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Documentaire «L'installation», France 2« Avoir le coup de cœur pour un système, puis la volonté de le faire perdurer »

Derniers vêlages, dernière traite, dernière panne de tracteur durant les foins : l'année des dernières fois pour Jean-Yves et Élisabeth avant que Lauriane et Audrey prennent la relève ! (©France 2)
Derniers vêlages, dernière traite, dernière panne de tracteur durant les foins : l'année des dernières fois pour Jean-Yves et Élisabeth avant que Lauriane et Audrey prennent la relève ! (©France 2)

Du 23 février au 7 mars 2021, en l'absence du Sia pour cause de crise sanitaire, France Télévision propose plusieurs émissions sur l'agriculture. Parmi elles, le reportage « L'installation » d'Agnès Poirier, diffusé mardi 23 février à 23 h 30, raconte la transmission de la ferme laitière de Kervily en Bretagne à deux citadines. Auprès d'éleveurs, soucieux de leur transmettre leur savoir-faire, elles ont appris pendant plusieurs mois à connaître le troupeau et les prairies, base du système autonome et efficace que leurs cédants et elles-mêmes ont à cœur de voir perdurer.

« Le projet global, sa cohérence − tout semblait à sa place − le lieu, la manière de transmettre. Nous ne nous serions pas lancées si les cédants ne nous avaient pas soutenues à ce point », voilà ce qui a séduit Lauriane Achard et Audrey Lopez, deux citadines de la région parisienne ayant décidé de changer de vie.

On ne se voyait pas s'installer ailleurs qu'ici. 

Alors, au cours d'une visite à la ferme laitière de Kervily en centre Bretagne, lorsque les éleveurs qui les accueillent, Jean-Yves et Élisabeth Penn, leur demandent où elles en sont dans leur projet d'installation agricole, elles leur répondent du tac au tac : « On ne se voit pas s'installer ailleurs qu'ici ». 

En cherchant un stage, Audrey Lopez est arrivée par hasard à Kervily. « J'ai eu un vrai coup de cœur pour cette ferme où tout est pensé pour les animaux, explique-t-elle. Je me suis découvert une vraie passion pour les vaches laitières, comme si j'avais eu un déclic lors de ma première traite, alors qu'avant elles me faisaient un peu peur. J'ai su que c'était là que je devais être. » Après 30 ans sur l'exploitation, les agriculteurs ont envie que des jeunes reprennent le flambeau, aucun de leurs trois fils adoptifs, arrivés d'Haïti dans les années 90, ne le souhaitant.

J'ai eu comme un déclic lors de ma première traite. 

« Voir l'histoire parentale se poursuivre »

Jean-Bertrand, le plus passionné par la terre, est devenu ingénieur agronome et formateur en Guyane. Pour autant, il est attaché à la ferme de son enfance où il est revenu pour vivre la dernière saison de ses parents. Ces derniers l'ont toujours « poussé à aller voir ailleurs pour comprendre le reste du monde ». « Il n'y a jamais eu de pression pour rester sur la ferme, raconte-t-il. Plutôt que de m'installer directement après mes études, je voulais travailler à l'extérieur, découvrir d'autres systèmes, manières de penser et de faire. » Il a donc bien réagi à la proposition de reprise de Lauriane et Audrey. Tout comme Marc, le benjamin, content de voir l'histoire parentale se poursuivre même si une page se tourne.

Libre de ne pas faire comme tout le monde, sans famille à qui rendre des comptes, sans patrimoine transmis sur plusieurs générations. 

Il faut dire que Jean-Yves s'est lui aussi installé en hors cadre familial, même si son père était exploitant dans le Finistère, en 1988 sur une ferme de 50 ha et 40 vaches laitières. Alors que les élevages tout autour cherchaient à s'agrandir, il « remet vite tout en question, tâtonne, expérimente pour aller vers une alimentation 100 % herbe ». Son objectif : « être autonome. » « Dans un autre département, sans famille avec un droit de regard et à laquelle il faut rendre des comptes, sans patrimoine cédé sur plusieurs générations, j'étais libre, c'était plus facile de ne pas faire comme tout le monde », se souvient-il. 

Voir sur Facebook le teasing du reportage, à revoir en replay sur France 2.

« Le challenge : maîtriser la culture de l'herbe »

Progressivement, il augmente la surface en herbe, pour passer de moins en moins de temps à distribuer le maïs. Et pour avoir un troupeau en phase avec son système herbager, il réalise des croisements afin d'obtenir des vaches plus rustiques, produisant trois fois moins, mais un lait plus riche, mieux valorisé. Il groupe les vêlages sur un mois à la fin de l'hiver, passe à une seule traite par jour, puis ferme même la salle de traite trois mois durant la période hivernale. Il laisse ses animaux dehors toute l'année la journée, dans des prairies dont il cherche à améliorer la composition et où il replante des haies. Enfin, il se convertit à l'agriculture bio.

Tout ceci « limite les coûts » mais également le temps de travail, l'un des buts du producteur. Le système initial « était chronophage, on courait constamment, pour effectuer des tâches pas forcément très intéressantes, comme épandre du fumier ». Il s'agissait aussi de concilier son métier avec celui de sa femme, enseignante. Aujourd'hui, il est aux 28 h/semaine. Un chiffre que les repreneuses visent aussi, même s'il surprend leurs homologues en projet d'installation, surtout les enfants d'agriculteurs qui tablent plutôt sur le triple. Lauriane et Audrey ont en effet l'intention de garder le même modèle. Leur challenge : maîtriser la culture de l'herbe, très technique.

Limiter les coûts et le temps de travail à 28 h/semaine.

« On ne cède pas que du matériel ou des éléments comptables »

J'ai passer ma carrière à partager mes expériences, transmettre mes savoir-faire était capital pour moi.

En stage pendant un an aux côtés de Jean-Yves, elles apprennent à mesurer la hauteur d'herbe à l'herbomètre, conduire le pâturage tournant dynamique, surveiller les chaleurs des vaches pour savoir quand les mettre au taureau, réviser et piloter les machines pour les foins, qu'il ne faut surtout pas rater afin de pouvoir alimenter le troupeau l'hiver et en cas de fortes chaleurs. Le tout sous l'œil et les conseils bienveillants du cédant, qui apprend lui aussi à lever le pied. « On ne cède pas que du matériel ou des éléments comptables, on transmet des savoirs et des pratiques. J'ai passé ma carrière à partager mes expériences, en organisant de nombreuses visites, et à profiter de celles des autres, donc c'est capital pour moi », témoigne Jean-Yves. 

C'est parfois plus simple de passer le relais à un tiers.

« C'est plus simple de passer le relais à un tiers, reconnaît-il. Même si on souhaite que ça fonctionne et qu'on sera toujours là pour donner des conseils, les implications ne sont pas les mêmes qu'en famille. » Même si leur projet est mûrement réfléchi, les repreneuses ont parfois quelques craintes. « On a plus peur des aléas, climatiques et de marché, que de ne pas réussir notre projet. Mais on se sent à notre place et si les cédants pensent qu'on va y arriver alors pourquoi ce ne serait pas le cas ? » « Leur plus grand défi est de lutter contre le changement climatique et préserver l'environnement mais elles en ont conscience, leur projet est cohérent avec celui que nous avons mené alors c'est confiant et sans regret que nous fermons la salle de traite pour qu'elles la rouvrent au printemps. »

Les cédants pensent qu'on va y arriver alors pourquoi ce ne serait pas le cas ?

Fille de prof de français, j'aime écrire et j'ai été habituée depuis toute petite à traquer les fautes d'orthographe. Même si j'ai grandi en ville, j'ai toujours été attirée par la campagne et le monde rural. J'ai donc suivi une formation d'ingénieur agricole à UniLaSalle. Tour à tour journaliste et secrétaire de rédaction, d'abord chez Jeunes Agriculteurs pendant sept ans puis depuis 2010 chez Terre-net/Web-agri, j'allie au quotidien mes deux centres d'intérêt : l'écriture et l'agriculture. Je m'occupe en particulier des marchés, de l'installation et de la transmission des exploitations.

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