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Jocelyn Amiot, vétérinaire rural (71)Dans quels cas utiliser un anti-douleur chez les bovins ?

Dans quels cas prendre en charge la douleur d'une vache ou d'un veau ? Jocelyn Amiot, vétérinaire, s'exprime à ce sujet.
Dans quels cas prendre en charge la douleur d'une vache ou d'un veau ? Jocelyn Amiot, vétérinaire, s'exprime à ce sujet. (©CC)

Jocelyn Amiot, vétérinaire, utilise régulièrement des anti-inflammatoires pour gérer la douleur des bovins. Pour autant, il réfléchit à les injecter de la manière la plus pertinente selon les situations.

Pneumonie, écornage, syndrome toxique, mammite colibacillaire, diarrhée toxinique, etc. La liste est longue des pathologies pour lesquelles les anti-inflammatoires peuvent améliorer la santé de l’animal. Jocelyn Amiot, vétérinaire rural en Saône-et-Loire, n’hésite pas à en prescrire. « Les éleveurs ont encore dans la tête que la vache est un animal qui ne souffre pas, ou peu ! Par contre, pour les petits veaux, ils sont plus réceptifs et auront plus tendance à spontanément gérer la douleur », observe-t-il.

En cas de césarienne, pas de doute quant à l’amélioration du bien-être de la vache en utilisant des anti-inflammatoires, notamment à action longue durée. « Nous avons remarqué, en utilisant des podomètres, que les déplacements volontaires de la vache sont plus fréquents. De plus, cette dernière se couche plus volontiers le lendemain de l’intervention. C’est très bon signe ! », souligne Jocelyn Amiot. Il s’impose donc pour une césarienne le recours à un anti-inflammatoire, quitte à piquer sans que l’éleveur ne soit au courant. Il assume. « La plupart des éleveurs de ma clientèle sont d’accord avec ce principe, c’est bien qu’ils en ont constaté l’intérêt, quand bien même cela leur coûte », continue Jocelyn Amiot.

Jocelyn Amiot, vétérinaire rural en Saône-et-Loire
Pour le vétérinaire Jocelyn Amiot, en cas de césarienne le recours aux anti-inflammatoires est obligatoire pour le bien-être de l'animal. (©Terre-net Média)

Laparotomie, pneumonie, mammite…

Sur les pathologies respiratoires, comme les pneumonies, l’anti-inflammatoire va faire baisser la fièvre. Le vétérinaire alerte cependant sur la différence entre une pneumonie d’origine bactérienne ou virale. Dans le cas d’infection bactérienne, l’action reste plus limitée. « Pour les mammites, qu’ils soient éleveurs laitiers ou allaitants, ils n’hésitent pas à soulager la douleur. Peut-être que cela ne se voit pas dans toutes les régions... », admet-il.

Attention en post-opératoire : l'animal doit rester tranquille.

En post-opératoire, il soulage la douleur, là encore, avec des anti-inflammatoires. Mais il reconnaît qu’il faut bien prendre en compte leurs effets : « Dans certaines situations, leur utilisation peut ralentir la migration de certaines cellules bénéfiques dans le processus de guérison. De plus, en post-chirurgie, l’animal ne doit pas faire trop l’idiot durant quelques temps. Aussi, autant que la douleur persiste un peu pour qu’il reste plus tranquille », explique Jocelyn Amiot.

Gérer la douleur, un impératif de l’écornage

Concernant les douleurs des veaux à la suite d’une naissance difficile, il reste plus mitigé. « J’en utilise assez rarement », même s’il reconnaît en injecter pour une fracture par exemple. « On ne fait pas une piqûre d’anti-inflammatoires pour se donner bonne conscience ! Dans certaines situations, cela n’est pas approprié. La cortisone pourra être plus adaptée », relève Jocelyn Amiot.

En revanche, dès qu’il effectue une laparotomie, chez la vache ou le veau, il en injecte. Côté écornage, Jocelyn est plus perplexe quant à la bonne prise en charge de la douleur par les éleveurs de sa zone. Ils utilisent souvent uniquement un anti-inflammatoire lors de l’ébourgeonnage des veaux alors qu’une analgésie multimodale serait plus pertinente. Elle est d’ailleurs recommandée par les instituts techniques. « Il faudrait toujours anesthésier le nerf cornual », souligne Jocelyn Amiot qui reconnaît qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire pour arriver à une prise de conscience de la douleur de l’animal dans le cadre de cette pratique.

L'avis de Jérome Lhoste, éleveur de 100 mères charolaises en Saône-et-Loire

« Je fais beaucoup de prévention de la douleur et je n’hésite pas à utiliser des anti-inflammatoires. J’ai une facture vétérinaire salée mais je sais pourquoi et je l’assume. Je n’aime pas voir mes animaux souffrir. Deux années de suite, j’ai eu une épidémie de pasteurellose. J’ai systématiquement piqué mes veaux avec un antibiotique et un anti-inflammatoire. J’utilise aussi ce dernier pour les diarrhées des veaux, toujours dans le but d’améliorer l’action de l’antibiotique. Je leur en donne également lors des infections du nombril. »

« En même temps, il faut rester vigilant, car cela diminue fortement l’inflammation mais la bactérie peut continuer à se développer dans le ventre sans que cela ne se voit. Dès qu’une vache boite, je la pique aussi. Pour l’ébourgeonnage, j’utilise seulement l’anti-inflammatoire. Je ne vois pas forcément beaucoup de différence avec ou sans mais je préfère prévenir. »

Jérome Lhoste est éleveur de Charolaises en Saône-et-Loire
Jérome Lhoste préfère jouer la prévention au sein de son troupeau en administrant des anti-inflammatoires s'il en ressent le besoin. (©Terre-net Média)

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