« Dans un élevage, il n’y a pas que des animaux, des bâtiments, des équipements… mais surtout des éleveurs et des éleveuses. L’humain est au cœur de l’exploitation. » Ainsi s’ouvrait au Space une émission sur le bien-être animal et celui des producteurs, car « l’un ne va pas sans l’autre ». En ce début d’année 2026, prendre soin de vous fait-il partie de vos bonnes résolutions ?
« Pourquoi faire de la course à pied alors que tu marches toute la journée sur la ferme. Ça ne sert à rien de s’occuper de soi, c’est même du temps de perdu ! » D’un côté, les jeunes éleveurs et éleveuses, tout aussi passionnés par l’élevage et impliqués dans leur métier que leurs aînés, essaient de mieux concilier vie professionnelle et personnelle, voire de couper vraiment entre les deux, de se dégager du temps pour eux, leur famille, leurs amis, leurs loisirs…
De l’autre, « cela n’est pas toujours bien accueilli par les cédants, parents ou tiers, encore souvent présents et qui aident pas mal, mais ne sont pas dans cette dynamique », pointe Pauline Garcia au Space 2025 lors de l’émission « Prendre soin de son corps en élevage, tout comme le bien-être animal, ce n’est pas une option ». « C’est primordial et non négociable ! », insiste l’éleveuse et comportementaliste animalière.
En vidéo, l’émission de la Space TV en intégralité :
« Si on se sent bien, on est plus performant »
« Pourquoi faire de la course à pied alors que tu marches toute la journée sur la ferme », répète-t-elle avant d’enchaîner : « Parce que ça me fait du bien de sortir de l’élevage et de penser à autre chose. » Comment convaincre ceux qui n’en voient pas l’intérêt, voire sont totalement réfractaires ? « En commençant par de courtes séances » de jogging, gym, musique, chant ou autre, pour montrer les bienfaits pour soi et l’exploitation, puis « en les allongeant ensuite », conseille Pauline Garcia.
Car « un éleveur ou une éleveuse qui se sent bien va perfectionner ses pratiques » et être plus performant. Or leur bien-être est souvent négligé par rapport à celui de leurs animaux. Christine Kermagoret, qui élève des vaches laitières depuis 2001 à Ploemeur près de Lorient (Morbihan), et les participantes du congrès des agricultrices de 2018, avaient fait ce constat. Depuis, elles ont créé, entre éleveuses, un GIEE "bien-être humain et animal" avec Marylise Le Guenic et Aurélie Rio, animatrices à la chambre d’agriculture de Bretagne.
Ensemble, elles ont suivi plusieurs formations dont une – « Approcher les vaches sans stress pour l’animal ni l’éleveur" – organisée par Pauline Garcia. L’exploitante a été sensibilisée à l’intérêt de proposer des objets d’enrichissement aux veaux. « Il faut combler ces besoins chez les jeunes bovins, sinon on ouvre la porte à des problèmes comportementaux, notamment de succion croisée, qui peuvent endommager les futures mamelles des vaches laitières pour la traite », explique la comportementaliste animalière.
Comportement des animaux et producteurs : effet miroir
Christine Kermagoret a aussi appris à écorner. Une intervention auparavant pratiquée par les hommes de la ferme, dubitatifs au début qu’elle y parvienne seule, sans que ce soit douloureux pour les animaux. « Je le fais depuis quatre ans, je suis fière de moi ! », lance-t-elle. Non seulement les veaux endormis n’ont pas mal, mais ils ne sont pas stressés. Ainsi, ni leur bien-être ni leurs performances, de croissance en particulier, ne sont impactés. « L’écornage est important pour la sécurité des animaux et des éleveurs », rappelle-t-elle.
Avant d’ajouter : « Cet été dans la région, il y a eu deux accidents dont un mortel. Même si on l’élève avec amour et douceur, une bête reste imprévisible. » « L’ébourgeonnage s’effectue dans le premier mois de vie, au moment où se construit la relation entre l’animal et son éleveur. Si les premières interactions s’accompagnent de douleur et de stress, la présence humaine sera ensuite toujours associée à ces deux émotions », détaille Pauline Garcia, et il sera très difficile de regagner la confiance du ou des bovins.
Aux producteurs calmes, un troupeau apaisé.
À ceux stressés en permanence, un cheptel électrique.
Christine Kermagoret sait nouer ce lien. « Quand je change les génisses de bâtiment, elles me suivent comme un chien. Et lorsque je passe dans le troupeau, les vaches ne bougent pas et se laissent caresser », raconte-t-elle. La traite est plus facile : aucune bousculade et peu de bouses. De même pour sortir et ramener les bêtes des pâtures : elles ne courent pas partout. « Aux éleveurs calmes, un troupeau apaisé et vice versa », résume-t-elle.
À l’inverse : « Si on véhicule de la colère en permanence, le cheptel sera électrique, appuie la comportementaliste animalière. Les vaches sont de véritables éponges émotionnelles. » C’est pourquoi il faut les écouter, même si « nous y arrivons déjà difficilement entre humains ». Elles expriment leur confort comme leur inconfort via leurs postures entre autres. « Si on ne prend pas le temps de les observer, on manque plein d’informations », prévient Pauline Garcia.
« S’écouter mutuellement »
Concernant le confort des animaux justement, elle constate que les producteurs en système avec peu ou pas de pâturage y veillent particulièrement. Tapis régulant la température des vaches quand elles se couchent, système de ventilation, de brumisation, présence de brosses pour répondre aux besoins de grattage, diffusion de musique classique aux vertus apaisantes… « Ils misent tout sur le bâtiment si bien qu’elles préfèrent rester à l’intérieur que d’aller pâturer si elles en ont l’occasion. »
Améliorer le bien-être des animaux et des éleveurs, Christine Kermagoret aimerait que le GIEE continue d’y contribuer. Mais après quatre ans d’existence, ce dernier « s’étiole » un peu : « Suite aux départs en retraite et arrêts précoces, nous ne sommes plus que cinq sur les douze personnes engagées au départ. » Alors elle espère que la jeune génération prenne le relais. Car réfléchir en groupe, chercher des solutions, partager les bonnes pratiques est à la fois stimulant et enrichissant.
« Cela permet de s’informer, se former et communiquer. » Et là encore de renforcer les relations, humaines cette fois, « à travers de belles rencontres, apportant une ouverture sur autre chose pour ne pas s’enraciner dans des pratiques sous prétexte qu’elles fonctionnent bien », complète Pauline Garcia. Le collectif devient souvent « une deuxième famille à laquelle on confie en général plus facilement ses problèmes qu’à la sienne, son conjoint compris, ou à ses associés. »

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