Se battre ou admettre la réalité du libéralisme ? Le choix n'existe pas. Pour la profession, pour ses acteurs, pour les consommateurs ou encore pour les campagnes de notre pays, une seule route existe, celle qui redonne une dignité à notre métier de producteur de lait.
Le Canada, juste un réservoir d'idées, pas un modèle à copier intégralement
On ne peut pas laisser dire que les Aplistes rêvent, qu'ils font miroiter une solution canadienne. Non, nous sommes simplement à la recherche de solutions. La voie canadienne n'en a jamais été une dans sa globalité, mais plutôt un réservoir d'idées, le seul mis de côté par le groupe d'experts européens. Pourtant, c'est à ce jour l'unique pays au monde où l'éleveur laitier vit pleinement de sa production, sans subventions ni autre argent du contribuable. Où le consommateur est sûr de ce qu'il mange à des prix équivalents à ceux du consommateur européen. Et où l'industriel fait des bénéfices sans assassiner les éleveurs. C'est aussi le seul pays à avoir des stocks pour faire de l'aide humanitaire. À ce jour, l'Europe en est incapable avec 150 g de beurre et 5 l de lait (ou équivalent) par habitant, une misère qui ne doit pas rassurer.
Alors, que nous reste-t-il ?
Certainement pas à baisser les bras ni changer de cap, encore moins lâcher la bride des volumes. Ces solutions ne peuvent naître que dans l'esprit de personnes embourgeoisées ou nanties, non-concernées par des fins de mois difficiles, ni par une faillite de leur entreprise ainsi que tous les désordres qui l'accompagnent (physiques, psychologiques et familiaux), quand l'irréparable n'arrive pas.
Des choses ont bougé, évolué, et il faudra encore du temps et de l'énergie pour que des outils, comme l'Office du lait, le travail de lobbying et le contact avec nos alliés européens donnent leurs premiers fruits. Mais cette initiative à l'échelle de l'Union européenne est la seule d'envergure à pouvoir bouger quarante ans d'un syndicalisme fratricide, et une politique agricole commune tournée vers un libéralisme qui conduit à une guerre industrielle européenne destructrice, décimant la population des éleveurs, n'assurant plus la souveraineté alimentaire, garante de notre capital santé, entraînant la disparition de la ruralité et de ses emplois. Et plus généralement des régions appauvries, d'autres rencontrant des problèmes environnementaux récurrents.
Pour laisser le débat ouvert, je laisse la conclusion à un arbitre d'un autre temps : « On a trouvé, en bonne politique, le secret de faire mourir de faim ceux qui, en cultivant la terre, font vivre les autres. » Voltaire… Spectateur ou visionnaire ?
PASCAL ROCHARD, ÉLEVEUR APLI 79
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