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Agroforesterie en élevageUn levier d’adaptation au changement climatique

Exemple de dispositif agroforestier au Gaec des 3 Sillons en Haute-Marne. (©Cassiana_Sarrazin)
Exemple de dispositif agroforestier au Gaec des 3 Sillons en Haute-Marne. (©Cassiana_Sarrazin)

Alors que la sécheresse sévit en France, une question revient sur toutes les lèvres : quelles adaptations possibles face à l’augmentation des épisodes de sécheresse et des vagues de chaleur ? L'agroforesterie peut être une solution possible. Le centre de développement de l’agroécologie (CDA) présente les principaux intérêts et limites de cette démarche.

L’augmentation de l’intensité, de la durée et de la fréquence des vagues de chaleur et des sécheresses va amplifier les déficits fourragers déjà remarquables ces derniers étés. La plantation d’arbres en intraparcellaire ou en bords de parcelles apparaît alors comme une voie d’atténuation possible de ces changements.  

Une productivité des prairies peu impactée au printemps 

Des études menées sur sept sites en France, de la Haute-Loire au Pas-de-Calais en passant par le Puy-de-Dôme, ont mesuré l’impact d’arbres intraparcellaires sur la production prairiale. Les résultats montrent que si la couverture du sol par les arbres est inférieure à 40 %, les productions des prairies permanentes au printemps sont globalement comparables avec ou sans arbres, malgré des différences entre contextes pédoclimatiques. Au pied des arbres, la production est fortement impactée du fait de la compétition racinaire pour l’eau et les nutriments et d’un ombrage trop important, et moins de légumineuses sont présentes car elles résistent moins bien au manque de luminosité que les graminées. Cependant, ces surfaces restant faibles à l’échelle d’une parcelle, elles n’impactent pas le rendement total de la prairie.

Par ailleurs, les arbres vont impacter le développement phénologique de la prairie : plus il y a d’arbres, plus la prairie va épier tardivement, car l’ombrage réduit le tallage et la production de tiges. Cela peut permettre, à l’échelle de l’exploitation, de gagner en souplesse d’utilisation et de disposer de surfaces en herbe plus tardivement. La présence d’arbres va aussi influencer la valeur nutritive de l’herbe, avec une meilleure valeur azotée due à une modification du fonctionnement interne de la plante à l’ombre.

Pendant la période estivale, malgré une hétérogénéité de résultats entre études menées dans différents contextes pédoclimatiques, l’ombrage semble permettre de maintenir une humidité supérieure sous les arbres, notamment dans les premiers centimètres du sol, et de limiter les phénomènes d’évapotranspiration ainsi que d’assèchement du sol grâce à un effet brise-vent.

Autre avantage, les arbres permettent d’améliorer les propriétés chimiques, physiques et biologiques du sol grâce à leurs racines profondes remontant des éléments minéraux en surface et à un apport important de litière : hausse du taux de matière organique, augmentation de la biomasse et de la diversité microbienne, accélération de la minéralisation…. Sachant qu’une hausse de 1 % de la matière organique des sols permet d’augmenter de 20 % la réserve utile, toute augmentation est bonne à prendre !

Génisses sous arbres
Génisses se protégeant à l’ombre d’un chêne.  (©Cassiana_Sarrazin)
 

Un complément fourrager estival de grande qualité et un confort pour les animaux

L’agroforesterie peut aussi fournir un complément de fourrages au cœur de l’été, avec un affouragement de branches coupées ou un pâturage directement par les animaux. En effet, certains arbres ont des valeurs alimentaires supérieures à la plupart des espèces prairiales, notamment le frêne et le mûrier blanc. De plus, la digestibilité de ces espèces se maintient au cours de l’été et de l’automne, au contraire des espèces herbacées dont la valeur nutritive diminue avec l’épiaison.

Par ailleurs, les arbres présentent des teneurs en tanins intéressantes pour lutter contre le parasitisme et prévenir la météorisation. Certaines espèces d’arbres sont aussi très riches en minéraux : une majorité d’arbres a une teneur en calcium supérieure à celle des graminées, le figuier et le sureau par exemple ont une forte teneur en magnésium, et certaines essences sont particulièrement riches en microéléments (cuivre, fer, manganèse, zinc). Ainsi, en combinant les essences présentes dans et en bordure des pâtures, il serait possible de compenser de potentiels déficits minéraux d’une ration.

Au-delà de l’intérêt fourrager des arbres, ils permettent de réduire le stress thermique des animaux. En effet, la température peut être inférieure de 3 à 6°C à l’ombre par rapport au soleil aux heures les plus chaudes. Or pour rappel, une vache a une température idéale entre 5 et 15°C, et au-delà de 20°C, elle souffre de stress thermique. Dans une prairie agroforestière, les pertes de production en cas de vague de forte chaleur sont ainsi limitées grâce à un stress moindre et une activité de pâturage prolongée : des génisses profitant d’ombre ont ainsi un GMQ plus élevé que leurs homologues dans une prairie sans ombre.

Chez vous aussi, il est encore temps de planter des arbres dans et autour de vos parcelles, en choisissant des espèces cohérentes avec vos objectifs et votre territoire. Et pour commencer, rien de plus simple que prélever un arbrisseau dans la forêt pour le replanter chez vous, ou même de laisser la nature revenir d’elle-même entre deux clôtures : ces arbres seront adaptés au contexte local et résistants aux aléas climatiques.

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