Menu

P. Thoméré, éleveur (44)« J’ai choisi la monte naturelle pour alléger ma charge de travail »

« Quand on travaille avec un taureau, il faut des animaux dociles, souligne Philippe Thoméré. En cas de comportement agressif, je ne garde pas le taureau. » (©Terre-net Média)
« Quand on travaille avec un taureau, il faut des animaux dociles, souligne Philippe Thoméré. En cas de comportement agressif, je ne garde pas le taureau. » (©Terre-net Média)

Après plusieurs années à recourir à l’IA, Philippe Thoméré, éleveur laitier en Loire Atlantique, a délégué cette mission à des taureaux pour simplifier son organisation.

D’après l'union de coopératives en élevage Allice, 25 % des veaux nés en élevage laitier sont issus de monte naturelle. Pour faciliter le repérage des chaleurs sur les génisses, pour gérer les repasses après des IA infructueuses, pour faire un croisement viande ou, comme 9 % des éleveurs laitiers qui font de la monte naturelle exclusive (chiffre 2018/2019 Idele), les taureaux ont leur place dans les élevages laitiers. Philippe Thoméré, éleveur Plessé en Loire Atlantique (44) en témoigne :

Des vêlages difficiles à prévoir

« Quand en 2018, notre Gaec est passé de trois à deux personnes, je n’avais plus assez de temps à consacrer à la reproduction. Repérer les chaleurs, bloquer les vaches pour le passage de l’inséminateur, les relâcher après, mine de rien ça prend du temps... » Avec son épouse Lydie, il conduit un troupeau de 65 VL (Holstein, Montbéliardes et croisées Jersiaises) sur 114 hectares. L’exploitation est en bio depuis 2010. Quand les éleveurs décident d’arrêter les IA, c’est un premier taureau Montbéliard, né sur l’exploitation, qui prend la relève. Puis un autre sera acheté chez des voisins. « C’était un nocturne, plaisante Philippe Thoméré. Je ne l’ai jamais vu saillir. On lui avait mis un collier marqueur qu’il a abimé sur les cornadis. On s’est retrouvé avec des vaches prêtes à vêler qui n’avaient pas été taries. Mais ce taureau était très docile, je le guidais à la voix. »

Ces deux premiers taureaux étaient laissés dans la stabulation, avec les vaches. « C’était simple en termes de travail mais pas forcément sécurisant, ni pratique pour prévoir les dates de vêlage », reconnait l’éleveur. Avec l’expérience et l’arrivée d’un troisième taureau, moins docile, les éleveurs décident que la reproduction se fera en case, en monte dirigée. Dans un bout de la stabulation, le taureau dispose d’une vaste case paillée où les vaches en chaleur lui sont amenées. « C’est la chambre nuptiale », plaisante Philippe Thoméré. L’éleveur cale les périodes de reproduction pour éviter les vêlages sur décembre, janvier et février « car il y a plus de souci de diarrhées sur les veaux à cette période. Je ne suis pas trop regardant sur l’IVV », reconnait-il.

Trois taureaux sont présents sur l’exploitation, un croisé Holstein/Montbéliard pour les génisses, un Holstein pour les vaches et un Charolais, pour les vaches dont l'éleveur ne souhaite pas garder les veaux.

Un choix facilement réversible

Avec 40 hectares de pâture accessibles, les vaches de Lydie et Philippe passent beaucoup de temps dehors. « En termes de bien-être, ce n’est pas terrible de laisser une vache bloquée, toute seule, en attendant le passage de l’inséminateur », souligne Philippe Thoméré.

Avant d'introduire un taureau dans le troupeau, on fait une prise de sang.
Que la reproduction se fasse en monte naturelle ne pose aucun souci pour établir les filiations car les taureaux sont déclarés à l’EDE. L’éleveur change de taureaux tous les deux ans et demi. « Mais si un taureau se retournait contre moi, je ne le garderais pas », prévient-il. L’introduction d’animaux ne pose pas de souci sanitaire car « on fait une prise de sang pour vérifier son statut avant qu’il entre en contact avec le troupeau. »

Au niveau génétique, le recours à la monte naturelle ralentit le progrès et ne permet pas d’accouplement sur mesure à la vache. « Je ne recherche pas des vaches à 10 000, mais plutôt de la rusticité et des vaches à 6 000 litres. Donc je ne cours pas après la génétique. »

Mais là où le gain est indéniable, c’est sur le temps de travail. Plus de chaleurs à surveiller, de vaches à bloquer, à relâcher. « Nous sommes proches de la retraite, on a besoin de lever le pied », souligne Philippe Thoméré, qui apprécie aussi les économies sur les frais d’insémination. Travailler en monte naturelle est aussi une pratique simple à modifier. « Le jeune qui est intéressé pour reprendre notre élevage pense continuer en saillie naturelle. Après il verra mais en un coup de fil, l’inséminateur peut revenir »

Réagir à cet article

Sur le même sujet