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Des éleveurs témoignent« Pas de cryptosporidiose en élevant les veaux sous des vaches nourrices »

En élevage laitier (et notamment dans les systèmes herbagers), la conduite des veaux sous nourrices simplifie grandement le travail. (©Inrae)
En élevage laitier (et notamment dans les systèmes herbagers), la conduite des veaux sous nourrices simplifie grandement le travail. (©Inrae)

Pour gagner du temps ou améliorer le bien-être du troupeau, plusieurs éleveurs laitiers ont fait le choix de placer leurs jeunes veaux sous des vaches nourrices. Et il semblerait que cette pratique limite nettement les diarrhées néonatales.

« Les veaux élevés sous des vaches nourrices présentent un niveau d’infection par les cryptosporidies et une fréquence des diarrhées plus faibles qu’en système classique. » C'est ce qu'expliquent les chercheurs de l'unité Inrae de Nantes après avoir avoir compilé les données de plus de 600 veaux dans 20 élevages bovins laitiers en agriculture biologique localisés dans l’ouest de la France.

Les éleveurs témoignent

« Un jour, j'avais une génisse qui venait de vêler de jumelles qui ne faisaient même pas 20 kg chacune. Je décide donc de les laisser sous leurs mères. Et quand je les ai sevré 5 mois après, elles étaient bien plus grosses que celles que j'avais élevées au seau, donc je me suis dit qu'il devait y avoir quelque chose à gagner de ce côté-là... » C'est comme ça que Benjamin Boileau, éleveur de Loire Atlantique, a commencé à mettre ses veaux sous nourrices, il y a 7 ans maintenant.

Plusieurs éleveurs se sont inspirés des systèmes allaitants et témoignent de leurs motivations et la mise en place des veaux laitiers sous nourrices dans plusieurs vidéos réalisées par l'Inrae :

Gildas Simoneau (44), Benjamin Boileau (44) et Pascal Falchi (44) présentent leurs systèmes d'élevage :

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Thibaut Audouin (53), Gérard Grandin (61) et Anthony Bureau (49) expliquent la mise en place du système :

« Pour les nourrices, on a tendance à choisir des vaches qui font un peu de cellules ou qui ont fait une mammite. Mais le principal critère est qu'elles soient maternelles. Après le sevrage, elles sont réorientées vers de l'engraissement pour les vieilles vaches, ou remises à la reproduction pour réintégrer le troupeau. »

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Benjamin Boileau (44), Pascal Falchi (44), Jean-Yves Pasgrimaud (44), Gérard Grandin (61) et Gildas Simoneau (44) évoquent les impacts sur les animaux et le travail :

« On remarque que les veaux apprennent vite des adultes, constate Pascal Falchi. Ils consomment très rapidement de l'herbe et les nourrices leur apprennent à pâturer, à ruminer, elles leur montrent le fils électrique. Quand on déplace les animaux, tout est beaucoup plus simple du coup. Et quand on intègre ces jeunes génisses au troupeau laitier, elles prennent vite leur place. »

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L'adoption des veaux par les nourrices

L'adoption, c'est la phase qui demande le plus de travail à l'éleveur. Gérard Grandin explique : « On passe beaucoup de temps avec les veaux au début pour être sûr que le contact avec la nourrice se fait bien. Au bout de 15 jours en général, l'adoption est concrétisée et on peut sortir les animaux. À partir de ce moment-là, on y passe moins de temps. » Et qui dit veaux et nourrices dehors, dit pas de paillage et pas de curage.

Benjamin Desbois (44) revient sur cette étape clé :

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« Je choisis les nourrices en posant la question au troupeau. Ça peut paraître fou, mais je fais passer les vaches devant la nurserie et je choisis celle qui reste au bord de la barrière près des veaux. Je me suis rendu compte que ça fonctionnait bien mieux que d'en sélectionner une qui a des problèmes de cellules ou autre car ça ne veut pas dire qu'elle est prête à être nourrice. »

L'éleveur a choisi de mettre deux veaux par nourrice pour correspondre au potentiel laitier qui est de 4 500 à 5 000 litres de lait par vache. « Par rapport aux Bretons, ici on est obligé d'affourager l'été et l'hiver, donc on ne met pas 3 veaux par nourrice mais bien 2 pour ne pas qu'elle perde trop en état. » 

L'objectif est d'avoir des veaux dont l'écart d'âge ne dépasse pas 15 jours. Ensuite, ils restent 7 ou 8 mois, voire 10, sous les nourrices. Et pour vérifier qu'ils tètent bien, l'éleveur leur touche le bout du nez : « s'il est chaud, c'est qu'ils ont bu ».

Économiquement parlant, Benjamin avoue : « C'est plus cher que ce qu'on faisait avant au seau, mais c'est un choix d'élevage. J'ai réussi à faire des vêlages 24 mois en Normande en système tout herbe. Ça nous fait une quinzaine de génisses à élever en moins chaque année, ce qui libère beaucoup de surfaces. »

Conduite des veaux laitiers sous nourrices
La phase d'allaitement artificiel est optionnelle : certains éleveurs laissent les veaux jusqu'à 6 jours sous leurs mères avant de les passer directement sous les nourrices. (©Inrae)
 

Moins de cryptosporidioses chez les veaux sous nourrices

Caroline Constancis, doctorante pour l'unité mixte Bioepar d'Oniris et Inrae, a réalisé sa thèse sur l'élevage des veaux sous nourrices. Ses différentes analyses ont révélé que ce type d'élevage entraîne moins de diarrhées et une intensité de cryptosporidiose plus faible que dans d'autres élevages.

Elle complète : « L'infestation par les strongles gastro-intestinaux reste modérée malgré une longue première saison de pâturage. Et la croissance des veaux est plutôt rapide, permettant d'atteindre un premier vêlage de 24 mois. »

Croissance des veaux sous nourrices

Les veaux ont été pesés à 4 reprises et affichent des GMQ proches de 800 g/j permettant un premier vêlage à 24 mois. (©Inrae)

L'étude se poursuit avec des observations sur la deuxième année de vie des génisses, notamment sur les volets de bien-être animal, de croissance, de reproduction et de parasitisme. À suivre donc...

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