En 2021, le prix des viandes dans le monde a augmenté de 17 % selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Pourquoi une telle tension ?
Jean-Paul Simier : On a un marché international qui n'est plus en surplus d'offre, comme cela a été le cas pendant des années, mais qui fait face à un "choc de demande" : la production de viande continue d'augmenter, mais pas assez vite.
La Chine a un appétit féroce de matières premières, de viandes et de céréales. Elle possède 10 % des terres cultivables, qui servent notamment à l'alimentation animale, alors qu'elle consomme 25 % de la viande à l'échelle mondiale, dont de plus en plus de bœuf.
Et on mange de plus en plus de viande : la consommation mondiale devrait augmenter de 40 % d'ici 2050, pour des raisons démographiques notamment. Or il n'y a pas assez de production pour approvisionner les pays émergents, notamment l'Asie ou l'Afrique, où consommation de viande va de pair avec élévation du niveau de vie.
La grippe aviaire de plus, qui affecte la production de volailles, s'est répandue en Europe, en Asie, en Amérique du Nord. Elle renforce encore l'augmentation des prix du poulet, qui ont déjà été multipliés par deux en deux ans aux États-Unis.
Comment la guerre en Ukraine pèse-t-elle sur l'alimentation animale ?
Jean-Paul Simier : L'Ukraine, c'est 15 % de la production mondiale de maïs, qui sert à nourrir les cochons. En Espagne, premier producteur de porcs en Europe, 40 % du maïs consommé vient d'Ukraine. Or dès le début du mois d'avril, on a dû commencer à y abattre des porcelets, qu'il n'était plus possible de nourrir.
Le soja, l'un des grands gagnants de cette crise.
C'est aussi la moitié du commerce mondial de graines et d'huile de tournesol, qui permettent de fabriquer les tourteaux de tournesol pour nourrir les animaux. Ceux que produisent l'Ukraine sont très riches en protéines, et constituent de vrais substituts aux tourteaux de soja OGM venus du Brésil, qui participent à la déforestation.
Le soja sera un des grands gagnants de cette crise : on va devoir se retourner vers lui. Mais il faut être réaliste dans un monde de rareté. 60 % des coûts de production de la viande sont liés à l'alimentation animale. Si ces coûts augmentent de 50 %, le prix de la viande grimpe de 30 %.
Va-t-on manquer d'œufs ou de poulets en Europe ?
Jean-Paul Simier : L'Ukraine est le premier fournisseur sur le marché européen d'œufs et d'ovoproduits (sous forme liquide ou en poudre, vendus aux restaurateurs et industriels, NDLR). Depuis 2014, elle avait commencé à construire une véritable industrie de la volaille, avec des élevages de poulets faisant 50 fois la taille de ceux en France. Et avec la guerre, on se retrouve sans œufs du jour au lendemain.
L'Ukraine, 1er fournisseur d'œufs en Europe.
Pour faciliter les choses, l'Europe, qui a été frappée par l'épizootie de grippe aviaire, a bien tenté de lever les droits de douane sur les exportations ukrainiennes. C'est sans compter sur les Russes qui bombardent les infrastructures de stockage de grains et les élevages en Ukraine.
On ne court pas à la pénurie pour autant : on n'a jamais manqué, et on va continuer à acheter. Mais on va payer plus cher, et les prix de l'œuf et de la volaille vont encore monter (après une augmentation de 16 % en 2021, NDLR). D'ici là, on peut s'attendre à des tensions durables sur les viandes et les produits laitiers.
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