Au prix d’une restructuration non négligeable de son paysage agricole, la Bretagne veut rester dans la course laitière européenne en augmentant sa production annuelle de 18 % d’ici 2020. Mais cela ne suffira pas à concurrencer les ambitions des autres grandes régions laitières européennes.

18 % de lait en plus par rapport à 2012 d'ici 2020. (©Terre-net Média)
A un an de la sortie des quotas, les régions laitières françaises n’entendent pas simplement voir passer le train de l’augmentation de la production européenne en restant sur leurs acquis et leurs difficultés. La région Bretagne pourrait augmenter ses capacités de production de lait de 18 % par rapport à 2012 à l’horizon 2020, pour atteindre 6 milliards de litres.
Cette simulation résulte d’un travail prospectif entrepris par la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne. Celle-ci a défini cinq scénarios contrastés pour la filière laitière pour les six ans qui viennent (lire encadré ci-dessous).
Parmi ces scénarios, « le scénario tendanciel reste celui de marchés laitiers porteurs, mais dans lequel les producteurs devront composer avec la volatilité des prix », explique Rémi Espinasse, chef du pôle herbivores de la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne.
Mais l’augmentation de la production bretonne se fera sous conditions. « Cela nécessitera des agriculteurs prêts à relever le défi, avec des coûts de production compatibles avec les marchés et surtout, un accompagnement technico-économique performant », précise le spécialiste.
Spécialisation poussée des exploitations
Surtout, la course laitière européenne à laquelle la Bretagne entend participer engendrera une diminution inexorable et significative du nombre de producteurs. Certes, la Chambre d’agriculture veut croire à une politique d’installation dynamique qui maintiendra 9.000 exploitations spécialisées, avec une surface moyenne de 100 ha et un troupeau de 90 vaches produisant 665.000 l annuels. Mais les prévisions, en fonction des cinq scénarios, sont beaucoup plus pessimistes : à l’horizon 2025, la Bretagne ne conserverait que 4.200 à 7.000 exploitations laitières. La région perdrait ainsi 50 à 71 % de ces exploitations en seulement 15 ans !
Par ailleurs, les exploitations qui relèveront le défi se spécialiseront encore davantage dans la production laitière. La part des exploitations mixtes, avec un ou plusieurs ateliers porcin, allaitant ou avicole, diminuera au profit de « grands collectifs familiaux » et des exploitations employeuses de main-d’œuvre salariée exclusivement orientées vers la production laitière. Cette projection fait toutefois fi des ambitions des autres productions bretonnes, notamment porcine, et devra rester compatible avec des normes environnementales, en matière de directive nitrates par exemple, qui seront indéniablement plus strictes qu’auparavant.
Aussi, pour les agriculteurs qui participeront à cette mutation, « il faudra avoir une véritable stratégie d’entreprise, en sachant gérer à court terme les fluctuations des marchés. Le management des salariés et les relations humaines dans le cadre du collectif de travail prendra une part importante dans le travail des chefs d’exploitation », explique Rémi Espinasse.
La France, dernier wagon du train européen ?
A l’échelle de l’Europe, l’objectif breton d’une production de 6 milliards de litres de lait à l’horizon 2020 répond à l’ambition de répondre à une demande mondiale croissante. Mais permettra-t-il à la France de rivaliser avec les velléités des autres grands pays laitiers européens ? Assurément non.
Entre 2006 et 2013, la France a augmenté sa production laitière de 5 % quand l’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas ont augmenté la leur de 11 à 17 %. Autrement dit, le train européen est déjà parti depuis longtemps et la France devra le prendre en route.
Et les objectifs de nos voisins restent bien plus élevés que ceux de la Bretagne, à supposer que les 18 % de production supplémentaire d’ici 2020 puisse devenir un objectif atteignable sur le plan national. Si les Pays-Bas prévoient de produire 20 % de lait en plus d’ici six ans, les Irlandais, eux, entendent produire 50 % de lait supplémentaire dans ce même délai. Quant aux Allemands, ils veulent augmenter leur production de 30 % d’ici 2030.

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