Entre les messages récurrents concernant la nocivité d’une surconsommation de viande et la visibilité donnée aux actions des organisations antispécistes, les médias traditionnels maintiennent une forte activité sur les sujets du flexitarisme et du véganisme. Bonne nouvelle pour les éleveurs : ce discours a très peu d’influence sur le grand public.
Si l’alimentation est un sujet qui tient à cœur à de nombreux Français, un écart parfois important existe entre ce que l’on prétend consommer et ce que l’on consomme réellement, et ces écarts entre alimentation déclarée et alimentation réelle peuvent avoir des impacts sur les politiques publiques. Pour y voir plus clair, le ministère de l’agriculture a donc commandé un rapport, « Comportements alimentaires déclarés versus réels : mesurer et comprendre les écarts pour améliorer l’action publique sur le sujet », réalisé par le Crédoc, Nutri Psy Consult, l'agence Protéines et Deloitte .
Des sujets qui intéressent davantage les médias que le grand public
Outre l’étude des différents facteurs à l’origine de ces écarts, le rapport s’est également penché sur les décalages entre les débats sociétaux et les comportements d’achat en grande distribution. Ainsi, sur la thématique « viande », « aucune corrélation n’est observée entre les messages des médias traditionnels et ceux du grand public sur les réseaux sociaux : les opinions exprimées par ces derniers n’évoluent pas en fonction de celles exprimées par les premiers, en dépit d’une activité importante », souligne la note de synthèse publiée par le centre d’étude et de prospective du ministère, en septembre.
Le rapport précise de son côté qu’un sujet « qui génère beaucoup de mentions chez les journalistes n’est pas prédictif de l’intérêt des socionautes ». Ainsi, le thème du flexitarisme n’est pas relié à des événements précis et semble « maintenu dans l’actualité médiatique plus par la volonté des journalistes que par des événements extérieurs ».
Les actions végans incitent paradoxalement à consommer de la viande
Par ailleurs, si l’activité des militants végans sur les réseaux sociaux est importante, « l’analyse des événements générant de l’activité chez les militants montre qu’ils sont engagés avant tout sur leur communauté », indique le rapport.
Le grand public réagit, quant à lui, majoritairement aux activités négatives sur ces sujets et « n’est pas dans un discours d’adhésion ni de prosélytisme », notent les auteurs du rapport. Par exemple, si le festival végan de la Villette suscite une grosse activité médiatique, cette activité ne génère en moyenne que 4 engagements par mention, tandis que parallèlement, l’attaque d’une boucherie parisienne génère 76 mentions. Le niveau d’engagement du grand public est donc beaucoup plus fort sur les sujets qui ne mettent pas en valeur le véganisme. « Il y a donc très clairement une fracture entre le discours médiatique et les socionautes », souligne le rapport.
Et si la visibilité du discours des végans inquiète et irrite les éleveurs, ils peuvent être en partie rassurés par ce constat : « comme l’opinion est très partagée sur les arguments des communautés végans, les consommateurs ont plutôt tendance à consommer plus de viande quand les débats médiatiques sur ce sujet augmentent », remarque également l’étude.
Si ces résultats méritent d’être confirmés par des données sur une période plus importante, notamment pour répondre à la question d’un impact pérenne des opinions diffusées par les médias, cette étude appelle en tout cas à ne pas donner trop de poids aux opinions habituellement véhiculées par les débats médiatiques et les réseaux sociaux.

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