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TraiteLes points clés pour une bonne hygiène de traite

 Un pré-moussage et essuyage papier revient à 1 300 €/an pour 100 vaches. Avec des lavettes, on est à 350 € plus le coût du lavage. (©Terre-net Média)
 Un pré-moussage et essuyage papier revient à 1 300 €/an pour 100 vaches. Avec des lavettes, on est à 350 € plus le coût du lavage. (©Terre-net Média)

Parce qu’on y passe du temps, que le coût des produits augmente, que cette répétition de gestes devient pesante, voire peut provoquer des troubles musculo-squelettiques, on pourrait être tenté de lever le pied sur l’hygiène pré et post-traite. Alors, vraie ou fausse bonne idée ?

L’hygiène autour de la traite est déterminante pour la santé de la mamelle et la prévention des mammites. D’après une étude de la chambre d’agriculture de Bretagne, une hygiène rigoureuse en pré et post-traite divise par 10 la contamination.

« Dans les élevages avec de bons niveaux de concentration cellulaire, on a toujours une addition de gestes d’hygiène avec du pré et post-trempages, la vérification des premiers jets à chaque traite, la coupe des poils de queue, la tonte de la mamelle. Ainsi, les éleveurs mettent toutes les chances de leur côté d’avoir des mamelles propres », constate Caroline Oulhen, vétérinaire chez Eilyps Group.

Avant traite, nettoyer et sécher

Avant la traite, il faut nettoyer et essuyer les trayons pour éliminer les souillures et limiter les risques de contamination. « Il faut brancher des trayons propres et secs », rappelle Philippe Roussel, responsable de projets en santé animale à l’Institut de l’élevage.

Pour ce faire, plusieurs techniques sont utilisables :

  • lavettes individuelles. « Utiliser une lavette par vache est efficace, partage Caroline Oulhen. Il faut prévoir deux seaux, un avec les lavettes propres, l’autre avec de l’eau chaude et du désinfectant pour les sales. Après chaque traite, les lavettes doivent être passées à la machine à température chaude. Attention, la micro-fibre nettoie bien mais ne se lave pas à 90°C, comme il faut le faire au moins une fois par semaine ». Pour gérer les mamelles très sales, il faut prévoir 10 % de lavettes de plus que l’effectif à la traite.
  • pré-trempage ou pré-moussage, à laisser agir pendant 30 secondes, avant un essuyage avec du papier. Ces produits ont une action désinfectante. Le pré-moussage demande moins de produit, il est donc plus facile de sécher les trayons. « Pour un bon séchage, il faut un papier de qualité, prévient Caroline Oulhen. Le papier est intéressant pour son usage unique mais peut revenir cher, car les prix ont beaucoup augmenté ».
  • lingettes pré-imprégnées de désinfectant, à usage unique. « Ça revient cher. Le désinfectant peut être trop agressif pour des trayons gercés mais a l’avantage de sécher rapidement », prévient Caroline Oulhen.
  • brosse mécanique pour éliminer les saletés à sec.
  • nettoyage à sec avec de la laine de bois. « C’est une alternative possible dans un contexte très sain, où un nettoyage grossier suffit, souligne Caroline Oulhen. La laine de bois a un effet massant intéressant pour favoriser l’éjection du lait ». Elle a aussi un effet sur la qualité de la peau.

En complément de ce nettoyage, l’observation des premiers jets aidera à la détection des mammites cliniques. En cours de traite, la désinfection des manchons entre les vaches est un moyen de prévention efficace. Elle peut être faite avec un produit antiseptique ou de la vapeur haute température, dans le cas des robots. En situation cellulaire maîtrisée, la désinfection des manchons n’est nécessaire qu’après des vaches à cellules ou ayant une mammite clinique.

Après traite, protéger

À la fin de la traite, il faut éviter que des germes ne restent sur la peau par une désinfection (iode, acide organique). L’application peut se faire par trempage ou pulvérisation. La pulvérisation est plus rapide mais la répartition du produit sur le trayon est souvent moins bonne.

Pour prévenir la contamination par des germes d’environnement, il est recommandé d’appliquer un filmogène dont l’effet barrière protégera le sphincter.

Les trayons sont sollicités par la traite. Pour préserver leur peau, on peut appliquer un produit à l’effet apaisant. En période à risque de gerçures, il faudra opter pour un produit surgras. « Il faut choisir son produit post-traite selon la qualité de peau et les problèmes rencontrés, conseille Caroline Oulhen. En été, un produit anti-mouche, en hiver, plutôt un produit cosmétique pour protéger la peau gercée.

Se fixer des repères pour alléger ou renforcer ses pratiques d’hygiène

Une des motivations à réduire ses pratiques pré et/ou post-traite est de gagner du temps.  « À la ferme expérimentale de Derval, avant la mise en place du robot, le temps passé à l’hygiène a été décortiqué, rapporte Caroline Oulhen. En moyenne par vache, on passe 20 à 30 secondes pour l’hygiène pré-traite, 10 secondes pour les premiers jets, 15 secondes pour la désinfection des manchons et 4 secondes pour le post-trempage. Ce qui fait environ une minute par vache. À cela s’ajoute le temps de déplacement ». Ce qui est à la fois peu et beaucoup… En s’organisant pour avoir tout à portée de main, en trouvant des alternatives pour réduire la pénibilité de certains gestes, on peut déjà gagner du temps. Travailler sur la propreté des animaux fait aussi gagner du temps en salle de traite.

En termes de coût, Caroline Oulhen partage des estimations de 2019 : « un pré-moussage et essuyage papier revient à 1 300 €/an pour 100 vaches. Avec des lavettes, on est à 350 € plus le coût du lavage ». Un budget pas si important face aux enjeux économiques de la qualité du lait.

Loin d’être immuable, le protocole d’hygiène de traite peut et doit s’adapter au troupeau. « On peut changer d’organisation selon les saisons, conseille Philippe Roussel. Si les vaches sont dehors et propres, on peut se passer de pré-trempage/pré-moussage. Si la situation sanitaire est saine, sans risque d’infection et que l’on n’a pas de mammite d’environnement, on peut se passer d’intervention post-traite ».

Pour adapter ses pratiques, il est nécessaire d’avoir des éléments d’alerte, des critères objectifs : taux cellulaire, conditions météo, organisation (vaches qui sont en bâtiment/ qui sortent), et bien connaître les facteurs de risque de son troupeau. Des mammites majoritairement d’origine environnementale demandent de garder une protection post-traite. Pour lutter contre les germes à réservoir mammaire, c’est en pré-traite qu’il faudra agir avec du pré-moussage. « Pour simplifier les pratiques sans prendre trop de risques, il faut raisonner selon un arbre décisionnel, encourage Caroline Oulhen. On peut avoir 2-3 protocoles selon la situation sanitaire ou la saison. »

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