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GénétiqueEn Prim'holstein : élargir la gamme des taureaux sans cornes

Payet P est l'un des taureaux sans cornes proposé au catalogue Évolution. (©Terre-net Média/Évolution XY)
Payet P est l'un des taureaux sans cornes proposé au catalogue Évolution. (©Terre-net Média/Évolution XY)

Puisque la quasi-totalité des éleveurs laitiers écornent leurs animaux et que le gène « sans cornes » est présent dans la population Holstein, pourquoi ne pas choisir que des reproducteurs le portant ? Sélectionner ce gène sans pénaliser d’autres critères importants a pris du temps, mais aujourd’hui, l’offre de taureaux sans cornes et d’un bon niveau génétique s’élargit.

Est-ce qu’un jour tous les veaux Holstein naîtront sans cornes ? Cela éviterait une tâche fastidieuse à l’éleveur et un écornage douloureux à l’animal, tout en assurant leur sécurité respective et en répondant à une demande sociétale sur le bien-être animal.

« Quand un individu naît sans cornes ou avec des cornes malformées alors que ses parents sont cornus, c’est qu’une mutation génétique s’est produite. Le plus souvent, ces mutations spontanées perturbent le fonctionnement d’autres organes et elles sont contre-sélectionnées naturellement. Mais, dans certaines populations bovines, par exemple en Islande ou en Scandinavie, on élève des animaux sans cornes et bien portants depuis plus de 1 000 ans, retrace Aurélien Capitan, de l’Inrae. On recense quatre allèles ou variants génétiques, expliquant cette absence de cornes. En Holstein, il s’agit de l’allèle dit Frison. On peut fixer ce caractère par introgression, en utilisant des individus porteurs comme reproducteurs. »

C’est ce que font progressivement les organismes de sélection. « À la demande des éleveurs, cela fait quelques années que nous avons intégré ce critère dans nos caractères de sélection », explique Kevin Tual, responsable produit lait spécialisé chez Évolution. Sur les douze derniers mois, les éleveurs ont choisi des taureaux porteurs, homozygotes ou hétérozygotes, du gène sans cornes pour 20 % de leurs IA en Holstein.

Accélération grâce à la génomique

En revanche, la sélection d’un taureau ne peut se faire sur ce seul critère. « Le gène sans cornes vient en plus, c’est la cerise sur le gâteau, sourit Kevin Tual. Mais il faut d’abord que le gâteau soit bon, c’est-à-dire que le taureau corresponde à vos objectifs et améliore vos vaches. »

Il a donc fallu du temps pour travailler des souches, combinant le caractère sans corne et un bon niveau génétique. Car, si on avait voulu trop accélérer sur ce critère, cela aurait été au détriment du progrès génétique. « Si on voulait arriver rapidement à toute la population sans cornes, on perdrait de 10 à 20 ans de progrès génétique, prévient Aurélien Capitan. Mieux vaut y aller doucement mais c’est atteignable. »

Le développement de la génomique permet d’accélérer le processus en détectant les individus intéressants et porteurs de ce gène dès la naissance. Les premiers taureaux français sont arrivés il y a une quinzaine d’années et l’offre s’étoffe nettement depuis trois ans. « Pour notre schéma de sélection, nous achetons 40 % de veaux mâles sans cornes », souligne Kevin Tual.

Parmi les 70 nouveaux taureaux proposés par Évolution, 12 sont porteurs, hétérozygotes ou homozygotes, du gène sans cornes. Ils sont à 186 points d’ISU, pour une moyenne de 190 points pour les autres taureaux. « Les hétérozygotes ont un meilleur ISU mais en les utilisant, on a une probabilité sur deux d’avoir un produit sans cornes, car le gène est dominant. Avec les homozygotes, tous les produits sont sans cornes mais le niveau génétique est encore un peu en deçà. Les prochaines générations auront un niveau génétique équivalent à l’ensemble des taureaux », prévoit Kevin Tual.

Attention à garder de la variabilité

Malgré tout l’intérêt de faire naître des veaux sans cornes, il est nécessaire de préserver la variabilité génétique en ne diffusant pas trop largement un nombre restreint de souches. « Une consanguinité trop importante n’est jamais bonne dans une population, avertit Kevin Tual. Au contraire, il ne faut pas trop uniformiser les profils génétiques, pour ne pas risquer de perdre un caractère dont on pourrait avoir besoin à l’avenir. »

Ce que confirme Aurélien Capitan. « On sait que les variants sans cornes n’ont pas d’effet sur les principaux caractères de production. Mais, à ce jour, nous ne les avons pas tous étudiés, comme par exemple la longévité, la sensibilité aux maladies. »

Du côté des autres races

Toutes les races, laitières comme allaitantes, s’intéressent à ce gène sans cornes. Arriver à trouver et diffuser des reproducteurs est plus ou moins long, selon la présence naturelle ou non d’individus sans cornes dans le noyau de sélection.

En Pie rouge, 50 % des taureaux proposés par Évolution sont sans cornes. La coopérative affiche l’objectif d’arriver à 100 % dans 5 ans. Par contre, pour d’autres races, comme la Normande ou la Montbéliarde, la ligne d’arrivée est plus lointaine.

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