Les produits laitiers issus de l’agriculture biologique connaissent une crise importante depuis 2021. La collecte et la demande chutent, à un rythme que le Cniel qualifie de « décrochage », et les cessations d’activité se multiplient. Rencontre avec Corentin Puvilland, économiste au Cniel.
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Lelait bio dévisse. Alors qu’elle avait doublé entre 2017 et 2022, passant de 600 millions à 1,2 milliard de litres par an en cinq années, la collecte de lait bio subit un décrochage depuis environ trois mois. « Cette situation résulte d’un fort mouvement de cessations d’activité, qui est lui-même en lien avec un marché très difficile », explique Corentin Puvilland, économiste au Cniel.

Depuis 2021, la demande en lait issu de l’agriculture biologique subit en effet une baisse continue. Cette tendance est fortement corrélée à l’inflation : en réaction à la hausse des prix, de nombreux consommateurs descendent en gamme lorsqu’ils achètent des produits laitiers.

En 2022, le Cniel estime que 35 % de la collecte a été déclassée. « Pour 2023, les chiffres devraient être les mêmes », estime Corentin Puvilland. Du fait de ce déséquilibre entre l’offre et la demande, les prix n’ont pas pu être revalorisés en 2022, alors même que les charges augmentaient. Depuis l’automne 2022, les prix ont cependant progressé de 7 % ; une hausse bienvenue même si elle ne compense pas celle des charges.
Quelles perspectives pour la filière ?
D’après les analyses du Cniel, les signaux pour l’avenir montrent une situation difficile. La consommation, toujours fortement influencée par l’inflation, devrait continuer à baisser encore. « Lorsque l’inflation ralentira, ce qui est prévu par un certain nombre d’économistes, on peut s’attendre à une reprise au moins partielle », espère Corentin Puvilland.
Pour tenter d’inverser la tendance, le Cniel s’engage dans des campagnes de communication avec d’autres partenaires. Il a également obtenu du ministère une aide d’urgence de 60 millions d’euros pour les producteurs bio, toutes filières confondues. « Même si nous la jugeons insuffisante, c’est une petite avancée », souligne Corentin Puvilland.
Un regard sur nos voisins européens montre les prémisses d’un mieux en Allemagne, qui pourrait laisser espérer une amélioration en France « mais il faut rester prudent », précise Corentin Puvilland. Il ajoute que la vision à un ou deux ans est impossible concernant la demande. Quant à l’offre, le Cniel prévoit qu’elle continuera de baisser d’environ 7 à 8 % sur les deux prochaines années, essentiellement en raison des cessations d’activités.

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