Que pensez-vous de la proposition de loi du député Frédéric Descrozaille ?
Olivier Mevel : C’est plutôt une bonne loi. Elle explore un chemin que nous n’avons pas exploré jusqu’alors. La loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008 a été une loi puissamment déflationniste, entraînant une destruction de la valeur dans les chaînes agroalimentaires. Entre 2013 et 2021, l’indice des prix des produits de grande consommation est passé de 108 à 100, soit le même niveau qu’en 2007 alors que nous sommes en 2023. Les industriels ont rogné leurs marges pour préserver le pouvoir d’achat des Français. Leur taux de marges est retombé à 37 %, comme en 1974 ! Après dix-huit mois d’envolée des cours des matières premières, il y a le feu !
Quel est l’élément essentiel de cette loi ?
O. M. : L’article 3 introduit une dissipation de l’insécurité juridique au sujet des contrats commerciaux entre les industriels et les GMS, source de contentieux juridique. Il vient rééquilibrer les conditions des négociations commerciales. Il apporte juste des précisions sur le droit applicable en cas de désaccord au 1er mars, date butoir des négociations. L’industriel peut enfin arrêter de livrer la GMS si aucun accord n’est trouvé, sans avoir à être mis en tort pour rupture de contrat, faute d’approvisionnement. Auparavant, même sans accord sur de nouveaux tarifs, l’industriel devait continuer à livrer la GMS au prix de l’année précédente. Une telle situation est économiquement impensable en période d’hyperinflation.
Existe-t-il un risque quant au pouvoir d’achat des ménages ?
O. M. : Le pouvoir d’achat, c’est d’abord la hausse de salaires sur la feuille de paye et pas uniquement la baisse du prix des produits alimentaires ! Ce type de politique déflationniste montre un problème de compétitivité de notre pays. Il faut protéger notre outil industriel, car la France ne peut pas être qu’un pays de service. Cela signifie aussi protéger les emplois des PME et des PMI. Notre souveraineté industrielle est en jeu. Les GMS ne veulent pas changer les règles car elles sont bonnes pour eux. Tenir ce discours de préservation du pouvoir d’achat est une illusion auprès du consommateur qui devient le dindon de la farce ! Le pouvoir d’achat, c’est d’abord la hausse de salaires sur la feuille de paye et pas uniquement la baisse du prix des produits alimentaires.
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