras à dire du bien de ton prochain. » Décidément, être gentil, c'est trop dur. Promis, à la rentrée, je redeviens méchant.
PASCAL POMMEREUL
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