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Accès au pâturageM. Calais, éleveur (50) : « Les chemins : un investissement sur du long terme »

Pour améliorer son système de pâturage, Maxence Calais s'est penché sur le renforcement du chemin d'accès avec la mise en place de copeaux de bois. Après trois ans d'utilisation, l'éleveur n'est pas pleinement satisfait. Il vient donc de valider un devis de 18 000 € pour la réfection du parcours, en béton cette fois. Un gros investissement mais indispensable dans son cas.

En 2016, Maxence Calais est sur le point de s’installer sur une exploitation à Marchésieux dans la Manche (50). Il suit une formation sur la gestion du pâturage avec Pâturesens. Son projet et sa vision du métier sont ainsi confirmés. Sa stratégie est claire : retrouver de l’autonomie, réduire les frais vétérinaires puis le coût alimentaire (de 60 000 €/an chez son cédant) et avoir du temps pour sa vie familiale et sociale. En ses termes : « faire de l'argent avec du lait et pas de l'argent pour le lait, mais aussi ne pas subir le quotidien. »

L’année de son installation en 2017, il décide alors de revoir l’organisation de l’exploitation pour passer d’un système classique maïs/soja qu’il estime coûteux, énergivore et peu résilient, à un système où la gestion des prairies par un pâturage de précision est au centre de sa stratégie.

Mise en place de la clôture et des chemins

Une fois sa gestion du pâturage planifiée sur le papier, il commence par organiser la subdivision des parcelles avec la mise en place de tout le système de clôtures (fixes, clôtures de subdivision, abreuvement…), outil indispensable pour optimiser son pâturage et réduire la pénibilité au travail.

Se pose ensuite la question des chemins d'accès, 2e levier d’optimisation des résultats technico-économiques et d’efficacité. Pourtant, beaucoup d’éleveurs se découragent vite en pâturage avec des chemins pas adaptés (cailloux, boues, pas assez larges ou trop larges…). Des chemins mal pensés peuvent vite pénaliser la production sans oublier le bien-être animal et rendre le travail de l’éleveur inconfortable (marcher dans la boue, temps de lavage en salle de traite…).

40 cm d'épaisseur de copeaux de bois sur 2 m de large et 700 m de longueur de chemin, pour un coût de 11 €/m linéaire.

Maxence n’ayant pas de modèle auquel se référer dans son secteur à l'époque, il décide d’être prudent concernant l’investissement. Il s'appuie sur des chemins déjà praticables et prévoit en plus de renforcer 700 mètres de chemins de terre en direction de la salle de traite avec des copeaux en bois.

« J’ai pensé au béton dès le début bien sûr mais j’ai joué la prudence. J’avais besoin de tester le système car en 2017, j’étais seul dans le secteur à faire du pâturage tournant dynamique poussé au bout comme ça. J’ai d’abord utilisé ce que j’avais sous la main, les copeaux de bois, peu coûteux et provisoire. » En effet, Maxence produit sur l’exploitation du bois de chauffage pour les chaudières à copeaux.

Chemin d'accès au pâturage en copeaux de bois
Un chemin d'accès au pâturage en copeaux de bois sur 2 m de large avec 40 cm d'épaisseur. (©Pâturesens)

Il utilise les copeaux de bois pour faire des chemins de 2 m de large avec 40 cm d’épaisseur. L’investissement est de 11 €/m linéaire tout compris. « J’ai fait seulement 2 mètres alors que beaucoup préconisent 4 mètres mais je suis cohérent avec mon système. Seules les vaches marchent sur le chemin, au pire le quad, mais pas d’engins agricoles car les prairies des vaches sont réservées exclusivement au pâturage. Pas de fauche, si j’ai du surplus au printemps, je fais du stock sur pied. »

Le chemin est fait pour les vaches, pas pour rouler dessus en tracteur.

« Dans mon système, tout est pensé. J’ai des prairies réservées à la fauche pour les stocks. Il suffit aussi de réfléchir à son organisation pour faire des passages pour les engins sans qu’ils passent par les chemins autant que possible. Moi je pars du principe qu’un chemin est fait pour les vaches et faire des chemins en pensant aux engins c’est une approche incohérente dans mon système. »

Et la stratégie est payante puisqu'en passant des chemins en terre à des chemins en copeaux, Maxence gagne 2 à 3 litres par jour et du confort pour tout le monde.

« Si c'était à refaire, je ferai du béton dès le début »

Cependant au bout d’une année, les ennuis commencent. Bien que les engins agricoles ne roulent pas sur les copeaux, les chemins se tassent et se dégradent. Tous les un an et demi, il faudrait en remettre.

Les vaches commencent à être mal à l’aise, la circulation du troupeau manque de fluidité. La cascade de conséquences ne se fait pas attendre : boiteries, perte de temps, agacement et inconfort du trayeur, ce qui entraîne une baisse de la production et des frais vétérinaires.

Le système de pâturage fonctionne. Il faut aller au bout et investir dans de bons chemins.
« J’ai un système qui demande de la rigueur technique mais qui m’apporte une grande satisfaction personnelle et économique, il est dommage de ne pas aller au bout de la logique et de ne pas me donner les moyens d’avoir des chemins adaptés à mes objectifs », déplore l'éleveur.

Début 2020, il saute donc le pas et décide d’investir dans des chemins en béton. Il vient de valider un devis de 18 000 € tout compris pour réaliser 700 m de chemin de 2 m de large à 8 cm d’épaisseur, amortissables sur 20 ou 30 ans. Les travaux sont prévus pour fin 2020. « Si c’était à refaire, je le ferai dès le début. Pour ceux qui se lancent aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est un peu plus facile, il y a plus de références quant au potentiel d’un système pâturant comme le mien et on comprend rapidement que l’investissement est vite rentabilisé. »

Chemin d'accès au pâturage
Bien qu'il soit coûteux, un chemin d'accès au pâturage en dur permet d'allonger la période de pâturage tout en préservant la santé des pattes du troupeau. (©Pâturesens)

Pour l'éleveur, « c’est un investissement sur du long terme. Je pense à mon présent, à mes résultats économiques et au confort de tout le monde sur la ferme mais je pense aussi long terme, à la reprise de mes enfants ou d’un repreneur extérieur, pour transmettre un outil rentable et agréable à vivre. »

En plus de cette double vision court terme et long terme, Maxence insiste sur son intention de faire un système cohérent à tous les niveaux : organisation du pâturage, choix du croisement Jersiais, conduite du troupeau. Ainsi, les aménagements matériels (clôture, abreuvement, chemins) sont mis en place pour maintenir cette cohérence. Rien n’est laissé au hasard.

18 000 € pour réaliser 700 m de chemin de 2 m de large à 8 cm d’épaisseur en béton.

« Si je mise tout mon système sur la gestion de mes prairies en pâturage, alors il faut que le reste suive. Si dans ma vision, c’est aux vaches d’aller chercher de l’herbe, alors je dois leur fournir un outil performant. Les chemins ne sont pas anecdotiques. Ils sont une des clefs dans ma réussite. Ils méritent qu’on investisse sachant que le retour sur investissement n’est pas à discuter si l’on est cohérent avec son système. »

Un investissement pour du confort et de la performance.
Le seul petit bémol que Maxence soulève au vue de sa sensibilité environnementale, est le caractère plus polluant du béton. Mais ça reste aujourd’hui le meilleur compromis, selon lui. Il y trouve une cohérence dans le fait qu'il s'agit d'un « investissement sur une trentaine d’années et un confort pour tout le monde. Peut-être que d’ici 40 ans de nouveaux matériaux existeront. En attendant, je mise tout sur le confort et la performance. »

Le point de vue de Guillaume, consultant Pâturesens

Selon Guillaume Baloche, consultant Pâturesens, « les chemins sont la colonne vertébrale de l'outil de pâturage. L'investissement est rentabilisé en deux à trois ans, d'où l'importance à accorder à leur conception. » Pour lui, créer un parcellaire, c'est concevoir un outil qui permet :

- d’aiguiller les vaches au quotidien : ouvrir un paddock, disposer des poignées sur le chemin, sortir des vaches du paddock pour la traite ;

- faire passer le maximum de temps aux animaux au pâturage à l’année (10 à 12 mois) et par jour (jusqu’à 22 h en dehors de la traite) ;

- conserver les animaux en bonne santé et notamment au niveau du pied.

« Selon les ressources disponibles, il est possible d’envisager les matériaux suivants : schiste friable, copeaux de bois, béton, calcaire, traitement à la chaux, etc. Dans tous les cas, l’objectif est d’obtenir un chemin qui s’égoutte vite, qui favorise la vitesse de marche des vaches et qui maintient le pied au sec. Il doit donc être surélevé par rapport aux paddocks, en pente douce (moins de 5 %) et très bien cylindré (minimum 20 tonnes de poids). »

Chemin d'accès au pâturage
L'investissement dans un bon chemin d'accès au pâturage peut être rentabilisé en deux à trois ans. (©Pâturesens)

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