Élevage en hors-sol absolu, prix du lait entre 0,55 et 0,75 €/l, circuits courts omniprésents : la production de lait sur l'île de Taïwan a ses particularités.
C'est un peu le monde à l'envers : le reportage à Taïwan vire à l'interview du journaliste, tellement Teng Kun Hai est curieux de découvrir le mode de vie des producteurs de lait français. « Ils doivent être immensément riches pour posséder des fermes aussi vastes ! » Teng Kun Hai et son épouse Chen Yi Pin font répéter la traductrice lorsqu'ils entendent la superficie moyenne d'une exploitation. On écrit les chiffres sur un carnet pour s'assurer. Le couple conduit, avec deux salariés, 80 holsteins et 50 génisses sur 1,7 ha. Ici, 1 ha vaut la bagatelle de 300 000 €.
Le fourrage débarque d'Australie, du Brésil ou des États-Unis
Comme partout en Asie, la terre est rare et chère. Bien sûr, l'alimentation animale vient presque intégralement d'un cargo : le fourrage débarque d'Australie, du Brésil ou des États-Unis. En 2011, Taïwan a importé 1,1 milliard d'euros de maïs-grain et autant de tourteaux de soja pour ses volailles, porcs et bovins.
En Chine continentale, les terres agricoles sont tout aussi rares et une densité de 100 bovins à l'hectare ne surprend personne. Pour nourrir ces élevages en hors-sol absolu, la Chine, qui rechigne aux importations, mélange divers déchets de son industrie agroalimentaire. Plus riche, Taïwan soigne ses animaux et sa géopolitique : les relations avec les États-Unis qui fournissent maïs et soja sont excellentes. Un atout face à la volonté d'expansion de la Chine. C'est aussi des États-Unis que Teng Kun Hai fait venir ses doses pour l'insémination artificielle.
« Incroyable : chez vous, le lait est payé six fois moins cher que l'essence ! » Teng Kun Hai est sidéré, il vend son lait entre 0,55 €/l l'hiver et 0,75 €/l l'été, lorsque les holsteins réduisent leur production sous le climat tropical, malgré les ventilateurs. À la pompe, le sans-plomb 95 s'affiche à 0,84 €/l, le gouvernement ayant décidé de ne pas taxer les carburants pour encourager l'activité économique. Ce lait acheté en moyenne 0,62 €/l se retrouve en magasin à partir de 2 €/l pour les consommateurs. La densité humaine de l'île, plus de six fois supérieure à celle de la France, justifie également ces coûts de distribution réduits. Le prix des animaux est du même acabit : 3 900 € pour une vache en lait, 1 500 € pour une réforme. « En France, vous pratiquez aussi la vente directe ? », s'enquiert Chen Yi Pin. Dans un pays grand comme quatre fois la Corse et peuplé de 23 millions d'habitants, un client n'est jamais loin. Elle vend « une centaine » de litres par jour (1,30 €/l) et son yaourt (5 €/kg) à des boulangers et des particuliers. Cette vente directe permet à l'exploitation de ne pas dépasser officiellement le volume de 300 000 l, ce qui les ferait changer de catégorie fiscale. Sourires de connivence.
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