Menu

Filière laitièreFaire perdurer demain l'élevage et les métiers du lait

 (©Terre-net Média, Pixabay // Création Terre-net Média)
(©Terre-net Média, Pixabay // Création Terre-net Média)

En cette Journée mondiale du lait 2021, la filière laitière s'interroge sur la façon de renforcer son attractivité afin d'assurer sa pérennité, 50 % des éleveurs ayant plus de 50 ans. Car des jeunes passionnés et motivés, il y en a et à tous les maillons, de l'amont à l'aval ! Mais la passion ne fait pas tout : pour répondre aux évolutions de ces métiers, il faut travailler sur l'accompagnement et la rémunération.

« Faire vivre », si elle est déjà présente, ou « naître la passion » du ou plutôt des métiers du lait (il en existe plus d'une centaine !) chez les jeunes et moins jeunes du monde agricole et au-delà : tel est bien l'enjeu de la filière laitière pour les années à venir, à tous les maillons, comme l'a résumé le ministre de l'agriculture Julien Denormandie, invité du Cniel ce 1er juin pour la Journée mondiale du lait. Même si c'est encore plus prégnant au niveau de la production, plus de la moitié des éleveurs ayant dépassé 50 ans.

La passion, moteur de l'attractivité des métiers du lait !

Or l'envie et la motivation pour travailler dans ce secteur ne manquent pas, comme l'ont montré les porteurs de projet présents ce matin à l'e-conférence "Ensemble construisons une France terre de lait durable : des métiers au contact du vivant".

« + 50 % d'inflation, + 30 % pour le prix du lait »

Pour autant, « la passion, si elle est le moteur de l'attractivité du métier d'éleveur », ne suffit pas seule à la renforcer », prévient Thierry Roquefeuil, président du Cniel. Que les postulants viennent ou non du milieu agricole, beaucoup de défis sont à relever. Le principal étant de rééquilibrer le ratio de deux départs en retraite de producteurs laitiers pour une installation. Lequel signifie que, s'il y a bien des candidats intéressés, ils ne sont pas encore assez nombreux, « un paradoxe vu le taux de chômage en France », souligne le président du Cniel.

D'où la nécessité de rendre la production laitière plus attractive. Et cela passe d'abord par l'assurance de pouvoir vivre de son métier, donc par une meilleure rémunération des éleveurs. « En 50 ans, l'inflation a augmenté de 50 % (achats d'intrants, de matériel...) et le prix du lait de seulement 30 %, insiste Thierry Roquefeuil. Dans les autres secteurs de l'économie, l'inflation est intégrée aux prix. Et force est de constater que les aides ne compensent pas ce différentiel. »

« Créer de la valeur collectivement »

« La création, structuration et meilleure répartition de la valeur ajoutée doit se faire collectivement, de l'amont à l'aval, poursuit-il. Un chantier ouvert par la loi Égalim et le plan de filière laitière mais qui n'est pas terminé. » En dépend selon lui : « La préservation d'un modèle unique au monde, familial avec des exploitations à taille humaine, que l'on a su sauvegarder jusqu'à aujourd'hui, en maintenant le volume annuel produit à 24 milliards de litres de lait grâce aux réformes laitières et aux différentes décisions politiques qui ont été prises. Mais, si on ne renouvelle pas les générations de producteurs, notre capacité de production risque de diminuer. »

Ne pas opposer circuits courts et exportation.

Autre spécificité conservée : un tissu d'entreprises de transformation de toute dimension qui, comme les élevages, participent au dynamisme économique et social des territoires. Il faut veiller à « ne pas opposer les systèmes, les circuits courts et l'exportation entre autres », ajoute Julien Denormandie. « Il ne viendrait pas à l'idée de dire au secteur de l'automobile de se focaliser sur le marché intérieur !  »

Pour revenir au prix du lait, « comment peut-il être rémunérateur s'il continue d'être fixé à partir du marché national et international alors que les critères de production diffèrent entre pays ? », questionne le ministre de l'agriculture. « Il faut aller plus loin, pour réguler le marché laitier et limiter les incertitudes de prix, sans revenir à une économie administrée comme au temps des quotas ; ceci afin qu'il ne soit plus dicté par les prix et prenne en compte les coûts de production, martèle le responsable politique. La marche en avant, indispensable, n'a été pas suffisante. Malgré les nombreuses sanctions, la loi Égalim n'est pas respectée par tous les opérateurs. C'est pourquoi un nouveau projet de texte (loi Égalim 2) sera présenté dans quelques jours. »

Accompagner les transitions

Son autre combat du moment : « Standardiser les normes sociales et environnementales en Europe dans la nouvelle Pac pour pouvoir se battre à armes égales sur le marché commun. » Au-delà de ces réflexions économiques, l'autre challenge de la filière est d'accompagner les transitions vers l'agro-écologie, la protection de l'environnement et de la biodiversité, la lutte contre le changement climatique (en continuant la démarche des fermes laitières bas carbone initiée il y a 10 ans et en réformant les dispositifs assurantiels), ou encore le respect du bien-être animal. Des évolutions qui exigent des investissements.

Pour investir, il faut un revenir stabilisé.

Or, « pour investir, il faut un revenu stabilisé », pointe Julien Denormandie. Un élément crucial dès l'installation, « l'agriculture et a fortiori les productions animales étant le seul secteur où les capitaux engagés sont si lourds ». « La problématique de l'attractivité concerne aussi le consommateur, qui doit défendre notre modèle d'élevage laitier », conclut Thierry Roquefeuil, autant que les éleveurs cherchent à répondre à ses attentes.

« La gestion de la main-d'œuvre est déterminante »

Ces objectifs économiques, sociaux, environnementaux, et autour du bien-être animal font d'ailleurs partie de la démarche France Terre de lait de l'interprofession (portée auprès des responsables politiques, leaders d'opinions, citoyens), qui intègre aussi les aspects d'organisation et de condition de travail, comme de qualité et sécurité des produits, importants pour rendre le métier d'éleveur attractif. « Le visage des exploitations laitières va nécessairement se transformer, avec des structures plus diversifiées et organisées de manière plus complexe, car davantage basées sur le collectif et la pluriactivité, complète François Purseigle, sociologue des mondes agricoles. La gestion de la main-d'œuvre, en termes de ressource comme d'organisation, sera déterminante. »

Le repreneur doit pouvoir marcher dans ses propres pas, pas ceux du cédant...

Autres facteurs à prendre en compte : l'intégration de nouveaux métiers (liés à la transformation ou la commercialisation notamment), qui peut conduire à une multi-spécialisation (et à la création de plusieurs sociétés pour les activités de diversification, telle que la méthanisation par exemple) et à la délégation ou mutualisation d'ateliers. Enfin, les carrières se raccourcissent, avec une entrée plus tardive dans le métier et parfois une sortie plus précoce, et des « chemins d'accès plus sinueux, souvent plus longs ».

Le tout, pour le sociologue, est de permettre à son successeur de faire sa place et de laisser s'exprimer sa créativité. « Il doit pouvoir marcher dans ses propres pas et pas ceux du cédants, sur les plans capitalistique, organisationnel, de création de valeur. » Aujourd'hui, les porteurs de projet agricole ont une conception différente du travail, du produit et de la création de valeur : ils veulent, en particulier, montrer leur capacité d'adaptation, c'est pourquoi mieux vaut leur proposer des exploitations avec possibilités d'évolution multiples.

Journaliste installation/transmission des exploitations

Réagir à cet article

Sur le même sujet